Depuis une quinzaine d’années, les médecins utilisent des traitements appelés inhibiteurs de points de contrôle immunitaire pour combattre le mélanome. La forme la plus agressive du cancer de la peau.
Chez certains patients, ces médicaments donnent des résultats spectaculaires. Chez d’autres, en revanche, ils semblent complètement inefficaces. Mais pourquoi cette différence ? Toute la question est là.
Une nouvelle étude publiée dans le Journal of Experimental Medicine apporte toutefois un début de réponse. Les chercheurs ont filmé en temps réel des cellules immunitaires, en train d’attaquer des cellules cancéreuses vivantes.
L’histoire de cette recherche réunit deux spécialistes venus d’univers différents. Yuki, dermatologue au Japon, traitait des patients atteints de mélanome. Tri Phan, lui, dirige un laboratoire à l’Institut Garvan de Sydney, spécialisé dans l’observation des cellules immunitaires en action.
En cherchant à comprendre pourquoi certaines immunothérapies échouent, Yuki a rejoint l’équipe australienne. Leur objectif : percer le mystère des tumeurs dites « froides ».
Les « gros mangeurs » du corps humain sortent enfin de l’ombre
Ces tumeurs créent un environnement hostile qui empêche les lymphocytes T, les soldats stars du système immunitaire, d’entrer en action. Le rêve des chercheurs consiste donc à transformer ces tumeurs « froides » en « chaudes », plus vulnérables aux attaques immunitaires.
Et contre toute attente, la clé pourrait se trouver chez des cellules longtemps restées dans l’ombre : les macrophages. Et croyez qu’ils ne datent pas d’hier.
Ils ont été découverts au début du XXe siècle par le zoologiste russe Ilya Mechnikov, récompensé par un prix Nobel en 1908. Leur nom vient du grec et signifie littéralement « grands mangeurs ».
Leur travail ressemble souvent à celui d’une équipe de nettoyage biologique. Ils avalent les débris cellulaires, éliminent les cellules mortes et gardent les tissus relativement propres.
Pendant longtemps, on sous-estimait leur rôle dans le cancer. Contrairement à d’autres cellules immunitaires qui circulent partout dans l’organisme, les macrophages restent généralement installés dans des tissus précis.
Et ces macrophages avaient un comportement étrange. Ils se plaçaient tout autour des tumeurs de mélanome, presque comme des gardes du corps inversés. Quand les scientifiques les ont supprimés lors des expériences, les tumeurs ont grossi plus rapidement. Un indice qu’ils jouaient un rôle protecteur.
Mais que faisaient réellement les macrophages du mélanome ?
C’est justement pour comprendre cela que les chercheurs ont utilisé une technologie avancée appelée microscopie biphotonique intravitale. Elle permet d’observer des cellules vivantes directement à l’intérieur de tissus vivants, en temps réel.
Et là, surprise totale. Ils ont vu les macrophages mordre, grignoter puis avaler des cellules de mélanome encore vivantes. Eux-même, ils avouent que même dans leur laboratoire, ils n’avaient encore jamais observé ce phénomène.
Cette attaque se produisait sans l’aide des lymphocytes T ni des anticorps produits par les lymphocytes B. Les scientifiques du Melanoma Institute Australia ont ensuite retrouvé des macrophages CD169 similaires dans des échantillons provenant de patients atteints de mélanome.
Là aussi, ces cellules se tenaient à la périphérie des tumeurs. Ce qui laisse penser qu’elles jouent un rôle protecteur chez l’humain également.
D’ailleurs, les macrophages ne se contentent pas de « manger » des cellules. Ils peuvent aussi servir de système d’alerte pour le reste du système immunitaire.
Après avoir digéré des éléments suspects, ils affichent des fragments cellulaires comme des panneaux “danger”. Cela, afin d’attirer les lymphocytes T vers la menace.
Cela dit, pour le moment les chercheurs ignorent encore ce qui pousse certains macrophages à rester discrets alors que d’autres déclenchent une véritable alarme immunitaire.
Comme les macrophages CD169 sont stratégiquement placés autour des tumeurs, ils pourraient justement jouer ce rôle de déclencheur.
Qu’est-ce que cette découverte change ?
Cette découverte dépasse largement le seul cas du mélanome. Les macrophages sont présents dans énormément de cancers solides, notamment le cancer du sein ou le glioblastome.
Les chercheurs veulent désormais comprendre précisément comment ces macrophages avalent des cellules cancéreuses vivantes et comment ils transmettent ensuite l’alerte aux lymphocytes T.
Si ce mécanisme est maîtrisé, il pourrait ouvrir la voie à de nouvelles immunothérapies capables d’aider beaucoup plus de patients.
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