Cet auteur de roman policier perd un contrat de 2 millions de dollars… à cause de l’IA 

Le premier roman policier très attendu de Jerry Falade devait être l’un des grands événements du monde de l’édition. Pourtant, quelques semaines après avoir décroché un contrat à plus de 2 millions de dollars, le livre a finalement été retiré de la circulation. Savez-vous pourquoi ? À cause de doutes autour d’une possible utilisation de l’intelligence artificielle.

Le manuscrit, intitulé « Call Me, I’ll Hide the Body », avait pourtant tout du succès annoncé. Plusieurs éditeurs se disputaient les droits lors d’une grande vente aux enchères réunissant quatorze participants. 

C’est finalement Macmillan Publishers, via sa filiale américaine Minotaur Books, qui aurait remporté la bataille. Comme dit tout haut, l’offre dépassait les 2 millions de dollars, soit environ 1,5 million de livres sterling.

La sortie était prévue pour 2028. Mais au lieu de préparer les interviews et les séances de dédicaces, l’auteur se retrouve aujourd’hui au centre d’une polémique qui dépasse largement son roman. 

Que s’est-il passé ?

L’agent américain de Jerry Falade, Marc Gerald, expliquait avoir découvert un manuscrit exceptionnel. Selon lui, le livre avait immédiatement séduit les professionnels de l’édition. 

« Tout le monde en est tombé amoureux », aurait-il déclaré au magazine The Bookseller. Pour lui, l’histoire avait tous les ingrédients d’un grand succès. Une intrigue captivante, un style original et un potentiel capable de séduire un large public.

Puis, au milieu du processus de vente, des questions ont commencé à apparaître. Certains éditeurs se sont demandé si certaines parties du texte avaient pu être modifiées ou générées avec l’aide d’une IA.

Face aux interrogations, l’équipe de Falade aurait assuré que l’auteur n’avait pas utilisé d’IA pendant l’écriture ou les corrections. Les agents ont également indiqué avoir discuté avec lui et utilisé un outil appelé « Jerry for AI » afin d’examiner le manuscrit.

À ce moment-là, les explications de l’auteur semblaient suffisantes. L’agence avait même décidé de ne pas utiliser de logiciel classique de détection d’IA. Elle estimait que ces outils pouvaient produire des résultats peu fiables. 

Mais la situation a changé après une réunion organisée le 29 juillet. Selon l’agence, certains éléments concernant l’historique du manuscrit auraient évolué pendant les échanges. 

Résultat : les agents de Falade ont estimé qu’ils ne pouvaient plus garantir l’origine complète du texte. Dans un message envoyé aux éditeurs consulté par le Guardian, ils expliquent, je cite : 

« Malheureusement, nous ne sommes plus en mesure de retracer l’évolution complète du manuscrit, de sa conception à sa finalisation » 

Ils ont donc pris une décision radicale : retirer le livre.

Comment a réagit Jerry Falade ?

De son côté, Jerry Falade rejette totalement les accusations d’utilisation d’IA. L’auteur affirme que son roman a été écrit sans l’aide d’un outil génératif. Et il estime que cette affaire révèle un problème plus profond dans l’industrie du livre. 

Dans une déclaration au The Guardian, il affirme que plusieurs auteurs noirs ont récemment vu leurs contrats perturbés. Toujours après des soupçons similaires liés à l’IA.

Selon lui, il existe une tendance inquiétante à remettre en question l’authenticité du travail de certains écrivains lorsqu’ils connaissent un succès rapide.

« Il semble exister une présomption selon laquelle, lorsqu’un auteur noir publie une œuvre qui attire l’attention, cette œuvre ne pourrait pas être entièrement la sienne », a-t-il expliqué.

Falade rappelle également que les outils de détection des textes générés par IA sont loin d’être parfaits. Ils peuvent parfois signaler à tort des contenus écrits par des humains. Un phénomène connu sous le nom de faux positif. Et je dois dire que là dessus, il n’a pas tort.

L’auteur souligne aussi que son manuscrit avait été lu par plusieurs professionnels avant d’obtenir son contrat. Pour lui, il est difficile d’imaginer que des éditeurs expérimentés n’auraient rien remarqué si le texte avait réellement été produit par une IA. 

L’IA complique la vie des auteurs 

Cette affaire arrive dans un contexte où l’industrie du livre tente encore de trouver ses marques face à l’arrivée massive des outils d’IA.

Les éditeurs veulent éviter de publier des œuvres entièrement générées par des machines sans transparence. Mais ils doivent aussi éviter de condamner des auteurs uniquement sur la base de soupçons… Ou de résultats fournis par des détecteurs parfois imprécis.

Ce n’est d’ailleurs pas la première controverse du genre cette année. Le roman d’horreur « Shy Girl » de Mia Ballard avait également été retiré de la vente aux États-Unis par Hachette Book Group. 

En ligne, les dires accusaient l’autrice d’utilisation d’IA. Elle avait, bien sûr, nié ces accusations. Avec l’affaire Jerry Falade, une nouvelle question se pose donc : 

Alors que les outils d’IA deviennent de plus en plus présents, comment prouver qu’une œuvre vient bien d’un humain ? 

Car le problème est désormais presque aussi compliqué qu’un roman policier : il ne suffit plus de trouver le coupable. Encore faut-il être certain qu’il existe.

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