115 millions d’années après, ce fossile révèle une trace inattendue laissée par un dinosaure 

Les dinosaures ont beau avoir quitté la scène depuis des dizaines de millions d’années, certains de leurs secrets continuent de résister au temps. Et celui-ci était particulièrement bien caché. 

Une équipe internationale de chercheurs vient de mettre au jour des traces moléculaires de sang dans un os fossilisé vieux de 115 millions d’années. 

Si les résultats se confirment, il s’agira de la première preuve moléculaire directe de composés sanguins préservés dans des structures ressemblant à des globules rouges chez un dinosaure.

Publiée dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), cette étude réunit des spécialistes du Brésil, du Japon et des États-Unis. 

Un os qui a survécu au temps… et à un incendie

Les chercheurs ont examiné un fossile appartenant à Aratasaurus museunacionali, un petit dinosaure dont les restes datent d’environ 115 millions d’années. Le spécimen provient de la formation de Romualdo, située dans le nord-est du Brésil.

Cette région est particulièrement connue des paléontologues. Ses sols ont livré des fossiles remarquablement bien conservés de poissons, de tortues, de crocodiles et de ptérosaures. Les conditions géologiques et chimiques spécifiques du site ont favorisé la conservation de détails anatomiques rarement observés ailleurs.

Le fossile étudié correspond à une partie d’un membre postérieur. Il possède également une histoire assez singulière. Avant de rejoindre les collections d’un musée de paléontologie brésilien, il était conservé au Musée national du Brésil. 

En 2018, un terrible incendie a détruit une grande partie des collections de cet établissement. Heureusement, le bâtiment qui abritait cet ossement a échappé aux flammes.

Son nom rappelle d’ailleurs cet épisode. Aratasaurus associe des mots tupi signifiant « né » et « feu » au terme grec désignant un lézard. Son nom complet rend hommage au Musée national. Il signifie ainsi « le dinosaure né de l’incendie du Musée national ».

Cachés dans les canaux de l’os

En examinant l’intérieur de l’os, les scientifiques ont repéré de minuscules structures ressemblant à des globules rouges. Mais comment savoir s’il s’agissait réellement de cellules sanguines anciennes plutôt que de simples formations apparues pendant la fossilisation ?

Les chercheurs ont commencé par étudier leur emplacement. Ces structures se trouvent exclusivement dans les petits canaux vasculaires de l’os. C’est-à-dire les passages où circulent les vaisseaux sanguins chez les vertébrés actuels.

Les sédiments qui entouraient le fossile, en revanche, ne présentaient pas ces mêmes structures. Cette différence réduit fortement la possibilité d’une contamination extérieure. 

Les scientifiques ont également utilisé plusieurs méthodes d’analyse pour examiner leur composition. Les résultats ont révélé deux signatures chimiques correspondant à l’hème, un composant essentiel de l’hémoglobine. Cette protéine présente dans le sang transporte l’oxygène dans l’organisme.

Les analyses ont aussi détecté du fer, du carbone et de l’azote, ainsi que des acides aminés associés au collagène, une protéine présente dans les tissus conjonctifs.

L’os possède donc une composition chimique bien différente de celle des sédiments environnants, principalement constitués de matières végétales et bactériennes. Pour les chercheurs, l’ensemble de ces indices suggère la présence de véritables restes moléculaires dérivés du sang du dinosaure.

Mais comment le sang du dinosaure a-t-il échappé à 115 millions d’années de décomposition ?

Il ne faut évidemment pas imaginer une poche de sang parfaitement conservée depuis le Crétacé. Le temps a profondément transformé ces matières biologiques. Les cellules ont subi des changements pendant la fossilisation, et leurs structures microscopiques se sont progressivement minéralisées.

Plusieurs conditions pourraient expliquer cette conservation exceptionnelle. Après sa mort, le dinosaure a probablement été rapidement enseveli dans un environnement pauvre en oxygène. Cette situation a ralenti les processus de décomposition qui auraient normalement détruit les tissus.

La présence de certains minéraux aurait également joué un rôle. Les chercheurs évoquent notamment la hausmannite, un minéral susceptible d’agir comme un antioxydant. Il pourrait avoir contribué à stabiliser les molécules organiques et à ralentir leur dégradation.

La combinaison de ces facteurs aurait donc permis de conserver des informations biologiques pendant une durée absolument vertigineuse.

Des cellules différentes de celles des oiseaux actuels ?

La découverte fait l’objet d’une discussion scientifique intéressante. La paléontologue Mary Schweitzer, connue pour ses travaux sur les tissus mous fossilisés, reste prudente concernant l’identification des structures comme des globules rouges.

Selon les éléments rapportés par Live Science, elle estime que leur apparence ne correspond pas suffisamment à celle des globules rouges des oiseaux et des reptiles actuels. Ces animaux possèdent normalement des cellules sanguines avec un noyau, qui leur donne notamment un aspect particulier.

Or, les structures observées dans le fossile semblent plutôt concaves et ne présentent pas cette caractéristique attendue. Elle ne remet pas nécessairement en cause la possibilité de conserver certaines molécules organiques pendant des millions d’années.

Elle juge simplement l’interprétation morphologique moins convaincante. Les scientifiques devront donc mener d’autres recherches pour départager ces hypothèses. 

Quoi qu’il en soit, cette observation ouvre une nouvelle piste pour étudier les dinosaures à une échelle rarement accessible : celle de leurs cellules.

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