Les drones ont peut-être (enfin) trouvé leur meilleure astuce pour passer incognito : ne plus essayer de se cacher. Au lieu de chercher une cape d’invisibilité façon Harry Potter, des chercheurs ont préféré embrouiller directement notre cerveau. Plutôt malin, non ?
Depuis des années, les ingénieurs cherchent à créer un drone capable de se rendre invisible. Les solutions imaginées jusqu’ici reposaient surtout sur des matériaux transparents, des peintures de camouflage ou encore des systèmes détournant la lumière autour de l’objet.
Mais une équipe de l’Université Northwestern a décidé de prendre le problème à l’envers. Le groupe a créé Phantom Twist. Ce drone expérimental ne se rend pas invisible au sens propre du terme. Il le devient en jouant avec les limites de la vision humaine.
Phantom Twist : comment ce drone fonctionne ?
Le principe derrière Phantom Twist est finalement assez simple. Je suppose que vous avez déjà regardé un ventilateur de plafond tourner à pleine vitesse. Alors, vous avez probablement remarqué que les pales finissent par devenir difficiles à distinguer.
Elles ne disparaissent pas. C’est votre cerveau qui n’arrive plus à suivre ses mouvements. Les chercheurs de Northwestern ont alors utilisé cette faiblesse naturelle de notre vision pour concevoir un drone à même de passer incognito.
Sur un modèle classique, les hélices tournent mais le corps reste immobile. Résultat : votre cerveau repère facilement sa forme. Avec Phantom Twist, c’est différent. L’ensemble du drone est en mouvement permanent.
L’appareil utilise un seul moteur et une seule hélice. Lorsque l’hélice tourne dans une direction, le reste du drone tourne dans le sens opposé. L’ensemble peut atteindre jusqu’à 25 rotations par seconde.
À cette vitesse, il devient extrêmement difficile pour l’œil humain de trouver un point fixe permettant d’identifier clairement l’engin. Ainsi, au lieu de voir une machine avec des bras, des câbles et une structure précise, l’observateur perçoit une sorte de brouillard en mouvement.
L’IA a aidé à créer l’illusion parfaite
La création de Phantom Twist ne s’est pas faite au hasard. Avant de construire le moindre prototype physique, les chercheurs ont demandé aux ordinateurs d’explorer des milliers de possibilités.
L’équipe a généré environ 20 000 configurations différentes grâce à des modèles informatiques. Des algorithmes d’IA ont ensuite analysé chaque version et modifié la position des composants essentiels. Batterie, moteur, carte électronique, hélice ou encore contrepoids.
L’objectif était de trouver la forme la plus stable possible tout en réduisant au maximum la visibilité du drone depuis différents angles. Les chercheurs ont ensuite testé ces modèles virtuels sur 100 décors réels différents.
Un système de vision par ordinateur, entraîné pour reproduire certaines capacités de perception humaine, a évalué quelles configurations étaient les plus difficiles à repérer.
Les meilleurs modèles ont ensuite été améliorés avant de passer à la fabrication du véritable drone. La version finale répartit volontairement ses composants à différentes hauteurs et selon plusieurs angles.
Lorsqu’elle tourne, cette organisation particulière empêche les éléments de former une silhouette nette. Au lieu de créer une forme reconnaissable, ils se mélangent pour produire un effet de flou semi-transparent.
Un drone invisible : à quoi cela sert ?
D’après les estimations des chercheurs, Phantom Twist serait environ dix fois moins visible qu’un quadricoptère classique. Cette technologie pourrait ainsi avoir plusieurs usages.
Les spécialistes de la faune pourraient observer les animaux sans autant les perturber. Les chercheurs en environnement pourraient réaliser des études plus discrètes.
Les équipes chargées d’inspecter des infrastructures pourraient aussi intervenir avec un appareil moins visible. Le drone fantôme a toutefois encore quelques défauts.
Il fait toujours du bruit, comme n’importe quel drone équipé d’une hélice. Ses câbles et certaines structures restent également visibles.
Espérons que les prochaines versions pourraient intégrer des matériaux plus transparents et des systèmes de propulsion plus silencieux.
- Partager l'article :
