« Grâce à l’IA, nous pouvons créer des logiciels à une vitesse fulgurante. » affirme Arthur Mensch, patron de Mistral AI. Ce qui n’est pas vraiment une surprise. Le plus frappant surtout, c’est plutôt le fait que cette révolution n’en est encore qu’à ses débuts.
Selon Mensch, plus de la moitié des logiciels d’entreprise actuels pourraient même bientôt être remplacés par des outils pilotés par l’intelligence artificielle. Dans une interview accordée à CNBC, il explique que les entreprises n’auront bientôt plus besoin de dépendre de fournisseurs externes pour leurs outils numériques.
Avec la bonne infrastructure, elles pourront concevoir leurs propres applications sur mesure. Des modèles capables d’automatiser leurs tâches et leurs processus. Ce changement profond marque ce que le dirigeant appelle un « replatforming ».
Qu’est-ce que c’est, un replatforming ?
Le replatforming désigne une phase où une entreprise change de plateforme technologique pour une base plus moderne. Ce, sans forcément reconstruire tout depuis zéro.
Dans le contexte actuel, cela signifie que les entreprises abandonnent progressivement leurs logiciels traditionnels pour adopter des systèmes conçus autour de l’IA. Mais avant, elles devront choisir entre rester sur leurs systèmes actuels ou migrer vers ses solutions jugées plus performantes.
Et bien sûr, ce basculement représente une menace directe pour les acteurs historiques du logiciel. Pourtant, Mistral AI y voit une opportunité gigantesque.
L’entreprise affirme déjà accompagner plus de 100 clients qui envisagent de transformer leur système informatique pour adopter des solutions basées sur l’intelligence artificielle.
Cependant, tout le monde ne pourra pas suivre ce rythme. Le véritable défi ne se limite pas à installer quelques serveurs. Les entreprises devront disposer de données propres, d’une infrastructure cloud solide, d’une puissance de calcul suffisante et d’une sécurité irréprochable.
Sans oublier les talents capables de piloter ces nouveaux outils. Dans ce nouveau monde, la différence entre les leaders et les retardataires ne se jouera plus seulement sur les logiciels utilisés.
La capacité à construire les fondations nécessaires pour exploiter pleinement l’IA sera aussi un détail qu’on ne peut plus se permettre de négliger.
Pourquoi cette transition devient possible seulement maintenant ?
Eh bien, tout simplement parce que trois évolutions majeures ont complètement changé la donne. Primo, les modèles d’IA ont atteint un niveau de maturité inédit. Leur puissance a progressé à une vitesse spectaculaire, portée par des infrastructures capables de doubler leurs performances tous les neuf mois environ.
Cette accélération transforme l’IA en outil opérationnel, à même de générer du code, automatiser des tâches complexes et créer des applications entières. En parallèle, l’adoption de l’IA explose déjà dans les entreprises.
Selon l’enquête mondiale de McKinsey & Company, 88 % des organisations utilisent désormais l’IA dans au moins une fonction, contre seulement 55 % en 2023. Encore plus impressionnant, 78 % des entreprises utilisent déjà l’IA générative, ce qui montre une adoption extrêmement rapide de ces nouveaux outils.
Secundo, le cloud est devenu la norme. Aujourd’hui, 98 % des entreprises utilisent des services cloud, et 95 % des nouveaux projets numériques sont directement conçus pour ces environnements.
Or, le cloud offre un avantage décisif. Il permet par exemple de déployer rapidement des applications et d’accéder à des ressources informatiques puissantes sans construire ses propres centres de données. Ce socle technique rend enfin possible la création rapide d’applications basées sur l’IA.
Tertio, la puissance de calcul est devenue plus accessible, malgré des coûts toujours élevés. Les progrès matériels et logiciels permettent d’utiliser les GPU de manière beaucoup plus efficace.
Alibaba Group par exemple a réussi à réduire jusqu’à 82 % le nombre de puces nécessaires pour exécuter ses modèles d’IA selon Tom’s Hardware.
Ce gain d’efficacité change radicalement l’équation économique. Ce qui était auparavant réservé à quelques géants technologiques devient progressivement accessible à un plus grand nombre d’entreprises.
Vers la fin des géants du logiciel tels qu’on les connaît ?
Aujourd’hui, la majorité des entreprises achètent des logiciels clés en main pour la gestion de leurs clients, de leurs ressources humaines ou de leurs finances. Ces solutions sont conçues pour s’adapter à des besoins génériques. Et toute personnalisation demande souvent du temps et des ressources importantes.
Demain, avec des modèles d’IA capables de générer des applications sur mesure, cette dépendance s’effondre progressivement. Les entreprises pourront créer des outils directement adaptés à leurs besoins spécifiques.
Inutile de vous informer que cette transformation a des implications majeures pour le SaaS et les modèles économiques traditionnels. Pour autant, elle ne signifie pas la disparition des éditeurs historiques.
Juste un changement de rôle. Au lieu de vendre des logiciels prêts à l’emploi, ils deviendront fournisseurs de capacités. Modèles d’IA, infrastructures cloud performantes, briques logicielles modulaires. Le produit final ne sera donc plus vendu tel quel, il sera généré et ajusté par l’entreprise elle-même.
Quels logiciels pourront avoir la vie sauve ?
Quand Mistral avance que l’IA pourrait supplanter plus de 50 % des logiciels, difficile de ne pas se demander lesquels survivront. Pourtant, la réalité n’est pas si dramatique que cela en a l’air. Pourquoi ?
Car certaines catégories de logiciels devraient non seulement continuer d’exister, mais devenir encore plus vitales dans cet avenir. Lesquels ? Tout d’abord, les logiciels open source.
Il est fort probable que ces solutions survivent parce qu’elles sont transparentes et modifiables. Et en plus, elles ne dépendent pas d’un fournisseur unique. Des atouts que l’IA ne remplacera pas facilement.
Ensuite, les outils spécialisés et techniques. Comme les plateformes de conception assistée ou d’ingénierie. Ces solutions continueront d’exister sous forme hybrides. L’IA y sera intégrée, mais le logiciel de base restera indispensable. Notamment pour la fiabilité, la sécurité, et la conformité réglementaire.
Enfin, les solutions qui gèrent des processus hautement critiques ou sensibles. Par exemple, les systèmes bancaires, la santé ou encore les produits réglementés. Elles sont moins susceptibles d’être totalement automatisés, car elles requièrent des validations humaines strictes.
Quoi qu’il en soit, au fond, la vraie question n’est pas de savoir quels logiciels survivront. C’est plutôt quelles entreprises seront réellement prêtes à assumer la responsabilité de créer, sécuriser et faire évoluer leurs propres outils à l’ère de l’IA ?
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