The Seattle Times et Newsday portent plainte contre OpenAI et Microsoft. Pourquoi ? Ils dénoncent un pillage pur et simple de leurs articles pour entraîner des algorithmes.
OpenAI et Microsoft affrontent une nouvelle offensive judiciaire. Deux médias américains viennent de déposer plainte contre les deux entreprises. Le Seattle Times et Newsday contestent l’utilisation présumée de leurs contenus journalistiques pour entraîner des modèles d’IA. Leur accusation dépasse pourtant la seule question du copyright. Parce que ces deux médias redoutent surtout un modèle économique capable d’affaiblir durablement la presse.
OpenAI et Microsoft accusés de « dévorer » le journalisme
Selon la plainte, OpenAI et Microsoft auraient récupéré des centaines de milliers d’articles publiés par les deux médias. Les éditeurs affirment que ces contenus incluaient également des articles protégés par des paywalls.
Ces données auraient ensuite alimenté des systèmes utilisés par ChatGPT, Copilot et les fonctions IA de Bing. Les journaux affirment aussi que ces outils peuvent reproduire ou paraphraser leurs articles.
Le problème devient alors économique. En effet, un lecteur peut obtenir une réponse directement via une IA. Il peut donc se passer de l’article original. Pourtant, chaque visite peut rapporter une publicité, déclencher un abonnement ou créer un lien avec le média.
Chaque réponse fournie par une IA peut donc détourner une partie de cette valeur. Les plaignants décrivent ainsi une IA qui « consomme » le contenu journalistique pour ensuite concurrencer les entreprises qui financent sa production.
Un procès particulièrement embarrassant pour Microsoft et OpenAI
Cette plainte contient toutefois un détail assez ironique. Microsoft et OpenAI ont eux-mêmes financé des projets liés au journalisme du Seattle Times et de Newsday. En 2024, les deux groupes ont participé à un programme de 10 millions de dollars avec le Lenfest Institute.
Le programme devait justement aider plusieurs rédactions à expérimenter l’IA. The Seattle Times et Newsday figuraient parmi les bénéficiaires du dispositif. Le paradoxe saute aux yeux.
D’un côté, OpenAI et Microsoft financent l’expérimentation de l’IA dans les rédactions. De l’autre, ces mêmes entreprises se retrouvent poursuivies pour l’utilisation supposée de contenus journalistiques.
Le Seattle Times affirme pourtant conserver son indépendance éditoriale. Cette contradiction illustre surtout la complexité de la relation entre médias et entreprises d’IA. Les rédactions veulent profiter des nouveaux outils, sans sacrifier leur principale ressource : leurs contenus.
Le précédent du New York Times pèse lourd
Cette affaire ne sort évidemment pas de nulle part. En 2023, The New York Times avait déjà attaqué OpenAI et Microsoft. Le journal leur reprochait également d’utiliser ses articles pour entraîner leurs modèles sans autorisation.
Depuis, d’autres auteurs, éditeurs et détenteurs de droits ont engagé des procédures similaires. Le conflit dépasse donc largement deux journaux américains. Près de 400 journaux locaux ont également rejoint une action contre les deux entreprises, selon The Verge.
Le signal envoyé au secteur devient difficile à ignorer. Les médias ne demandent pas nécessairement l’arrêt de l’IA. Ils veulent surtout conserver une part de la valeur créée grâce à leurs contenus.
OpenAI invoque le fair use
OpenAI défend une position devenue familière dans ces procédures. L’entreprise affirme entraîner ses modèles avec des données accessibles au public. Elle estime également que cette utilisation relève du fair use, une exception prévue par le droit américain.
Microsoft adopte un ton plus conciliant. Un porte-parole s’est déclaré surpris par la plainte.
Il a aussi affirmé que l’entreprise restait prête à discuter de solutions avec les médias.
Cette réponse révèle peut-être la prochaine bataille. Le véritable enjeu pourrait moins concerner l’interdiction de l’entraînement que la négociation d’un accès légal aux contenus.
Des licences pourraient permettre aux éditeurs de monétiser leurs archives. Les entreprises d’IA pourraient, en échange, sécuriser leurs données d’entraînement.
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