L’IA n’est plus cantonnée aux laboratoires et aux démonstrations futuristes. En 2025, elle s’invite brutalement dans les plans sociaux. Tenez, aux États-Unis, par exemple. Près de 55 000 licenciements lui sont directement attribués, selon un cabinet spécialisé.
Plus de 1,17 million d’emplois ont disparu, un niveau inédit depuis la crise sanitaire de 2020. Et l’IA sert souvent de justification officielle à ces décisions difficiles. Pourtant, la situation se révèle plus nuancée qu’un simple remplacement humain par des algorithmes.
On y viendra mais d’abord, voici les métiers les plus touchés par la vague de licenciements.
Service client, RH, bureaux : les premiers sur la liste
Chez Salesforce, la cible est clairement identifiée. En septembre, 4 000 postes du service clientèle ont été supprimés. Marc Benioff a reconnu que l’IA réalise déjà jusqu’à 50 % du travail interne. Le nombre de salariés dans ces fonctions a fortement diminué.
Chez IBM, plusieurs centaines de salariés des ressources humaines ont été remplacés par des chatbots. Le PDG Arvind Krishna l’a confirmé publiquement. L’entreprise a annoncé une réduction d’environ 1 % de ses effectifs mondiaux en novembre. Près de 3 000 personnes pourraient être concernées.
Workday, plateforme RH, a supprimé 1 750 emplois en février. Cela représente 8,5 % de ses effectifs. Son PDG a expliqué vouloir prioriser les investissements dans l’IA. Les fonctions administratives apparaissent directement visées.
Dans la cybersécurité, CrowdStrike a supprimé 500 postes en mai. Cela représente 5 % de ses équipes. La direction a relié ces départs à l’usage renforcé de l’intelligence artificielle. L’IA est décrite comme un outil d’optimisation interne et commerciale.
Ces annonces dessinent un même profil de métiers fragilisés. Service client, ressources humaines et fonctions administratives figurent en première ligne. Les suppressions touchent surtout des postes structurés et répétitifs.
Les géants qui ont appuyé sur le bouton rouge
Amazon a annoncé en octobre la suppression de 14 000 postes au siège. L’entreprise a lié cette décision à ses investissements dans l’intelligence artificielle. La direction souhaite une organisation plus légère, avec moins de niveaux hiérarchiques.
Andy Jassy avait prévenu en début d’année. Certains emplois actuels nécessiteraient moins de personnes. D’autres types de postes seraient renforcés. L’IA apparaît comme un facteur central de cette réorganisation.
Microsoft a supprimé environ 15 000 emplois d’ici 2025. Une annonce de juillet évoquait encore 9 000 postes menacés. Satya Nadella a parlé d’une mission à repenser pour une nouvelle ère. L’IA est présentée comme un socle de cette transformation.
Ces groupes concentrent une grande part des suppressions annoncées. Leurs décisions structurent une tendance visible sur l’ensemble du marché. Les chiffres montrent un impact très concret.
Les suppressions liées à l’IA ne relèvent donc plus du simple discours alarmiste. Cela dit, il se peut aussi qu’on se trompe sur toute la ligne. Que l’automatisation sert juste de bouc émissaire.
L’IA, l’alibi idéal ?
En octobre, 153 000 suppressions d’emplois ont été annoncées par les employeurs américains. Novembre a suivi avec plus de 71 000 postes rayés des effectifs. Sur ce total, plus de 6 000 licenciements sont directement liés à l’IA sur un seul mois.
L’explication logique est que les directions cherchent des leviers rapides pour réduire les dépenses. Voyez-vous, l’inflation pèse sur les ménages et sur les entreprises. Les droits de douane alourdissent les coûts de production. L’IA apparaît donc comme la solution idéale.
Une étude du MIT publiée en novembre renforce cet argumentaire. Les chercheurs estiment que l’IA peut déjà accomplir 11,7 % des tâches du marché du travail américain. Les économies potentielles atteindraient jusqu’à 1 200 milliards de dollars de salaires, surtout dans la finance, la santé et les services professionnels.
Pourtant, ce discours ne convainc pas tout le monde. Et surtout pas Fabian Stephany, professeur adjoint à l’Oxford Internet Institute. D’après lui, l’IA sert juste de prétexte.
Au fait, de nombreuses entreprises veulent corriger les recrutements excessifs réalisés durant la pandémie. Et accuser l’IA permet d’éviter d’assumer ces erreurs de gestion passées. L’argument technologique masque alors des décisions purement économiques.
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