Des hackers piratent des panneaux publicitaires dans plusieurs pays… pour diffuser du porno 

Des automobilistes surpris, des passants choqués et des entreprises contraintes d’éteindre leurs écrans… Voilà ce qui s’est passé jeudi en Égypte, en Malaisie et au Brésil. 

Mais pourquoi ? Parce que les panneaux publicitaires numériques ont affiché des images pornographiques. Les pirates derrière cette attaque affirment aussi avoir accédé à des systèmes en Irak et en Chine. Toutefois, ces deux cas disposent de moins de confirmations indépendantes. 

Malaisie, Brésil, Égypte : les malheureux élus

En Malaisie, le conseil municipal de Kluang, dans l’État de Johor, a confirmé que plusieurs écrans publics avaient diffusé des contenus obscènes. Il a mis hors service les équipements concernés.

Au Brésil, un panneau de Campo Maior, dans l’État du Piauí, a également diffusé des images pornographiques. L’entreprise Ferreira & Ferreira Publicidade e Comunicação, qui exploitait l’écran, a confirmé la cyberattaque. Elle a coupé l’équipement, porté plainte et présenté ses excuses au public.

En Égypte, un grand panneau LED situé au-dessus de l’axe du 26 Juillet, à Gizeh, a diffusé une vidéo pornographique. La vidéo, accompagnée d’un compte Telegram, a d’ailleurs circulé en ligne.

Le ministère égyptien de l’Intérieur a indiqué que l’écran appartenait à Al Arabia United, une société locale de publicité. Celle-ci avait confié la diffusion des contenus à un prestataire international, dont le nom n’a pas été révélé. 

Selon les autorités, le site de ce sous-traitant a subi une cyberattaque, entraînant la diffusion de la vidéo sur plusieurs écrans à l’étranger. Des poursuites judiciaires ont été engagées et le prestataire a suspendu les diffusions.

De son côté, Al Arabia United a confirmé qu’un tiers inconnu avait accédé sans autorisation à l’un de ses écrans. L’entreprise l’a désactivé par précaution et enquête avec les autorités. 

D’après le Cairo Report, cette coentreprise égypto-saoudienne exploiterait environ 1 926 panneaux publicitaires dans plusieurs villes du pays, dont 239 écrans numériques.

Mais pourquoi les hackers ont-ils diffusé du porno sur des panneaux publicitaires ?

Il faut d’abord savoir que le groupe associé à la chaîne Telegram Leakers$ a expliqué au Cairo Report qu’il n’avait pas piraté les panneaux un par un. Il aurait exploité une vulnérabilité dans un logiciel qui transmet les contenus aux écrans LED. 

Des interfaces accessibles depuis Internet, mais dépourvues de protections élémentaires, auraient facilité l’intrusion.

Selon un membre du groupe, quatre participants utilisant les pseudonymes Never, 19ylegal, CH et Nivex ont repéré des milliers de systèmes vulnérables grâce à une analyse automatisée. Cette recherche aurait duré environ deux heures. Ils auraient ensuite pu modifier à distance les contenus diffusés dans plusieurs pays.

Les pirates présentent cette opération comme une démonstration des mauvaises pratiques de sécurité de certaines entreprises. Ils affirment ne demander ni dons ni rançon et assurent ne pas agir comme un groupe spécialisé dans les attaques par rançongiciel. 

Ils dénoncent des réseaux publicitaires dont les équipements restent parfois connectés à Internet sans protection suffisante.

La chaîne Telegram a aussi publié un message politique critiquant le gouvernement égyptien. Les déclarations du groupe restent des revendications qui n’ont pas toutes été vérifiées indépendamment.

Des précédents qui auraient dû alerter les propriétaires

Le piratage d’écrans publicitaires n’est pas nouveau. En 2022, un panneau numérique de Brisbane, en Australie, avait diffusé des images pornographiques pendant plusieurs minutes. 

À Jakarta, en Indonésie, un homme avait été arrêté en 2016 après avoir détourné un panneau pour y afficher des images pornographiques japonaises, par plaisanterie.

En août 2023, Bagdad avait connu un épisode comparable. Les autorités irakiennes avaient désactivé les écrans publicitaires de la capitale après la diffusion d’images pornographiques sur un panneau de la place Uqba bin Nafeh. 

Un technicien arrêté dans cette affaire avait expliqué avoir agi à cause d’un différend financier avec l’entreprise exploitante.

Un incident signalé en 2019 avait déjà révélé les risques liés aux mots de passe faibles. Le chercheur en sécurité Drew Green avait accédé à un système d’affichage connecté à Internet parce que son interface utilisait toujours le mot de passe administrateur fourni par défaut. 

Il avait ensuite découvert d’autres failles permettant de diffuser des contenus non autorisés.

Dans ses recommandations publiées en 2024, l’association américaine Out of Home Advertising Association of America recommandait de ne pas conserver les mots de passe par défaut des fabricants. Un panneau mal protégé peut devenir une vitrine incontrôlable, visible par des milliers de passants.

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