Vous pensiez avoir repris le contrôle de votre compte après avoir changé votre mot de passe ? Des malwares s’attaquent désormais aux sessions ChatGPT et Claude, et certains accès volés peuvent rester valides malgré cette précaution.
Une étude publiée le 30 octobre 2026 par SpyCloud Labs révèle comment des logiciels malveillants récupèrent les sessions ChatGPT et Claude, ainsi que les clés d’accès d’assistants IA. Le plus inquiétant ? Ces accès volés peuvent parfois rester utilisables même après un changement de mot de passe. Les pirates n’ont donc pas besoin de connaître vos nouveaux identifiants pour revenir. Et les conséquences peuvent aller bien au-delà du vol de conversations.
Des malwares volent les sessions ChatGPT et Claude directement sur votre PC
Cibler les outils d’IA constitue une piste de plus en plus tentante pour les cybercriminels. Et pour en dérober les accès, ils n’ont même pas besoin de pirater les serveurs d’OpenAI ou d’Anthropic.
Deux logiciels malveillants, WardenStealer et Aoki, sont au cœur des recherches de SpyCloud. Ces programmes appartiennent à la famille des infostealers, conçus pour récupérer des informations sensibles sur les appareils infectés. Jusqu’ici, on les connaissait surtout pour le vol de mots de passe, de cookies et de portefeuilles de cryptomonnaies.
Désormais, ils s’intéressent aussi aux assistants IA. Claude Code, Codex, Cursor, GitHub Copilot et les applications de bureau ChatGPT et Claude figurent parmi leurs cibles. Les chercheurs ont identifié des fichiers d’authentification et de configuration dans les données récupérées lors d’infections.
Le chiffre donne une idée de l’ampleur du phénomène. Depuis le 3 août 2026, SpyCloud affirme avoir recensé plus de 130 000 infections distinctes associées à WardenStealer. Attention toutefois, cela ne signifie pas que 130 000 comptes IA ont été piratés. Le malware vole également de nombreuses autres catégories de données.
Pourquoi changer de mot de passe ne suffit-il pas à bloquer les pirates ?
Quand vous vous connectez à ChatGPT ou Claude, ces plateformes utilisent des cookies ou des jetons d’authentification pour maintenir votre session ouverte. Vous n’avez donc pas besoin de saisir votre mot de passe à chaque utilisation.
C’est pratique pour vous, mais aussi pour un pirate qui réussit à récupérer un jeton encore valide. En effet, dans certaines conditions, il peut réutiliser une session déjà authentifiée, sans connaître votre nouveau mot de passe ni devoir franchir une nouvelle vérification multifacteur.
Ce n’est pas une défaillance générale de la double authentification. Le pirate exploite simplement une autorisation déjà accordée à l’utilisateur légitime. Et changer de mot de passe ne révoque pas nécessairement toutes ces autorisations.
Les sessions ChatGPT et Claude ne sont donc pas les seuls éléments à surveiller. Les clés API et les jetons OAuth peuvent également rester exploitables tant qu’ils n’ont pas expiré ou été révoqués. Leur durée de validité et leurs permissions dépendent des services concernés.
Des sessions ChatGPT et Claude revendues à prix cassés
Pourquoi prendre autant de risques pour accéder à des assistants IA ? Parce que ces accès ont désormais une valeur marchande. Les cybercriminels ne recherchent pas uniquement vos conversations. Ils peuvent aussi vouloir profiter d’abonnements et de crédits API payés par d’autres.
Dans son enquête, SpyCloud décrit des boutiques clandestines proposant des abonnements IA et des crédits API avec des remises affichées allant de 40 à 91 %. Certains intermédiaires promettent même aux fournisseurs de clés volées jusqu’à 35 % des montants facturés grâce à ces accès.
Cette activité rejoint le phénomène du LLMjacking, où des ressources d’intelligence artificielle sont exploitées sans l’autorisation de leur propriétaire. Comme l’expliquent les chercheurs de Google Cloud, des comptes cloud compromis peuvent ainsi servir à générer des dépenses importantes.
Précisons toutefois que SpyCloud n’a toutefois pas démontré que tous les accès proposés sur ces marchés proviennent des malwares étudiés. Le phishing, les fuites d’identifiants et d’autres fraudes peuvent également alimenter ce commerce.
Un compte IA compromis ouvre d’autres portes aux pirates
Pour un particulier, retrouver un inconnu dans son compte ChatGPT ou Claude serait déjà suffisamment désagréable. Mais pour un développeur, les conséquences potentielles vont bien plus loin.
Certains assistants de programmation peuvent accéder à des dépôts de code, à des services cloud ou à des outils professionnels grâce à des connexions autorisées. Les chercheurs ont notamment retrouvé des jetons liés aux serveurs MCP dans les fichiers de Claude Code, ainsi que des informations d’authentification de Codex.
Un pirate disposant des bons secrets pourrait donc tenter d’accéder à d’autres ressources, dans les limites des permissions accordées. Cela ne prouve pas qu’il puisse automatiquement contrôler toute l’infrastructure d’une entreprise.
Le problème rappelle aussi pourquoi le navigateur devient une porte d’entrée privilégiée pour les hackers. Plus les services professionnels concentrent leurs connexions et leurs données au même endroit, plus le vol d’une session peut avoir des répercussions.
Une autre menace existe lorsqu’un agent IA suit des instructions malveillantes. Des chercheurs ont déjà montré comment Claude Code et Codex pouvaient être piégés par un fichier dans Téléchargements. La méthode diffère ici, mais elle souligne l’importance des accès confiés aux agents.
Alors, comment reprendre le contrôle de vos comptes IA ?
Si votre ordinateur héberge encore un malware, changer vos identifiants depuis cet appareil risque simplement de fournir de nouvelles données aux pirates. Il faut donc d’abord isoler et examiner la machine suspecte, puis la nettoyer avec des outils adaptés.
Depuis un appareil sain, révoquez les sessions actives lorsque le service le permet, changez votre mot de passe et renouvelez les clés API potentiellement exposées. Vérifiez également les autorisations OAuth, les connexions MCP et les applications associées à vos comptes.
Surveillez ensuite les historiques d’activité, les consommations API et les factures inhabituelles. Si des informations professionnelles sont concernées, l’équipe de sécurité devra examiner les services accessibles et les éventuelles données exposées.
Le constat est assez piquant. La sécurité d’un compte IA ne repose plus uniquement sur son mot de passe. Les sessions actives et les autorisations accordées aux outils méritent aussi votre attention. Sinon, vous risquez de changer la serrure alors qu’un pirate possède encore un badge valide.
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