Des cybercriminels ont trouvé une nouvelle manière de gagner de l’argent grâce à l’intelligence artificielle. En piratant les accès cloud des entreprises, ils revendent l’utilisation de modèles d’IA haut de gamme à prix cassés. Le problème ? Ce sont les victimes qui règlent la facture, parfois jusqu’à 1 million de dollars.
Le cryptojacking a longtemps permis aux pirates de faire tourner leurs opérations sur les ordinateurs d’autrui. Désormais, une autre ressource attire leur attention : les modèles d’IA. Et contrairement au minage de cryptomonnaies, cette nouvelle activité peut faire grimper les dépenses en quelques heures seulement.
Google Threat Intelligence Group (GTIG) et Mandiant ont documenté plusieurs attaques de ce type en 2026. Cette pratique est appelée LLMjacking.
LLMjacking : comment ça marche ?
Le principe du LLMjacking est relativement simple. Les pirates s’emparent des accès permettant d’utiliser les modèles d’IA hébergés dans le cloud.
Pour parvenir à leurs fins, ils recherchent notamment des clés API exposées, des identifiants cloud volés et des jetons de connexion encore actifs. Ces éléments fonctionnent comme des clés numériques donnant accès aux services d’une entreprise.
Lorsqu’ils tombent entre de mauvaises mains, les attaquants peuvent utiliser les ressources sans avoir à payer eux-mêmes.
Les chercheurs de Google ont également repéré des services accessibles publiquement dont les protections étaient insuffisantes. Certains pirates testent même automatiquement les clés dérobées avec des requêtes minuscules, parfois limitées à un seul jeton.
Une fois à l’intérieur, les attaquants peuvent activer des services d’IA, générer de nouvelles clés API et augmenter leurs privilèges. Certains cherchent également d’autres identifiants dans les dépôts de code, les bases de données et les gestionnaires de secrets.
60 dollars pour accéder à des IA premium, la facture pour les autres
Si l’histoire s’arrêtait là, ça aurait été une bonne nouvelle. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Voyez-vous, plutôt que de garder les accès volés pour eux, certains pirates les revendent à travers des plateformes clandestines appelées LLM Mixers.
Ces services jouent le rôle d’intermédiaires. Ils regroupent plusieurs clés API dérobées, répartissent les demandes entre différents comptes et proposent à leurs clients un accès à plusieurs modèles d’IA. Le tout sans révéler l’identité de l’entreprise qui finance réellement les opérations.
Google a notamment identifié Jet Night. Ce service commercialise des abonnements présentés comme donnant accès à des modèles IA avancés. Son offre illimitée est proposée autour de 60 dollars par mois.
À titre de comparaison, Google estime qu’un accès équivalent, aux tarifs habituels, pourrait coûter entre 100 et 250 dollars mensuels. Une différence qui rend ces offres particulièrement attractives pour les utilisateurs peu regardants sur leur provenance.
Mais cette petite économie cache une réalité beaucoup moins réjouissante. Les requêtes des clients transitent par les infrastructures compromises. Les fournisseurs cloud les enregistrent comme une consommation normale et facturent les comptes des entreprises victimes.
Dans un cas documenté par GTIG, un acteur malveillant a effectué plus de 500 000 appels API en moins de huit heures pour alimenter Jet Night. Le service a ainsi généré près d’un million de dollars de coûts en jetons pour l’organisation dont les accès avaient été détournés.
Une facture de 100 000 dollars peut tomber en une seule journée
Les conséquences financières du LLMjacking peuvent être particulièrement brutales. Google indique avoir observé des incidents générant plus de 100 000 dollars de dépenses frauduleuses en une seule journée. Dans certaines organisations, le montant cumulé a atteint un million de dollars avant la révocation des accès compromis.
Le phénomène peut prendre une ampleur considérable parce que les demandes sont automatisées et réparties sur plusieurs comptes. BleepingComputer rapporte que certains volumes peuvent dépasser 1 000 requêtes par seconde.
Les attaquants disposent également de plusieurs techniques pour prolonger leurs opérations. Certains créent et suppriment continuellement des comptes de service temporaires afin de contourner les limites d’utilisation. D’autres déploient leurs propres serveurs intermédiaires pour distribuer les requêtes.
Google a aussi identifié des groupes qui exploitent des infrastructures cloud compromises pour héberger des agents IA et des systèmes de relais. Ces installations peuvent ensuite servir à proposer des accès non autorisés à différents modèles.
Que faire pour se protéger ?
Face à cette menace, Google recommande de renforcer en priorité la gestion des identités et des accès. Les entreprises doivent notamment limiter les autorisations accordées aux comptes et aux services à ce qui est réellement nécessaire.
La gestion des clés API représente également un point essentiel. Google préconise leur stockage dans des systèmes centralisés, leur renouvellement régulier et une surveillance automatique des dépôts de code pour repérer les identifiants exposés.
Les organisations doivent aussi activer l’authentification multifacteur résistante au phishing et surveiller les connexions inhabituelles. Des plafonds de dépenses et des quotas d’utilisation des API permettent par ailleurs de limiter les dégâts lorsqu’un compte est compromis.
Enfin, les journaux d’activité cloud doivent être activés et surveillés. Une hausse soudaine des requêtes, l’activation inattendue d’un service IA ou la création de nouveaux comptes administrateur peuvent révéler une intrusion.
Google estime que le LLMjacking devrait prendre de l’ampleur avec la généralisation des modèles premium et des agents autonomes dans les entreprises.
- Partager l'article :

