Il crée une alternative à YouTube avec Claude en 2 heures, Internet s’enthousiasme

Marre des recommandations de YouTube, Andrej Karpathy a demandé à Claude de lui fabriquer une alternative pour regarder des vidéos. Baptisée HackerTube, l’invention mise sur une approche radicalement différente, sans algorithme de recommandation classique.

Tout est parti d’un ras-le-bol très banal. Un vendredi soir, Andrej Karpathy ouvre YouTube et tombe sur des miniatures racoleuses et des suggestions qui ne l’intéressent plus. Plutôt que de subir son fil d’accueil, l’ancien directeur de l’IA de Tesla décide de créer sa propre alternative à YouTube.

Son arme ? Claude, l’assistant d’Anthropic. Son résultat ? HackerTube, un site de découverte de vidéos assemblé en environ deux heures, d’après son récit publié le 31 octobre 2026. L’expérience aurait pu rester une simple démonstration entre passionnés. Mais lorsque Karpathy a partagé son projet sur X le 1er novembre, la publication a rapidement suscité un vif intérêt.

Une alternative à YouTube née de la lassitude

Karpathy ne reproche pas à YouTube de manquer de vidéos. C’est plutôt leur sélection qui l’agace. Il décide donc de changer de méthode. Au lieu de laisser les habitudes de visionnage dicter les suggestions, HackerTube s’intéresse aux vidéos recommandées depuis des années sur Hacker News, une communauté particulièrement fréquentée par les développeurs et les passionnés de technologie.

L’idée est plutôt maligne. Lorsqu’une même vidéo revient régulièrement dans les discussions, pourquoi ne pas la considérer comme une recommandation digne d’intérêt ? Cette approche tranche avec le fonctionnement habituel des grandes plateformes. 

Ici, la découverte repose sur les conversations d’une communauté, plutôt que sur les seuls comportements de visionnage. Le résultat semble avoir séduit une partie des premiers visiteurs. Sur Hacker News, certains saluent une expérience moins envahissante et des recommandations qui donnent davantage envie de découvrir de nouveaux sujets. 

Mais attention, une sélection humaine n’est pas forcément meilleure qu’un algorithme. Tout dépend des personnes qui la composent.

Claude passe 43 millions de commentaires au tamis

Le chiffre donne le vertige. Pour construire cette alternative à YouTube, Karpathy explique avoir demandé à Claude d’examiner un corpus de 43 millions de commentaires publiés sur Hacker News au fil des années.

L’IA commence par rechercher les références aux vidéos YouTube, avant d’éliminer une partie des contenus non pertinents. Le modèle Sonnet intervient ensuite dans le processus pour distinguer les véritables recommandations des simples mentions.

Au bout du compte, le système retient 39 834 commentaires associés à 6 454 vidéos, réparties dans 150 thématiques. Ces données couvrent les recommandations publiées entre 2007 et 2026. Ces chiffres proviennent de Karpathy et du catalogue publié avec son projet. Ils décrivent la sélection obtenue, pas une évaluation indépendante de la qualité des vidéos.

À l’écran, HackerTube ressemble à une plateforme vidéo classique. Pourtant, un détail change tout. Les miniatures ne sont pas celles soigneusement conçues par les créateurs pour attirer les clics.

Le site récupère plutôt une image située vers le milieu de chaque vidéo. Résultat, moins de visages exagérément surpris et de promesses spectaculaires sur les vignettes. C’est appréciable, même si une image plus neutre ne garantit évidemment pas un meilleur contenu.

Cette alternative à YouTube fonctionne sans compte, mais pas sans limites

L’autre bonne surprise, c’est la simplicité. Pas besoin de créer un compte pour consulter HackerTube et bénéficier de recommandations adaptées à sa navigation. Le site conserve certaines préférences directement dans le navigateur. Il propose aussi plusieurs filtres pour explorer les vidéos selon leur durée, leur date ou leur catégorie.

