Sakana AI lance un agent de recherche baptisé Marlin, capable de générer des rapports stratégiques de plus de 100 pages en huit heures. L’IA instantanée a trouvé son contraire, avec cravate imaginaire incluse.
Depuis deux ans, l’IA générative vend surtout la vitesse. Un résumé, un poème, une ligne de code, et hop, quelques secondes suffisent. Sakana AI arrive avec un agent de recherche qui prend le contrepied. Marlin ne répond pas vite. Il travaille longtemps, raisonne par boucles et promet une analyse profonde. La start-up tokyoïte le présente comme un « directeur de la stratégie virtuel ». Autrement dit, un consultant junior numérique, sans notes de frais.
Sakana AI transforme son agent de recherche en consultant stratégique autonome
Marlin cible les entreprises, la finance et les groupes de réflexion. L’utilisateur fournit un sujet, précise le périmètre, puis disparaît presque du processus. L’agent formule des hypothèses, collecte des données, recoupe les sources et cartographie les causalités. À la sortie, Sakana promet des options stratégiques, des slides, des annexes, des références et un rapport complet. Les exemples cités donnent le ton. Blocus théorique du détroit d’Ormuz, réglementation mondiale de l’IA, retour des « justiciers des obligations ». On est loin du chatbot qui reformule un mail passif-agressif.
Sous le capot, Marlin s’appuie sur AB-MCTS, une recherche arborescente Monte Carlo adaptative. L’idée rappelle les moteurs d’échecs. Le système explore plusieurs pistes, abandonne les impasses, puis approfondit les hypothèses prometteuses. Sakana AI fait ainsi de son agent de recherche une machine d’essais et d’erreurs automatisés. L’architecture reprend TreeQuest, publié sous licence Apache 2.0, et des travaux liés à The AI Scientist. Marlin coordonne plusieurs modèles d’IA selon les tâches, sans révéler leurs noms ni leurs fournisseurs. Pour un outil stratégique, ce flou mérite un sourcil levé.
Une promesse solide, mais encore très entreprise
Sakana insiste sur la gestion des données sensibles. Les données clients ne serviraient pas à entraîner les modèles sans consentement explicite. Même avec accord, elles seraient traitées pour retirer les informations identifiantes. Une exécution coûte 100 crédits, avec des crédits supplémentaires à 98 yens. Le plan Pro monte à 150 000 yens par mois. L’offre équipe grimpe à 400 000 yens, avant les devis personnalisés.
Fondée à Tokyo en 2023, Sakana AI réunit Llion Jones et David Ha. Jones a coécrit l’article fondateur des Transformers chez Google. Ha est passé par Google Brain et Stability AI. Leur approche s’inspire du biomimétisme, des bancs de poissons aux colonies de fourmis. Plutôt qu’un modèle géant unique, Sakana préfère des modèles spécialisés qui coopèrent. La société revendique aussi ALE-Agent et RL Conductor. Sa valorisation dépasserait 2,6 milliards de dollars, avec Nvidia, Google, MUFG, Citi ou Salesforce parmi ses investisseurs.
La bêta fermée aurait impliqué environ 300 professionnels dès avril 2026. Un consultant affirme que l’outil « a dépassé nos attentes ». Une équipe de cybersécurité parle d’un « rapport très convaincant ». Ces citations restent intéressantes, mais accompagnent un lancement commercial. Marlin ne remplace donc pas les dirigeants. Il automatise surtout la recherche pénible avant la décision. Reste une question très humaine. Qui lira vraiment 100 pages générées par IA, même brillantes.
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