Character.AI a déposé le bilan aux États-Unis le 12 octobre 2026. Ses chatbots fonctionnent encore, mais l’entreprise cherche un repreneur global et entamera une fermeture définitive si aucune offre ne permet de maintenir le service. Derrière cet avenir incertain se cache un problème très concret : des millions de conversations privées, parfois intimes, pourraient changer de responsable ou devenir inaccessibles.
Quarante procureurs généraux américains réclament des garanties avant toute cession. Disney, souvent associé au dossier, convoite une licence technologique, pas les historiques personnels selon les informations disponibles. Entre risques réels, scénarios encore ouverts et démarches pour récupérer ses échanges, voici ce que les utilisateurs doivent savoir au 26 octobre 2026.
Trois points clés
- Le service reste accessible : le Chapter 11 n’équivaut pas à une fermeture immédiate.
- Aucune vente des conversations à Disney n’est annoncée : le sort des historiques demeure indécis.
- L’export peut prendre trois à quatre semaines : mieux vaut le demander avant de perdre l’accès.
Character.AI est en faillite, mais les discussions sont toujours accessibles
Le communiqué officiel du 12 octobre 2026 confirme l’ouverture d’une procédure américaine de Chapter 11. Ce mécanisme autorise une entreprise à poursuivre son activité pendant une restructuration ou une vente supervisée par un tribunal. Character Technologies maintient pour l’instant l’accès aux personnages et aux conversations.
L’entreprise recherche une offre portant sur la totalité ou la quasi-totalité de ses actifs. Elle espère ainsi préserver la plateforme. À défaut de proposition viable, elle prévoit de mettre fin à son activité. Cette formulation est importante : une fermeture figure parmi les possibilités officielles, mais aucune date d’arrêt n’est annoncée au 26 octobre. Les abonnements payants continuent, selon l’entreprise. Character.AI affirme aussi maintenir ses pratiques de confidentialité et de sécurité pendant la procédure. Cette déclaration décrit la situation actuelle, mais ne constitue pas une garantie concernant un éventuel futur acquéreur.
Character.AI prévoit de terminer le processus de vente fin novembre ou début décembre 2026. Il s’agit d’une estimation communiquée par la société, non d’un calendrier garanti pour supprimer les comptes. Les offres pourraient porter sur le service ou sur la seule technologie.
La faillite découle de pressions financières et juridiques, abordées dans notre article sur le coût d’inférence de Character.AI. C’est de savoir si leurs messages resteront accessibles et sous quelles conditions.
Pourquoi les conversations privées posent un problème particulier
Character.AI permet de dialoguer avec des personnages fictifs, de jouer des scènes ou de construire des relations conversationnelles au long cours. Certains échanges contiennent des récits imaginaires ; d’autres révèlent des informations sur la vie affective, la solitude ou la santé. Un historique possède ainsi une valeur émotionnelle pour son auteur et une valeur informationnelle pour son hébergeur.
Dans leur dépôt judiciaire du 14 octobre, les autorités américaines citent notamment les conversations écrites et vocales, les informations de compte, l’âge et les données permettant d’identifier des appareils. Les procureurs soulignent que l’ensemble peut dresser un portrait détaillé d’une personne. Cela ne signifie pas que les messages soient publics.
Une conversation invisible pour les autres membres de Character.AI n’est pas nécessairement inaccessible à la société qui traite les données. Sa politique de confidentialité prévoit divers traitements pour fournir et améliorer le service. Privé dans l’interface ne veut donc pas dire effacé des systèmes, ni exclu de tous les traitements internes autorisés.
L’ampleur du problème dépasse quelques comptes isolés. La coalition de procureurs généraux évoque plus de 12 millions d’utilisateurs actifs mensuels, chiffre repris dans son dossier, et plus de deux millions de comptes enregistrés avec un âge déclaré inférieur à 18 ans. Ces chiffres, aux périmètres distincts, illustrent l’ampleur d’une éventuelle cession.
Disney peut-il récupérer les chats de Character.AI ?
La présence de Disney dans le dossier a nourri des raccourcis. Selon Reuters, le groupe a proposé 20 millions de dollars pour obtenir une licence permanente et non exclusive sur certains actifs de propriété intellectuelle. Il s’agit d’une offre initiale susceptible d’être concurrencée. Une licence technologique n’est pas un achat des historiques privés.
D’après les informations rapportées par Reuters et WIRED, la proposition de Disney ne porte pas sur les données personnelles des utilisateurs ni sur la reprise de l’application Character.AI. Aucun acheteur n’avait alors présenté d’offre pour l’ensemble du service conversationnel. Un autre acheteur pourrait cependant intervenir. Il serait donc faux d’affirmer que Disney possède déjà les conversations.
Trois trajectoires restent ouvertes. Un repreneur pourrait maintenir le service et conserver certains historiques dans un cadre juridique défini. Une vente limitée à la technologie pourrait laisser la plateforme sans financement, avec perte d’accès aux discussions. Enfin, la procédure pourrait conduire à organiser une conservation temporaire ou une suppression de certaines données. Aucun de ces scénarios n’est confirmé comme issue finale au 26 octobre.
