Recevoir un appel sur son téléphone, c’est la chose la plus banale du monde. Seulement, voilà. Sur WeChat, une sonnerie pouvait potentiellement devenir une porte d’entrée pour un pirate.
Au fait, le système d’appels vocaux de WeChat avait une faille que l’entreprise américaine Calif de cybersécurité a découverte. Les chercheurs de la boîte ont alors créé un ver exploitant cette vulnérabilité.
Baptisé WeWorm, ce ver pouvait profiter d’une erreur de gestion de la mémoire pour exécuter du code sur l’appareil ciblé. Cela fait, il était capable de prendre le contrôle d’un compte WeChat. Et ce, sans que la victime ne décroche, ni même touche son écran.
Le ver pourrait notamment utiliser le compte compromis pour appeler les contacts de la victime. Les personnes recevant ces appels devenaient alors de nouvelles cibles, permettant à l’infection de se propager automatiquement.
Heureusement, comme vous pouvez le constater, je parle au passé. Ce qui veut dire que Tencent a depuis corrigé la faille.
WeWorm : une attaque orchestrée… avec l’aide de l’IA
Si vous voulez tout savoir, les chercheurs de Calif ont découvert la vulnérabilité à la mi-juillet. Ils ont prévenu Tencent dix jours plus tard et ont ensuite travaillé à transformer leur découverte en attaque fonctionnelle.
La première version destinée à Android a été développée en moins d’une semaine. Les travaux se sont ensuite poursuivis sur iOS, avant que le ver complet ne soit opérationnel le 11 août.
Pour aller plus vite, l’équipe a utilisé plusieurs modèles d’intelligence artificielle pendant ses recherches. Les chercheurs précisent toutefois qu’ils ont conservé le contrôle des différentes étapes.
Ils sélectionnaient eux-mêmes les cibles et vérifiaient les résultats générés par les IA avant de les utiliser.
Tencent a finalement corrigé la vulnérabilité le 28 août, aussi bien dans l’application que sur ses serveurs. Calif affirme par ailleurs n’avoir trouvé aucune preuve montrant qu’un compte réel avait été compromis à la suite de ses travaux.
En quoi est-ce inquiétant ?
Pour tout vous dire, le problème dépasse largement WeChat. Voyez-vous, Vinh Nguyen, ancien scientifique en chef des données à la NSA, estime que WeWorm fait partie des attaques les plus préoccupantes qu’il ait vues.
Selon lui, une telle méthode aurait pu toucher des centaines de millions d’appareils en quelques heures si elle avait été exploitée à grande échelle. Ce qui relance surtout la question qui suit.
Que se passerait-il si les capacités de piratage liées à l’IA devenaient des outils de confrontation entre grandes puissances ?
Ryan Fedasiuk, chercheur sur les politiques liées à l’IA, qualifie, lui aussi, WeWorm d’« extrêmement grave ». Il précise toutefois n’avoir trouvé aucune preuve d’une implication du gouvernement américain.
Non pas que ce dernier soit soupçonné ou ait quoi que ce soit à voir avec cette histoire. Mais la nature de l’exploit est particulièrement sensible que la question mérite d’être posée.
Quoi qu’il en soit, certains chercheurs défendent déjà l’idée de protéger les technologies d’IA les plus puissantes comme des ressources stratégiques. Ce, avec un système de dissuasion comparable à celui de la guerre froide.
Fedasiuk, de son côté, appelle surtout les différents acteurs à garder le dialogue ouvert et à partager davantage d’informations sur les risques liés à l’IA.
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