Nvidia devait servir de pare-chocs financier à un data center d’OpenAI estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars. Selon le Wall Street Journal, le fabricant a finalement ramené son exposition initiale sous les 120 milliards. Trois jours plus tard, le contrat est officiel : le campus sera construit, mais Nvidia a soigneusement déplacé le risque hors de son coffre-fort.
Un parachute à 250 milliards qui effrayait Wall Street
Le premier montage avait tout du pari que même Nvidia trouvait trop gros. D’après le Wall Street Journal, le fabricant discutait d’une garantie pouvant atteindre 250 milliards de dollars pour le futur campus d’OpenAI dans l’Ohio. Il aurait couvert le financement de l’ensemble des 10 gigawatts envisagés.
Lorsque ces négociations ont été révélées, l’action Nvidia a perdu 5 %. Le problème n’était plus de vendre des GPU, mais de mettre le bilan du vendeur derrière l’acheteur. Face aux inquiétudes des investisseurs, l’exposition prévue a été ramenée à moins de 120 milliards de dollars et limitée à la première phase. Un petit pas pour le campus, un immense recul pour le garant.
Le contrat final protège d’abord Nvidia
L’accord annoncé le 17 août confirme ce changement de régime. OpenAI a réservé environ 8 gigawatts informatiques sur le campus PORTS-Pike, développé par SB Energy sur un ancien site d’enrichissement d’uranium. La société s’est engagée dans un bail de 20 ans et paiera uniquement lorsque les capacités terminées deviendront disponibles.
Nvidia investira directement 1,5 milliard de dollars dans SB Energy, mais son soutien au crédit ne couvrira que le terrain, l’énergie et l’enveloppe des bâtiments associés aux 4,25 premiers gigawatts. Autrement dit, Nvidia aide à financer le contenant sans garantir tout le loyer opérationnel d’OpenAI. Les deux entreprises continuent de se serrer la main, mais l’une d’elles a retiré ses doigts de la porte.
Nvidia résume officiellement cette nouvelle répartition des rôles dans sa publication consacrée au campus :
OpenAI garde la promesse, pas encore la facture
Le campus n’existe encore qu’en tranches. Les 800 premiers mégawatts sont attendus en 2028 et le déploiement doit se poursuivre jusqu’en 2032. Permis, centrales électriques, lignes de transmission, financement et examens environnementaux restent nécessaires. Signer 8 gigawatts ne les fait pas sortir instantanément du sol.
OpenAI affirme qu’elle paiera avec la croissance de ses revenus, sa trésorerie future et les capitaux levés auprès des investisseurs. L’entreprise demeure pourtant déficitaire malgré une valorisation estimée à 852 milliards de dollars, rappelle Reuters. Après l’abandon de l’extension du campus Stargate au Texas, la prudence de Nvidia ressemble donc moins à un détail juridique qu’à un avertissement.
Le vendeur de pelles finance toujours sa propre ruée
Même allégé, le montage reste circulaire. Nvidia investit dans le constructeur du campus, soutient son accès au crédit, puis devient le fournisseur exclusif des puces et des réseaux qu’OpenAI y utilisera. L’argent sécurise donc une infrastructure destinée à acheter énormément de matériel Nvidia. Le fabricant a déjà engagé des dizaines de milliards dans des accords IA comparables, comme nous l’expliquions dans notre enquête sur les investissements de Nvidia dans son propre écosystème.
Cette mécanique ne rend pas la demande fictive. Nvidia a généré 193,7 milliards de dollars de revenus annuels dans les data centers lors de son exercice 2026. Elle brouille toutefois la frontière entre un client autonome et un client rendu solvable par son fournisseur. C’est précisément le risque décrit dans notre analyse sur la véritable localisation de la bulle IA : les infrastructures peuvent être utiles tout en étant financées beaucoup trop cher.
Pour comprendre l’origine de ce pari, cette interview de Jensen Huang, Sam Altman et Greg Brockman montre la promesse formulée en septembre 2025 : 10 gigawatts de systèmes Nvidia et jusqu’à 100 milliards de dollars investis progressivement dans OpenAI.
Le risque a changé de poche, il n’a pas disparu
Les investisseurs peuvent respirer : Nvidia ne promet plus de porter seule les centaines de milliards nécessaires au campus entier. Mais OpenAI conserve un bail colossal, SB Energy doit encore lever la dette et le fournisseur de puces reste l’un des principaux soutiens de ceux qui les achètent. Le montage final est plus prudent pour Nvidia, pas forcément plus sain pour l’économie de l’IA.
Le campus de l’Ohio pourrait devenir l’une des plus grandes usines de calcul jamais construites. Sa véritable épreuve ne sera pourtant pas d’allumer les premiers serveurs en 2028. Elle sera de prouver que les revenus d’OpenAI peuvent financer la machine sans demander éternellement au vendeur de GPU de tenir le mur.
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