L’IA inquiète le monde entier face au risque de disparition des emplois

Alors que les entreprises accélèrent l’adoption de l’intelligence artificielle, une étude mondiale du Pew Research Center révèle une inquiétude croissante. Une majorité de personnes redoute désormais que cette technologie réduit davantage les emplois qu’elle n’en crée.

L’intelligence artificielle continue de gagner du terrain dans les entreprises, mais son image auprès du grand public reste fragile. Selon une étude du Pew Research Center, une grande partie de la population mondiale estime que cette technologie pourrait provoquer davantage de suppressions de postes que de nouvelles opportunités professionnelles.

L’enquête, publiée jeudi, repose sur les réponses recueillies dans 37 pays. Dans 34 d’entre eux, la réponse la plus fréquente concerne une possible diminution du nombre d’emplois liée au développement de l’IA.

Sur l’ensemble des personnes interrogées, 46 % pensent que l’intelligence artificielle supprimera davantage de postes qu’elle n’en créera. À l’inverse, seulement 9 % estiment qu’elle stimulera réellement l’emploi. Près d’un quart des participants restent toutefois indécis face à cette évolution.

L’automatisation des métiers de bureau alimente les inquiétudes

Cette défiance apparaît particulièrement forte dans les économies développées. Aux États-Unis, 71 % des personnes interrogées anticipent une baisse du nombre d’emplois liée à l’IA. Deux ans auparavant, cette proportion atteignait 64 %, selon Pew.

L’institut explique que ces inquiétudes pourraient notamment venir de la crainte d’une automatisation progressive des métiers de bureau. Les salariés redoutent que certains outils remplacent des tâches réalisées jusqu’ici par des humains.

Les pays affichant les revenus les plus élevés semblent ainsi plus préoccupés par les conséquences possibles de cette transformation. Les travailleurs qualifiés craignent notamment une pression sur les salaires ou une modification profonde de leurs missions.

Toutefois, cette perception varie fortement selon les régions. Le Nigeria représente le seul pays étudié où davantage de personnes pensent que l’IA créera des emplois. Elles sont 27 % à partager cette opinion, contre 26 % qui prévoient une baisse.

Dans certains territoires, l’incertitude domine encore largement. En Thaïlande, 49 % des répondants déclarent ne pas savoir quel sera l’impact réel de l’IA, contre 32 % qui anticipent une diminution des emplois. Aux Philippines, cette hésitation atteint 54 %, contre 26 % pour une baisse des postes.

Les jeunes adultes figurent également parmi les populations les plus préoccupées. Selon Pew, cette tendance apparaît aussi bien dans les pays riches que dans les économies intermédiaires.

Les travailleurs qualifiés se montrent plus méfiants envers l’impact de l’IA

L’étude apporte cependant plusieurs nuances. Les personnes disposant de revenus élevés et les diplômés se montrent davantage susceptibles d’anticiper des pertes d’emplois, notamment dans les pays à revenu intermédiaire.

À l’inverse, les populations moins favorisées répondent plus souvent qu’elles restent incertaines face aux conséquences de l’IA. Elles choisissent davantage la réponse « je ne sais pas » plutôt qu’une vision clairement optimiste ou pessimiste.

Cette inquiétude progresse également dans plusieurs pays. Pew indique que la part des adultes se déclarant « plus inquiets que enthousiastes » face à l’IA a augmenté en Suède (+9 points), en Pologne (+8 points), aux Pays-Bas (+7 points), en Hongrie (+6 points) et en Australie (+4 points).

Les différences politiques jouent aussi un rôle dans la perception de cette technologie. Aux États-Unis, les personnes se situant plutôt à gauche sont 31 % plus nombreuses que celles de droite à craindre une hausse des inégalités provoquée par l’intelligence artificielle.

L’IA divise encore sur une question clé : qui profitera vraiment de cette technologie ?

Au-delà de l’emploi, le sondage Pew analyse également la manière dont les citoyens perçoivent l’impact de l’IA sur les écarts sociaux.

Une majorité de répondants estime que cette technologie risque d’accentuer les différences entre les plus riches et les plus modestes. « Globalement, les gens sont plus enclins à penser que l’IA creusera davantage les inégalités entre riches et pauvres qu’elle ne les réduira », explique Pew.

Aux États-Unis, 46 % des personnes interrogées pensent que l’IA aggravera les inégalités. Seulement 21 % considèrent qu’elle ne changera pas réellement la situation. À peine 5 % estiment que cette technologie pourrait rendre le pays plus équitable.

Pourtant, l’impact réel de l’intelligence artificielle reste encore difficile à mesurer. Une étude publiée en juillet 2026 par le Stanford Institute for Economic Policy Research estime que les conséquences globales de l’IA sur l’emploi américain restent limitées.

Les chercheurs soulignent néanmoins que cette technologie pourrait déjà compliquer l’accès au marché du travail pour certains jeunes diplômés.

De leur côté, plusieurs dirigeants de grandes entreprises technologiques ont progressivement modifié leur discours. Après avoir beaucoup insisté sur les capacités de remplacement de l’IA, ils présentent désormais ces outils comme des assistants destinés à améliorer la productivité.

Mais les résultats du sondage Pew montrent que cette nouvelle communication peine encore à convaincre. Pour une grande partie du public, l’intelligence artificielle reste encore partagée entre promesse économique et menace sociale.

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