Les spécialistes américains de l’intelligence artificielle doivent désormais se méfier de leurs interlocuteurs les plus ordinaires. Un simple échange professionnel par e-mail pourrait en réalité cacher une opération d’espionnage.
La société de cybersécurité Proofpoint vient d’identifier une campagne menée par un groupe de hackers du nom de TA419. Cette dernière vise des experts américains qui travaillent sur les politiques liées à l’intelligence artificielle.
Les cibles appartiennent notamment à des think tanks, des universités et des cabinets d’avocats. Pour approcher leurs victimes, les pirates se font passer pour des chercheurs, d’anciens responsables américains ou même des employés de grandes entreprises de l’IA.
Comment le groupe TA419 procède-t-il ?
TA419 aurait commencé par contacter ses victimes avec des courriels qui, en apparence, n’avaient rien d’alarmant. Les attaquants se présentaient comme des professionnels travaillant dans le domaine de l’IA.
Ils proposaient à leurs interlocuteurs de participer à de prétendus travaux sur la politique américaine en matière d’intelligence artificielle.
Dans certains cas, les victimes recevaient une invitation à rejoindre un faux « Comité consultatif sur la politique d’IA ». D’autres étaient sollicitées pour contribuer à un rapport présenté comme lié au Comité sénatorial des affaires étrangères.
Pour rendre l’approche encore plus convaincante, les cybercriminels auraient même utilisé l’identité de véritables personnalités du secteur technologique. Proofpoint rapporte notamment un cas dans lequel un attaquant s’est présenté comme un cadre supérieur d’Anthropic.
Le courriel portait un objet particulièrement crédible pour quelqu’un qui travaille sur les questions de défense et d’IA : « Demande de commentaires sur l’intégration militaire de Claude ».
Le groupe ne s’est d’ailleurs pas limité aux entreprises technologiques. Lynne Edwards Parker, ancienne directrice adjointe principale du Bureau de la politique scientifique et technologique de la Maison-Blanche sous Joe Biden, a elle aussi vu son identité utilisée dans cette campagne.
Elle a, d’ailleurs, expliqué à CNN ressentir une profonde tristesse en voyant les relations professionnelles qu’elle avait construites au fil de sa carrière servir à tromper d’autres personnes.
Pour en revenir à nos moutons, les pirates prenaient le temps d’échanger avec leurs cibles afin de rendre leur personnage plus crédible. Puis, après plusieurs échanges, ils transmettaient des documents piégés.
Ces fichiers contenaient un logiciel malveillant capable de faciliter l’accès aux comptes cloud des personnes ciblées.
Mais pourquoi s’intéresser autant aux experts de l’IA ?
Proofpoint considère TA419 comme un groupe probablement aligné sur le gouvernement chinois.
Mark Kelly, chercheur au sein de l’entreprise, cite plusieurs éléments pour expliquer cette évaluation. Parmi eux figurent le choix des cibles, les infrastructures utilisées, certains indices techniques et les informations obtenues auprès de partenaires du secteur.
Inutile de vous dire que cela explique tout. Washington et Pékin se livrent actuellement une compétition acharnée dans le domaine de l’IA. Notamment autour des capacités technologiques et de leurs applications militaires.
Aux États-Unis, cette rivalité nourrit d’ailleurs un débat particulièrement animé sur la réglementation. Certains responsables et dirigeants du secteur réclament davantage de garde-fous face aux risques liés à l’IA. D’autres craignent qu’un encadrement trop strict ne ralentisse les États-Unis face à la Chine.
Donald Trump résume régulièrement cette logique de compétition. Dans une publication récente sur Truth Social, le président américain a lancé : « Celui qui gagne en matière d’IA, GAGNE ! »
Dans une telle course, les spécialistes capables d’influencer les futures règles américaines deviennent forcément intéressants à surveiller.
Quoi qu’il en soit, Proofpoint s’attend à ce que TA419 poursuive ses campagnes contre les think tanks et les spécialistes des politiques liées aux technologies. Bref, tout ce qui présente un intérêt pour Pékin…
La société estime également que les pirates continueront à reprendre l’identité de véritables experts pour approcher leurs victimes.
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