Ces médicaments anti-obésité pourraient avoir un effet inattendu contre le cancer 

Les médicaments GLP-1 pourraient aider à prévenir le cancer, selon plusieurs études récentes présentées en oncologie. Prometteur, oui. Magique, pas encore.

Dire que les GLP-1 peuvent prévenir le cancer ferait déjà trembler les services marketing, les investisseurs et probablement quelques cabinets médicaux. Pourtant, derrière l’emballement autour d’Ozempic, Wegovy et consorts, une série de nouvelles études commence à dessiner une piste sérieuse. Ces traitements, connus pour le diabète de type 2 et la perte de poids, seraient associés à un risque plus faible de certains cancers. Le conditionnel reste ici obligatoire. Ce n’est pas très glamour, mais c’est ce qui sépare la science d’un post LinkedIn trop enthousiaste. 

Présentées lors du congrès de l’American Society of Clinical Oncology, plusieurs dizaines d’études convergent vers la même idée. Les agonistes du GLP-1 pourraient avoir un effet protecteur, notamment contre les cancers du sein, colorectal, du foie ou encore du poumon. Une hypothèse qui intrigue, car tout ne s’expliquerait pas uniquement par la perte de poids.

Les GLP-1 peuvent-ils prévenir le cancer ou simplement réduire un risque connu

L’obésité est déjà identifiée comme un facteur de risque pour plus d’une douzaine de cancers. À partir de là, le raisonnement paraît presque trop simple. Si un médicament aide certains patients à perdre du poids, il peut mécaniquement réduire une partie du risque. Merci, fin de l’histoire.

Sauf que les données récentes compliquent un peu ce scénario. Une étude portant sur plus de 110 000 femmes âgées de 45 à 80 ans a observé que celles prenant des agonistes du GLP-1 avaient environ 30 % moins de risques de développer un cancer du sein. Une baisse suffisamment nette pour faire lever quelques sourcils dans les laboratoires.

La radiologue Elizabeth McDonald, coautrice de l’étude, estime que la perte de poids seule ne suffit pas à expliquer l’ampleur de l’effet observé. Autrement dit, ces médicaments pourraient faire plus que jouer les coupe-faim de luxe.

Leur action anti-inflammatoire est désormais au centre des discussions. L’inflammation chronique liée à l’obésité peut favoriser l’apparition de tumeurs. En réduisant cette inflammation, les GLP-1 pourraient prévenir le cancer de manière indirecte, voire freiner certains mécanismes biologiques impliqués dans la progression tumorale.

Une piste enthousiasmante, mais pas encore un traitement anticancer

L’une des études les plus commentées a suivi environ 10 000 patients atteints d’un cancer à un stade précoce. Les chercheurs ont observé un risque réduit de progression dans plusieurs cancers solides, notamment ceux du poumon, du sein, du foie et du côlon. Le cas du cancer du poumon intrigue particulièrement, car son lien avec l’obésité est moins évident.

Certains résultats évoquent même une réduction marquée du passage vers un stade plus avancé. Voilà le genre de chiffre qui donne envie de sortir les confettis. Mauvaise idée. Toutes ces études sont observationnelles. Elles montrent une association, pas une preuve de causalité.

C’est là que la prudence reprend la main. Les patients sous GLP-1 peuvent aussi avoir un suivi médical plus régulier, des profils métaboliques différents ou d’autres facteurs invisibles dans les bases de données. Bref, la vraie vie est pénible pour les conclusions trop propres.

Gilberto de Lima Lopes, oncologue à l’Université de Miami, résume l’intérêt scientifique en affirmant que le bénéfice potentiel est réel et biologiquement logique. Mais logique ne veut pas dire démontré.

Pour l’instant, ces médicaments ne doivent donc pas être présentés comme des traitements anticancer. Ils ouvrent une piste majeure, peut-être même une petite révolution préventive. Mais avant de transformer Ozempic en bouclier contre les tumeurs, il faudra des essais cliniques randomisés. La science avance, doucement. Même quand Internet aimerait déjà vendre le miracle en abonnement mensuel. 

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