Les jeunes diplômés menacés par l’IA ? Les RH voient plutôt l’inverse

L’IA et les emplois de débutant ne sont pas forcément ennemis, selon une étude Cognizant et Pearson.

Les jeunes diplômés peuvent respirer, mais pas trop fort non plus. Selon une étude menée par Cognizant et Pearson, l’IA et les emplois de débutant pourraient finalement cohabiter. Mieux, 94 % des responsables RH interrogés s’attendent à voir apparaître de nouveaux postes juniors. Le tout dans les cinq prochaines années, donc demain matin à l’échelle du recrutement. 

C’est un message plutôt rassurant, après des mois de discours anxiogènes sur l’automatisation. En effet, l’IA a déjà avalé certaines tâches répétitives, peu valorisées et souvent confiées aux débutants. Résultat, beaucoup de jeunes diplômés ont découvert un marché du travail franchement moins accueillant. Toutefois, l’étude suggère que ce choc pourrait être temporaire, ou du moins incomplet.

IA et emplois de débutant ne disparaissent pas vraiment

Le point central du rapport tient en une idée simple. Les postes juniors ne seraient pas supprimés, mais profondément redessinés par l’IA. Ainsi, 96 % des responsables RH pensent que ces métiers évolueront vers davantage de supervision.

Le jeune salarié ne fera plus seulement les tâches ingrates, merci pour lui. Il devra aussi apprendre à piloter, vérifier et corriger des systèmes automatisés. Autrement dit, le stagiaire qui classe des fichiers pourrait devenir superviseur d’IA. Dit comme ça, c’est presque flatteur, sauf si personne ne le forme.

Par ailleurs, plus de neuf responsables RH sur dix estiment les cadres intermédiaires indispensables. Ces managers devront traduire les promesses de l’IA en vrais métiers utilisables. Ils auront aussi la lourde mission d’éviter le grand n’importe quoi opérationnel. Car une IA mal encadrée peut produire vite, mais pas forcément produire juste. 

Dès lors, le rôle du management devient moins administratif et beaucoup plus stratégique. Il faudra organiser les équipes, repenser les missions, puis accompagner les juniors au quotidien. Pas exactement le genre de transformation qui se règle avec un webinaire PowerPoint.

Les entreprises veulent des humains adaptables mais forment trop peu

Le rapport souligne aussi un paradoxe assez classique dans le monde de l’entreprise. Les employeurs veulent des salariés prêts pour l’IA, mais ne les préparent pas toujours. Ainsi, 91 % des responsables RH constatent une hausse des demandes de formation. Les jeunes travailleurs veulent apprendre à gérer des outils d’IA, pas les subir passivement. Pourtant, seulement 54 % des organisations proposent aujourd’hui une formation dédiée à l’IA. C’est pratique, comme demander à quelqu’un de nager sans lui montrer la piscine.

Le décalage ne s’arrête pas là. Selon l’étude, 60 % des entreprises reconnaissent que leurs programmes internes ne suivent pas. L’IA avance vite, les plans de formation avancent parfois en chaussons. Enfin, les compétences les plus recherchées ne sont plus seulement techniques ou diplômantes. 

La quasi-totalité des recruteurs, soit 97 %, privilégient désormais l’adaptabilité, le jugement et la résolution de problèmes. En clair, savoir réfléchir reste une compétence assez utile, surprise générale. Ali Bebo, DRH de Pearson, résume l’enjeu avec une formule nette. « Les organisations les plus performantes se concentreront moins sur le remplacement des tâches ». Elles miseront plutôt sur les capacités permettant aux humains et à l’IA de travailler ensemble.

La citation sonne très corporate, certes, mais elle pointe un vrai sujet. Les jeunes diplômés ne doivent pas attendre que leur entreprise fasse tout le travail. Ils auront intérêt à se former eux-mêmes, expérimenter, comprendre les limites des outils. Car l’IA ne ferme pas forcément la porte des premiers emplois. Elle change surtout la serrure, et tout le monde cherche encore la bonne clé. 

Un risque anticipé pour les fonctions administratives

Plusieurs observateurs avertis craignent la possible disparition des missions basiques traditionnellement réservées aux jeunes diplômés sans expérience. Toutefois, la gestion future du bulletin de paie électronique par intelligence artificielle menacerait directement cette fonction classique. Ces nouveaux algorithmes puissants pourraient bientôt traiter les documents administratifs beaucoup plus rapidement que les assistants humains.

Ce scénario hypothétique priverait malheureusement les recrues de leur période de formation fondamentale dans le métier. Les recruteurs pourraient préférer embaucher des profils expérimentés pour surveiller directement les résultats produits par la machine. D’ailleurs, cette anticipation pessimiste justifie pleinement les craintes actuelles concernant le futur recrutement des talents issus des écoles.

ARTICLES SIMILAIRES