Imaginez engager un expert pour négocier avec des cybercriminels afin de faire baisser une rançon… Puis, découvrir que celui-ci travaillait en réalité pour les pirates. C’est ce qui s’est produit aux États-Unis.
Angelo Martino, 41 ans, est un ancien négociateur spécialisé dans les attaques par rançongiciel pour l’entreprise DigitalMint. Et il vient d’être condamné pour avoir trahi les clients qu’il était censé protéger.
Que faisait le négociateur de ransomware exactement ?
Le rôle de Martino était clair. Lorsqu’une entreprise était victime d’un ransomware, il devait discuter avec les cybercriminels afin de réduire le montant de la rançon. Cependant, à en croire les autorités américaines qu’il utilisait sa position pour faire exactement l’inverse.
Au lieu de défendre les intérêts des victimes, il transmettait aux pirates des informations confidentielles qui leur permettaient d’augmenter leurs exigences. Selon les procureurs, Martino révélait notamment les plafonds des assurances des sociétés touchées ainsi que leur stratégie de négociation.
Grâce à ces renseignements, les attaquants savaient jusqu’où ils pouvaient pousser leurs demandes sans risquer de voir la victime abandonner les discussions. En échange de ces informations, le négociateur recevait une partie des rançons sous forme de cryptomonnaies.
Les conséquences ont été particulièrement lourdes. Cinq entreprises accompagnées par DigitalMint ont versé plus de 75 millions de dollars à des groupes de ransomwares.
Les enquêteurs estiment que plusieurs millions de dollars correspondent à des montants artificiellement gonflés grâce aux informations fournies par Martino.
Ce n’est pas tout
L’enquête révèle également que Martino ne se contentait pas d’aider les cybercriminels pendant les négociations. Avec ses complices, il serait lui-même devenu affilié au groupe de ransomware BlackCat, aussi connu sous le nom d’ALPHV.
Ce groupe est l’un des plus redoutés de ces dernières années. Il est notamment responsable de la gigantesque attaque contre Change Healthcare en 2024, qui avait paralysé une partie du système de santé américain.
Le fonctionnement de BlackCat est simple. Les administrateurs développent le ransomware puis donnent accès à leur plateforme à des affiliés chargés de lancer les attaques.
En échange, ils récupèrent généralement 20 % des rançons encaissées. Selon les enquêteurs, Martino et ses complices ont obtenu ce statut d’affiliés avant de mener leurs propres attaques contre cinq nouvelles victimes.
L’une de ces entreprises, spécialisée dans les dispositifs médicaux, aurait payé 1,2 million de dollars pour récupérer ses données. Les autres sociétés visées ont refusé de céder au chantage. Mais elles ont tout de même subi d’importantes pertes liées à l’interruption de leurs activités.
Heureusement, la justice n’a pas été dupe
Si vous voulez tout savoir, Martino a plaidé coupable. Il espérait une peine réduite à deux ans de prison, mettant en avant sa coopération avec les enquêteurs. Celle-ci a notamment permis de faire condamner deux complices.
Parmi eux, Kevin Martin, qui lui aussi est négociateur chez DigitalMint, et Ryan Goldberg, gestionnaire d’incidents au sein de la société de cybersécurité Sygnia. Tous deux ont été condamnés à quatre ans de prison en avril 2026.
Malgré cette coopération, le tribunal a retenu la gravité des faits. Les procureurs rappellent que Martino risquait jusqu’à vingt ans de prison. Les recommandations de peine prévoyaient entre 70 et 87 mois d’emprisonnement, une fourchette dans laquelle s’inscrit finalement sa condamnation à six ans.
La sanction ne s’arrête pas là. Martino devra également indemniser les victimes. Il sera contraint de céder une partie de ses biens et de reverser 10 % de son salaire après sa sortie de prison.
D’après les autorités américaines, il avait accumulé plusieurs millions de dollars en cryptomonnaies grâce à cette fraude. Avant que le FBI ne puisse tout saisir, il avait déjà utilisé une grande partie de cet argent pour acheter deux maisons en Floride, un bateau et plusieurs véhicules.
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