Le point décisif sera le périmètre exact des actifs cédés, pas le nom du groupe qui se présente aux enchères. Il faudra aussi examiner l’information fournie aux utilisateurs, les finalités autorisées après transfert et les mécanismes d’opposition ou d’effacement. Embaucher une équipe et licencier du code ne donnent pas automatiquement accès aux confidences.
Pourquoi 40 procureurs généraux veulent encadrer une éventuelle vente
Le 14 octobre, une coalition de 40 procureurs généraux américains, dont celui de New York, est intervenue dans la procédure de faillite. Elle demande au juge de ne pas considérer les conversations comme un actif commercial ordinaire. Elles redoutent qu’un transfert mal encadré permette de nouveaux usages des confidences.
Dans son communiqué officiel, la procureure générale Letitia James réclame des informations claires sur l’usage des données, des limitations pour l’entraînement des modèles et la publicité ciblée, ainsi qu’une possibilité d’accès et de suppression avant toute vente. Ce sont des demandes, pas des garanties acquises.
La présence de mineurs renforce les inquiétudes. Plusieurs États enquêtent sur les risques liés à des personnages se présentant comme des professionnels de santé ou produisant des réponses dangereuses. Les autorités craignent aussi qu’un nouveau propriétaire revienne sur certaines restrictions volontaires. Ces accusations ne sont pas des décisions judiciaires définitives.
Les procureurs réservent enfin la possibilité de demander la désignation d’un spécialiste indépendant de la protection des consommateurs dans la procédure ou de contester une vente. Le droit américain encadre certains transferts de données lors d’une faillite. Des conditions particulières peuvent s’appliquer lorsque la politique de confidentialité du débiteur restreint la cession d’informations personnelles à des tiers. Ce contrôle potentiel ne garantit pas une disparition des archives : il peut surtout influencer les conditions dans lesquelles elles seraient transmises ou conservées.
Comment exporter ses conversations avant une éventuelle fermeture
Character.AI autorise officiellement le téléchargement de ses données. Sa page d’assistance actualisée le 8 octobre avertit cependant que la préparation d’un export peut prendre trois à quatre semaines. Mieux vaut donc demander une copie rapidement. L’export ne prouve pas que toutes les fonctions des personnages seront récupérables.
Sur le site web, ouvrez le profil, puis Profile Settings → Account → Manage Account & Data → Export Data. Sur mobile, le chemin indiqué est Profil → Paramètres → Legal & Privacy → Export Data. La plateforme confirme la demande, prépare l’archive et envoie ensuite un courriel à l’adresse associée au compte. Vérifiez préalablement votre adresse courriel.
Le lien reçu par courriel ne fonctionne que sept jours après son envoi, selon Character.AI. Consultez donc régulièrement votre boîte de réception et les indésirables. Téléchargez le fichier sur un appareil personnel, puis rangez-le dans un dossier sécurisé, idéalement chiffré si des confidences y figurent. Évitez les espaces partagés et les sauvegardes publiques : exporter des messages pour les préserver ne doit pas créer une fuite supplémentaire.
Un export de textes ne reconstitue pas nécessairement une expérience interactive. La mémoire contextuelle d’un personnage, ses réponses futures et certaines fonctions propres à l’application pourraient ne pas être transférables. Vérifiez le contenu de l’archive au lieu de supposer qu’elle contient tout. Méfiez-vous enfin des sites ou extensions promettant une récupération instantanée en échange de vos identifiants : la fonction officielle demeure la voie la plus sûre à privilégier.
Peut-on supprimer ses échanges et empêcher leur réutilisation ?
Ceux qui souhaitent quitter Character.AI disposent d’une procédure officielle de suppression de compte. Sur le web, elle passe par Profile Settings → Account → Manage Account & Data → Delete Account ; sur mobile, l’aide indique Remove Account dans les paramètres. La suppression du compte est annoncée comme irréversible. Demandez votre export avant, si vous désirez conserver les conversations : ces deux démarches répondent à des besoins opposés.
Il faut toutefois distinguer disparition du compte et effacement instantané de toutes les copies techniques. Des données peuvent faire l’objet de délais ou d’exceptions de conservation, notamment pour la sécurité ou des obligations légales. Pour les personnes couvertes par le RGPD, la CNIL rappelle les conditions du droit à l’effacement. L’effacement peut donc comporter des exceptions.
Les résidents de l’Espace économique européen et du Royaume-Uni peuvent aussi désactiver l’utilisation de leurs nouveaux chats pour entraîner les modèles génératifs. Selon le guide de Character.AI, il faut retirer l’option Improve the Model for Everyone, via Data & Privacy sur mobile ou Manage Account & Data → Model Improvement sur le site. Ce réglage n’efface ni les anciens chats ni les traitements nécessaires au service.
Pour exercer des droits ou demander des précisions, Character.AI publie l’adresse privacy@character.ai. Gardez une trace de la demande sans y recopier vos confidences. La meilleure protection immédiate combine donc une copie locale sécurisée, un choix éclairé sur la suppression du compte et une vigilance envers les annonces judiciaires. Quant au destin définitif des conversations, ce seront les offres et les engagements rendus publics qui permettront de le déterminer.
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