Wikipédia alerte : le procès du New York Times contre OpenAI pourrait bouleverser Internet

Wikipédia s’invite dans le procès qui oppose OpenAI et le New York Times, avec un avertissement inattendu. Selon la plateforme, une décision trop favorable aux éditeurs ou aux entreprises d’IA pourrait fragiliser le Web ouvert.

Le 30 octobre 2026, la Wikimedia Foundation a décidé de prendre part à cette bataille judiciaire. Cette intervention soulève une question bien plus large que le simple conflit entre les deux camps. Selon la fondation, une victoire totale de l’un ou de l’autre pourrait avoir de lourdes conséquences. Car derrière le bras de fer avec OpenAI, c’est aussi l’avenir des sites qui alimentent les intelligences artificielles qui se joue.

Wikipédia s’invite dans le procès contre OpenAI

Tout commence en décembre 2023. Le New York Times attaque OpenAI et Microsoft, accusés d’avoir exploité ses articles protégés sans autorisation pour développer leurs systèmes d’intelligence artificielle.

Depuis, l’affaire a pris de l’ampleur. Elle s’inscrit désormais dans une procédure regroupant douze actions judiciaires contre OpenAI. Le débat porte directement sur la légitimité de l’entraînement des IA à partir d’œuvres protégées par le droit d’auteur. Aux États-Unis, le principe du fair use autorise certains usages sans permission préalable. Mais son application à l’IA reste discutée.

Wikimedia a donc demandé à présenter son analyse au tribunal fédéral de New York, à travers un mémoire d’amicus curiae. Autrement dit, une contribution extérieure destinée à éclairer les juges.

La particularité de sa démarche ? Elle refuse de choisir entre les éditeurs et les géants technologiques. Une position moins spectaculaire qu’un soutien sans réserve, mais autrement intéressante. Avec son intervention dans le procès contre OpenAI, Wikipédia cherche à protéger le Web ouvert sans freiner l’innovation dans l’IA.

Pourquoi une victoire des deux camps pourrait poser problème ?

Prenons le premier scénario, celui où les éditeurs obtiennent une interprétation très restrictive du droit d’auteur. Dans ce cas, les développeurs d’IA pourraient devoir obtenir davantage d’autorisations pour entraîner leurs modèles. Selon Wikipédia, cette situation favoriserait surtout les entreprises capables de financer de coûteuses licences.

Les petits laboratoires et les projets d’IA open source risqueraient, eux, de perdre du terrain. Mais l’extrême inverse inquiète tout autant l’encyclopédie. Si les entreprises d’IA pouvaient réutiliser les contenus sans respecter les licences, les éditeurs auraient davantage de raisons de fermer leurs publications.

Et voilà le paradoxe. Une IA trop libre pourrait contribuer à rendre Internet moins ouvert. Les journalistes, chercheurs et contributeurs produisent les connaissances dont se nourrissent les chatbots. 

Affaiblir leur travail reviendrait à fragiliser les sources que les IA exploitent. Ce risque reste une projection défendue par Wikimedia, pas une conséquence déjà démontrée du procès.

Entraîner ChatGPT n’est pas la même chose que copier un article

C’est ici que Wikipédia propose une distinction décisive dans le procès contre OpenAI. Lorsqu’un modèle apprend à partir de milliards de documents, il analyse des structures linguistiques et des relations entre les informations. Wikimedia estime que cet entraînement peut relever du fair use, lorsque le modèle produit quelque chose de nouveau et de différent.

En revanche, la situation change lorsqu’un chatbot recherche un contenu précis pour construire sa réponse. Cette méthode, appelée RAG (génération augmentée par récupération), permet à une IA de consulter des sources externes.

Elle peut améliorer la pertinence des réponses. Seulement, lorsque le système récupère et reproduit des passages protégés, Wikimedia considère qu’il doit respecter les licences applicables.

Attention, cela ne signifie pas que toute réponse issue du RAG constitue une contrefaçon. La nature de la reproduction et les droits associés comptent. La fondation demande donc aux juges de distinguer les usages, plutôt que d’appliquer une règle unique à toute l’intelligence artificielle.

Wikipédia défend aussi ses contributeurs et son propre avenir

Cette intervention n’est pas complètement désintéressée. Et Wikimedia ne le cache pas. Wikipédia repose sur près de 250 000 contributeurs bénévoles chaque mois, selon les chiffres communiqués par la fondation. Ses articles puisent dans des publications journalistiques, scientifiques et documentaires.

Si ces sources disparaissent derrière des abonnements ou perdent leurs moyens de financement, l’encyclopédie pourrait en subir les conséquences. Mais Wikipédia a aussi ses propres intérêts à défendre. Son contenu est distribué sous licence Creative Commons CC BY-SA 4.0. Celle-ci impose notamment l’attribution des auteurs et le partage des adaptations dans les mêmes conditions.

Or, un chatbot peut parfois satisfaire une recherche sans conduire l’internaute vers la page d’origine. La visibilité des contributeurs et leur reconnaissance deviennent alors des sujets concrets. Wikimedia demande également aux entreprises qui collectent ses contenus de respecter les limites techniques de ses API ou de recourir à ses offres adaptées aux usages intensifs. Le libre accès n’implique donc pas l’absence de règles.

Le procès OpenAI pourrait changer bien plus que ChatGPT

Pour le moment, aucune décision définitive dans cette procédure ne valide la position de Wikimedia. Les juges devront apprécier les arguments juridiques et les usages contestés. Les éditeurs défendent d’ailleurs une autre lecture. Plusieurs organisations professionnelles soutiennent que l’entraînement commercial des IA peut porter atteinte à leurs marchés et aux possibilités de rémunération par licence.

Le débat est donc loin d’être réglé. Pour autant, la position défendue par Wikipédia dans le procès contre OpenAI mérite d’être prise au sérieux. Autoriser certains usages transformateurs ne revient pas à autoriser toutes les reproductions. Et défendre le droit d’auteur ne devrait pas nécessairement réserver l’innovation aux entreprises les plus riches. Comme le montre déjà la bataille juridique entre OpenAI et le New York Times, les enjeux dépassent ces deux entreprises. 

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