Le PDG de Fender a une drôle de façon de voir les groupes de musique. Pour lui, vos camarades de scène pourraient presque être considérés comme une version « analogique » d’une intelligence artificielle.
Vous vous doutez bien que cette comparaison n’a pas manqué de faire réagir les musiciens, plus précisément… les guitaristes. Certains créateurs de contenu très suivis sur YouTube sont même allés jusqu’à annoncer qu’ils n’achèteraient plus d’instruments Fender.
Ce que le PDG de Fender pense de l’IA et des musiciens
Mai dernier, Bud Cole accordait une interview au magazine T3 à l’occasion du 75e anniversaire de la mythique Telecaster. À l’époque, ses déclarations sur l’IA n’avaient pas vraiment retenu l’attention. Mais elles ressurgissent aujourd’hui, au pire moment pour Fender.
Dans son entretien, le dirigeant explique qu’à ses yeux, l’IA n’est pas vraiment une nouveauté dans le monde musical. Selon lui, elle existe sous une forme ou une autre depuis que l’on enregistre des morceaux.
Il pousse même la comparaison plus loin en affirmant que jouer des reprises revient, en quelque sorte, à faire de « l’IA analogique ». Pour illustrer son idée, il raconte avoir appris la guitare après avoir passé des années à écouter des groupes comme R.E.M., U2, The Smiths ou The Cure.
D’après lui, un musicien s’imprègne naturellement des œuvres qu’il écoute avant de créer les siennes. Et ce n’est pas tout. Bud Cole estime également que les autres membres d’un groupe remplissent un rôle comparable à celui d’une IA.
Un guitariste arrive avec un riff. Le batteur ajoute une rythmique. Le bassiste propose une ligne de basse. Chacun apporte sa pierre à l’édifice. Et le morceau prend forme.
Selon lui, l’IA pourrait bientôt remplir cette même fonction et aider les musiciens à dépasser le stade des simples reprises pour composer plus facilement. Cette vision ne fait pas l’unanimité. Alors Cole a récolté la colère des observateurs.
Qu’en pensent la communauté ?
Plusieurs observateurs estiment que cette comparaison est une sacrée provocation. Qu’elle ne tient pas vraiment la route car elle mélange deux processus fondamentalement différents.
Une IA apprend à partir d’immenses quantités de données. Certains modèles musicaux analysent des millions de morceaux afin de produire de nouvelles créations à partir de probabilités et de modèles statistiques.
Un humain, lui, ne fonctionne pas ainsi. Un guitariste qui apprend une chanson ne copie pas simplement une base de données musicale. Il ressent une émotion, interprète une mélodie à sa manière, fait des erreurs, improvise et ajoute une partie de son histoire personnelle.
Comme l’a rappelé le guitariste Steve Onotera, connu sous le pseudonyme Samurai Guitarist, les petites imperfections humaines font partie de la création musicale.
Une note légèrement différente, une hésitation ou une erreur, c’est parfois ce qui donne naissance à quelque chose d’unique. Ce hasard lié au corps humain n’existe pas dans un modèle d’IA.
La différence se trouve aussi dans l’échelle. Aucun musicien ne pourrait écouter et mémoriser des millions de morceaux pour reproduire un fonctionnement comparable à celui d’un modèle d’IA. Même après des années de pratique, son expérience reste limitée par son parcours, ses goûts et ses influences.
L’IA peut-elle vraiment transformer tout le monde en auteur-compositeur ?
Malgré tout, le patron de Fender reste convaincu que l’IA est une opportunité pour les guitaristes. Selon lui, elle pourrait faciliter les échanges entre musiciens, accélérer la création et aider davantage de personnes à passer du statut de débutant à celui d’auteur-compositeur.
Mais cette promesse laisse certains spécialistes sceptiques. Plusieurs études suggèrent déjà qu’une utilisation excessive des outils d’IA peut entraîner une diminution de certaines compétences.
Demander à une IA de proposer une rime ou une idée de texte n’équivaut pas à apprendre à écrire une chanson. Créer une bonne musique demande du temps, des essais ratés, des répétitions et des centaines d’heures de pratique.
Les artistes construisent leur style en expérimentant, en corrigeant leurs erreurs et en développant leur sens critique.
Une IA peut proposer une suite d’accords en quelques secondes. Toutefois, elle brûle les étapes. Elle n’a jamais passé une nuit entière à chercher la bonne transition avant un refrain. Jamais ressenti la frustration d’un morceau qui ne fonctionne pas, ni la satisfaction de trouver enfin la bonne mélodie.
Moi-même qui fait de la musique, de mon côté, pense que l’IA pourrait aider… Quoique, pas assez pour faire passer miraculeusement quelqu’un du statut d’élève à celui de compositeur. Et puis, les œuvres artificielles manquent beaucoup trop d’émotions à mon goût.
Et vous, qu’en dites-vous ?
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