Il efface toutes les données de son Pixel devant les douaniers… et finit devant la justice

À l’arrivée aux États-Unis, un voyageur a vu son téléphone Pixel attirer l’attention des douaniers. En utilisant une fonction de sécurité de GrapheneOS pour effacer instantanément ses données, il pensait protéger sa vie privée. Mais cette décision l’a finalement conduit devant la justice. 

Vous laisseriez un inconnu fouiller dans votre smartphone ? La question peut sembler théorique, mais elle est au cœur d’une affaire qui fait beaucoup de bruit aux États-Unis. Un utilisateur d’un Google Pixel a été contrôlé par les douaniers américains à son retour de voyage. Plutôt que de leur laisser accès à son appareil, il a préféré en effacer toutes les données. Ce choix, rendu possible grâce à GrapheneOS, lui vaut désormais des poursuites fédérales.

Le contrôle d’un Pixel par les douaniers vire au conflit judiciaire 

Début 2025, Samuel Tunick rentre aux États-Unis après un voyage à l’étranger. À son arrivée, il est dirigé vers un contrôle secondaire par les agents des douanes et de la protection des frontières (CBP). 

Ceux-ci souhaitent examiner son smartphone, un Google Pixel équipé de GrapheneOS. Il s’agit d’une version d’Android pensée pour renforcer la confidentialité.

Selon les représentants du gouvernement, il s’agissait d’un contrôle classique destiné à rechercher d’éventuels contenus illégaux. Les avocats de Samuel Tunick racontent une tout autre histoire. D’après eux, leur client aurait été visé à cause de son opposition au projet « Cop City » à Atlanta. 

Les documents présentés devant le tribunal indiquent notamment que les autorités évoquaient, en interne, la possibilité de l’interpeller à son retour pour de supposées activités terroristes. Des accusations que la défense conteste fermement.

Une fonction de GrapheneOS qui efface tout en quelques secondes

Face aux demandes des agents, Samuel Tunick ne déverrouille pas son téléphone de manière classique. Il communique à la place un code spécial prévu par GrapheneOS.

Cette fonction de sécurité, appelée « code de détresse », est conçue pour les situations où l’utilisateur estime que ses données risquent d’être compromises. Lorsqu’il est saisi sur l’écran de verrouillage, le téléphone lance immédiatement un effacement complet de son contenu, y compris les données stockées et les eSIM.

Les agents voient alors l’écran devenir noir avant que l’appareil ne redémarre. Toutes les informations ont disparu. Le smartphone est tout de même confisqué, et son propriétaire est autorisé à quitter l’aéroport. Quelques mois plus tard, l’affaire prend un tournant inattendu.

Pourquoi le propriétaire du Pixel risque jusqu’à cinq ans de prison ?

Fin 2025, le département de la Justice engage des poursuites contre Samuel Tunick. L’accusation s’appuie sur une loi fédérale rarement utilisée. Celle-ci interdit de détruire volontairement un bien afin d’empêcher sa saisie par les autorités.

Le gouvernement estime que l’utilisateur a poussé un agent à effacer les données du téléphone en lui faisant saisir ce code particulier. Si cette interprétation est retenue par le tribunal, Samuel Tunick encourt jusqu’à cinq ans de prison.

Des spécialistes de la défense des libertés numériques, interrogés par TechCrunch, affirment toutefois n’avoir jamais vu cette disposition juridique appliquée dans un cas similaire. Pour eux, cette procédure pourrait créer un précédent important.

La défense demande, de son côté, l’annulation de toutes les preuves recueillies lors du contrôle. Elle estime que les droits constitutionnels de son client ont été violés. À ses yeux, cette inspection servait avant tout à surveiller des militants plutôt qu’à effectuer un simple contrôle frontalier.

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