Depuis des siècles, chaque innovation promet de soulager l’humain sans jamais l’effacer. La machine à vapeur, l’ordinateur ou Internet ont transformé le monde du travail, mais toujours avec un humain derrière le volant.
Il en va de même avec l’intelligence artificielle. Du moins, officiellement, elle a été conçue pour nous aider. Mais au fil du temps, on finit par comprendre qu’elle est là pour nous remplacer. Ses propres concepteurs l’ont avoué.
Les milliards de l’IA, un pari qui coûte cher aux humains
Les géants de la tech dépensent sans compter. Microsoft, Meta, Alphabet et Amazon injectent à eux quatre près de 420 milliards de dollars dans l’IA. OpenAI, de son côté, vient de signer des accords d’un trillion avec Nvidia, Oracle et Broadcom. Des chiffres qui donnent le vertige, mais les résultats ne suivent pas. L’IA coûte plus qu’elle ne rapporte, et OpenAI aurait déjà perdu plus de 11,5 milliards de dollars en trois mois.
Ce déséquilibre rappelle les « hivers de l’IA » des décennies passées, quand les investisseurs perdaient patience. Pourtant, la ferveur actuelle ne faiblit pas. L’IA ne se finance pas sur ses profits immédiats, mais sur une promesse. Celle d’un futur sans travailleurs humains. Si les machines produisent seules, la productivité grimperait sans limites.
Geoffrey Hinton, pionnier de l’intelligence artificielle, le dit sans détour. Pour rentabiliser l’IA, il faudra supprimer les humains de la chaîne de production. Selon lui, le profit viendra quand les travailleurs auront été remplacés par des algorithmes.
D’ailleurs, les données récentes montrent que ce scénario se concrétise déjà. Une étude citée par Fortune indique une baisse de 30 % des offres d’emploi depuis ChatGPT. Même Amazon admet que l’automatisation réduira ses effectifs « corporate ». De la compta à la création de contenu, personne n’est épargné.
Le travail perd sa valeur, le capital perd sa raison d’être
Si l’IA remplace les travailleurs, sur quoi repose encore la valeur économique ? Karl Marx l’avait entrevu dans son Fragment sur les Machines. Quand les automates produisent sans intervention humaine, le travail n’est plus la source du profit. Le capitalisme se mord alors la queue : il supprime le travail tout en basant sa richesse dessus.
Le paradoxe est vertigineux. Plus la technologie avance, plus le travail devient inutile, et plus le système menace de s’effondrer. L’IA pousse cette logique à son extrême : elle promet une production infinie, sans salaires, sans fatigue, sans revendications. Le rêve des investisseurs ? Peut-être. Cependant, une économie sans travailleurs, c’est aussi une économie sans consommateurs.
Certains optimistes y voient une chance. Des robots qui produisent pour tous, et des humains libres de se consacrer à la science, à la création, à la culture. Un monde libéré du travail forcé, pourquoi pas ? Encore faut-il partager les richesses.
Or, comme le rappelle le magazine Jacobin, nos structures actuelles ne savent pas redistribuer. L’automatisation ne libère pas, elle précarise. Elle concentre les profits entre quelques mains, pendant que d’autres disparaissent du marché du travail.
Hinton lui-même reste lucide. Il admet que l’IA pourrait améliorer la santé, l’éducation, ou l’industrie. Toutefois, tout dépendra de l’usage qu’en feront les sociétés humaines. Sans changement profond de modèle, la technologie ne fera qu’élargir la faille entre ceux qui possèdent les machines et ceux qu’elles remplacent.
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