Les curieux peuvent notamment retrouver des contenus anciens, explorer des vidéos longues ou consulter des découvertes moins populaires. Il y a aussi une autre particularité intéressante, Karpathy met à disposition les données issues de son analyse. Les utilisateurs peuvent ainsi demander à leur propre agent IA de créer une variante du service.

Mais gardez à l’esprit qu’HackerTube ne remplace pas pour autant YouTube, du moins pas pour le moment. Le service exploite des vidéos déjà hébergées sur la plateforme de Google. Il ne possède ni infrastructure vidéo indépendante comparable, ni catalogue aussi diversifié.

Et puisque les recommandations viennent de Hacker News, les goûts des passionnés de technologie occupent naturellement une place importante. Les amateurs de conférences, de programmation ou de sciences pourraient y trouver leur bonheur. Pour d’autres publics, cette alternative risque d’être moins convaincante.

Deux heures avec Claude et presque aucun code écrit à la main

C’est probablement l’aspect le plus impressionnant de cette histoire. Karpathy affirme avoir principalement discuté avec Claude Code, associé au modèle Opus 5.5, sans écrire lui-même le code de l’application.

Il a néanmoins effectué quelques manipulations indispensables. Il lui a fallu créer une clé API Google pour récupérer les informations des vidéos, lancer un serveur privé virtuel et acheter un nom de domaine.

Ensuite, il a transmis l’adresse du serveur à Claude, en lui demandant de déployer, sécuriser et optimiser l’application. Selon son témoignage, l’agent IA a réalisé ces opérations. Nous ne disposons toutefois pas d’un audit indépendant permettant de confirmer la robustesse du résultat.

Voilà une démonstration particulièrement parlante du vibe coding, cette méthode qui consiste à décrire ce que l’on souhaite obtenir plutôt qu’à programmer chaque fonctionnalité soi-même. Et ce n’est plus uniquement une question d’assistance à l’écriture du code. Comme le montre notre comparatif entre Claude Code et ChatGPT Codex, les agents IA peuvent également examiner des projets, modifier des fichiers et exécuter certaines opérations techniques.

Mais il y a une nuance importante à prendre en compte. Concevoir un prototype fonctionnel en deux heures ne signifie pas qu’il sera immédiatement capable de supporter des millions d’utilisateurs sans problème.

Internet applaudit, mais les deux heures cachent une énorme consommation

L’annonce de Karpathy a attiré l’attention, notamment sur X et Hacker News. Seulement, derrière ces deux petites heures se cache une consommation de ressources plutôt impressionnante. Dans une réponse publiée sur Hacker News, le chercheur évoque environ 504 millions de tokens en entrée, dont 90 % mis en cache, et 7,6 millions en sortie.

Plus de 90 % de cette consommation serait liée au travail de classification assuré par Sonnet. Karpathy indique également qu’environ un million de tokens Opus 5.5 auraient suffi pour le reste du développement et du déploiement.

Autrement dit, deux heures de travail humain ne signifient pas deux heures de calcul bon marché. Et les chiffres communiqués ne permettent pas à eux seuls de déterminer le coût total effectivement facturé pour ce projet.

C’est pourtant là que réside le véritable intérêt de HackerTube. Le développeur ne disparaît pas. Son rôle évolue vers la conception, la supervision et la vérification du résultat. D’ailleurs, Claude permettait déjà de créer des applications à partir de simples conversations. Avec HackerTube, Karpathy pousse cette logique jusqu’à la mise en ligne d’un service utilisant un vaste jeu de données.

Et si cette méthode devenait accessible à davantage de créateurs ? D’autres communautés pourraient fabriquer leurs propres plateformes de découverte, avec des critères différents de ceux des géants du Web.

Cette alternative à YouTube ne va probablement pas faire trembler Google à elle seule. Elle montre en revanche qu’un développeur expérimenté peut désormais concrétiser une idée beaucoup plus rapidement avec un agent IA.

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