L’IA ne se contente plus d’écrire du texte, elle conçoit désormais des virus 

Une IA conçue pour lire le vivant vient de fabriquer des virus naturellement inexistants jusque-là. Le résultat fascine scientifiquement, mais ouvre surtout une sérieuse brèche dans les règles de biosécurité. 

À Palo Alto, en Californie, l’Arc Institute a confié cette mission scientifique au système Evo.
Ce modèle de langage génomique a appris la structure d’ADN de plusieurs virus naturels distincts. Evo devait ensuite proposer des génomes nouveaux, plutôt que simplement reproduire des séquences déjà connues. Les scientifiques ont synthétisé ces molécules, puis les ont introduites dans des bactéries en laboratoire. Ces bactéries ont produit des virus capables d’infecter leurs semblables puis de se propager ensuite. L’étude publiée jeudi dans Science documente cette prouesse spectaculaire, sans transformer Evo en sorcier biologique.

Des centaines de milliers d’essais pour seulement seize virus viables

Toutefois, la synthèse virale existait bien avant Evo et figure parmi les outils virologiques disponibles. Par ailleurs, ce virus ne menace pas l’humain puisqu’il cible exclusivement les bactéries du laboratoire.

Ce choix découle du Phi X-174, virus relativement inoffensif sélectionné comme base génétique de départ. En effet, Evo a dû multiplier les essais avant de produire quelques candidats fonctionnels seulement. 

D’après le New York Times, le modèle a généré environ 700 000 génomes viraux potentiels. Les chercheurs ont ensuite réduit cette montagne numérique à environ 300 séquences fabriquées en laboratoire.

Parmi elles, seulement seize ont donné des virus viables, soit un taux de réussite minuscule. Toutefois, certains résultats dépassent la simple imitation des virus naturels déjà répertoriés par la science.

Ces virus ont contourné la résistance de deux souches différentes d’E. coli pendant les tests. Le théorème du singe savant reste loin, mais ce rendement minuscule nuance fortement la prouesse. Dès lors, une machine incapable hier d’écrire un génome viral vient de franchir cette étape.

La technologie avance plus vite que les règles de biosécurité

Le professeur Tom Inglesby et le docteur Moritz Hanke, chercheurs à Johns Hopkins, lancent l’alerte. Leur Centre pour la sécurité sanitaire accompagne Science avec un avertissement sur cette avancée majeure. Ils écrivent « la capacité de composer des génomes viraux grâce à l’IA générative existe désormais ». Puis ils soulignent « la gouvernance nécessaire pour encadrer son utilisation en toute sécurité fait défaut ».

Ainsi, le décalage réglementaire apparaît au moment où les États-Unis renforcent certaines règles de recherche. Les Instituts nationaux de la santé ont publié la semaine dernière de nouvelles directives préventives.

Elles interdisent des expériences susceptibles de rendre certains agents biologiques connus beaucoup plus dangereux ensuite. En revanche, la recherche purement informatique reste autorisée sauf lorsqu’elle implique une entité préoccupante identifiée. Enfin, la politique cite des menaces existantes, tandis que le Times évoque la variole explicitement.

Reste une faille évidente lorsque l’IA invente un agent dangereux totalement absent des catalogues existants. Finalement, cette première ne crée aucune apocalypse, mais elle oblige la gouvernance à rattraper l’IA.

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