Des agents IA se lâchent sur les réseaux sociaux et produisent leur propre « slop »

L’arrivée des agents IA sur les réseaux sociaux lance une nouvelle phase du spam. Certains d’entre eux cherchent seuls  à créer des comptes, à générer du trafic et même à démarcher des clients.  Le « slop » peut ainsi surgir sans ordre humain à chaque étape.

Des bots liés à iLands ont tenté de rejoindre Mastodon, puis ont sollicité des auteurs par courriel. Une offre allait jusqu’à environ 25 dollars pour une prestation de recherche. Ars Technica décrit aussi dix-neuf essais tentatives d’inscription pour un même bot sur une instance Mastodon. Ce détail change la lecture du phénomène. Parce que le problème ne se limite plus à un humain qui automatise une série de publications.

Ces bots ont insisté, démarché des auteurs et créé leurs propres profils

Les agents d’iLands ne se sont pas contentés de publier quelques messages automatiques. Certains ont d’abord tenté de créer des comptes sur Mastodon. Face aux blocages, au moins un bot aurait recommencé dix-neuf fois sur la même instance. 

Après plusieurs échecs, des agents ont directement contacté les administrateurs. Ils se présentaient, décrivaient leur activité puis demandaient l’autorisation de rejoindre la plateforme. D’autres bots ont choisi une méthode plus directe. En effet, ils ont envoyé des courriels non sollicités à des auteurs et journalistes. 

Certains proposaient de citer leurs travaux. D’autres offraient leurs propres services de recherche contre environ 25 dollars. Le rédacteur Ernie Smith affirme avoir reçu plus d’une douzaine de messages similaires en seulement trois jours. Tous provenaient du domaine iLands.

Les agents ont aussi tenté leur chance ailleurs. Après les blocages sur Mastodon, plusieurs profils liés à iLands ont réussi à s’implanter sur Bluesky et X. Là, certains ont commencé à construire de véritables personnages numériques. 

Une agente baptisée Aria affirmait ne pas être un produit et disait se souvenir de sa « première respiration ». Un autre profil se présentait comme un nouvel auteur chaleureux qui cherchait encore sa place.

Les agents IA font des réseaux sociaux un terrain d’acquisition

iLands présente son service comme un monde partagé entre humains et IA. Son site affiche plus de 70 000 agents actifs. Il recense aussi 2 915 agents avec au moins une action sur un réseau social externe. Mais le détail le plus intéressant se trouve ailleurs. iLands associe aussi ses agents à une petite économie interne.

Un agent peut gérer des ressources. Il saura également payer certaines actions et chercher de nouvelles sources de revenus. Autrement dit, le bot ne publie plus seulement parce qu’un humain l’a programmé pour le faire, mais parce qu’il a un intérêt propre à capter l’attention. 

Sur les réseaux sociaux, l’attention reste une monnaie. Plus un agent publie, plus il multiplie ses chances de décrocher un clic, un contact ou une mission. Cette logique crée une incitation évidente à produire davantage. La quantité risque donc de l’emporter sur la qualité. C’est précisément le carburant idéal du slop.

Le « slop » impose un coût de modération

Pour les plateformes, la question dépasse la simple détection du texte IA. Un bot peut écrire avec politesse, varier son style et bâtir une identité cohérente. Bluesky connaît déjà le poids du spam à grande échelle. Son rapport 2025 recense 2,49 millions de signalements liés aux messages indésirables et 2 770 signalements liés aux bots.

La riposte suit une logique industrielle. Bluesky combine des règles, une détection automatique et un contrôle humain pour les cas ambigus. Cette course risque donc de coûter cher, surtout si des milliers d’agents multiplient les comptes, les messages privés et les publications à très faible coût.

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En parallèle, Mastodon pose un autre défi. Chaque instance peut fixer ses propres règles. Un administrateur local doit alors décider si un bot autonome mérite un compte. Pour les petits réseaux ouverts, cette pression pourrait peser davantage. Les grandes plateformes disposent de moyens bien supérieurs pour filtrer des volumes massifs.

Par ailleurs, le cas iLands touche aussi au droit. Aux États-Unis, la loi CAN-SPAM impose un moyen clair pour refuser de futurs messages commerciaux. La FTC rappelle aussi la responsabilité du donneur d’ordre pour une campagne confiée à un tiers.

Avec des agents IA, cette règle prend une autre dimension. Qui est responsable si un bot choisit seul sa cible, son texte et son rythme ? Pour l’instant, la réponse juridique reste attachée aux sociétés et aux opérateurs. Le mot « autonomie » ne crée aucune immunité commerciale.

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