Ce sénateur vote pour les data centers de Meta… et empoche le jackpot

Pendant plus de deux ans, un sénateur républicain de Louisiane s’est retrouvé au cœur d’un projet gigantesque : l’arrivée du data center Hyperion de Meta. Un monstre technologique qui doit devenir l’un des plus grands centres de données du monde. 

Le sénateur en question, John “Jay” Morris, a joué un rôle très actif dans le projet. Il a soutenu plusieurs lois importantes et poussé des régulateurs à approuver des infrastructures énergétiques. Il a même voté pour des avantages fiscaux colossaux accordés aux centres de données. 

Infogra^phie sur le lien entre le Sénateur John “Jay” Morris et le data center de Meta

Quel mal y a-t-il à cela ? 

Eh bien, je vous l’accorde, jusque-là, il n’y a rien d’illégal. Du moins, en apparence. Les élus soutiennent des projets économiques dans leurs régions. Ça arrive.

Le problème, c’est que Morris et ses associés possédaient aussi énormément de terrains autour du futur site d’Hyperion. Et pendant que le projet avançait, ils ont multiplié les achats et les ventes de parcelles dans la zone.

L’enquête menée par Floodlight révèle notamment qu’en février dernier, Morris et ses partenaires ont vendu plusieurs centaines d’hectares à Entergy. Fournisseur officiel de Meta, l’entreprise prévoit d’y construire une centrale électrique au gaz destinée à alimenter Hyperion. 

Plusieurs experts estiment ainsi que la situation pourrait violer certaines règles déontologiques de Louisiane. Ces lois interdisent normalement aux responsables publics de participer à des décisions susceptibles de leur apporter un avantage financier personnel. 

Elles imposent aussi de se récuser lors d’un vote en cas de conflit d’intérêts. 

Une affaire délicate 

Pour les critiques, le problème n’est pas un simple vote isolé. Ce qui dérange, c’est l’enchaînement des événements. 

Après l’annonce du projet Meta fin 2024, Morris a acheté plusieurs nouvelles propriétés dans un rayon de quelques kilomètres autour du futur centre de données. 

Il a aussi coparrainé une loi donnant davantage de pouvoir à l’agence de développement économique de l’État pour gérer des terrains publics. 

Quelques mois plus tard, cette même agence a utilisé ces nouveaux pouvoirs pour louer un immense terrain à Meta. Puis Morris et ses associés ont acheté une parcelle juste en face du site. 

Ensuite, une autre loi soutenue par le sénateur a permis à l’État de vendre officiellement ces terrains à Meta. Peu après, Morris et ses partenaires ont commencé à exploiter leur propre terrain pour fournir de la terre destinée au chantier.

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Que plaide le sénateur Morris ?

Évidemment, le sénateur rejette totalement les accusations. Selon lui, ses propriétés étaient déclarées publiquement depuis longtemps et les lois qu’il a soutenues ne concernaient pas uniquement Meta. 

Il affirme également qu’il n’avait aucune garantie que le projet Hyperion verrait réellement le jour lorsqu’il a acheté certains terrains. Et il insiste sur un point. Posséder des terres dans une région en développement ne constitue pas automatiquement un conflit d’intérêts.

Que toutes les discussions respectaient les règles. Aussi, qu’il était lié par des accords de confidentialité concernant certaines négociations.

Reste que plusieurs anciens responsables de l’éthique publique jugent l’ensemble extrêmement problématique. Selon eux, même si certaines lois étaient formulées de manière générale, Morris possédait un intérêt financier beaucoup plus direct que celui d’un citoyen ordinaire.

Par ailleurs, avant que la commission des services publics n’approuve le gigantesque plan énergétique d’Entergy, un commissaire a reconnu publiquement que Morris avait fait pression en faveur du projet.

Quelques semaines après ce vote crucial, Morris et les Franklin vendaient justement des terrains à Entergy pour la future centrale électrique.

Du côté d’Hyperion, le data center de Meta  

Pendant ce temps, Hyperion continue de transformer la paroisse de Richland à vitesse grand V. L’immense complexe couvre près de 1 500 hectares. Une superficie énorme. 

À terme, le centre devrait consommer plus de sept fois l’électricité utilisée quotidiennement par la ville de La Nouvelle-Orléans. Pour alimenter cette machine géante, Entergy prévoit un déploiement énergétique historique. 

Nouvelles centrales au gaz, kilomètres de lignes électriques et infrastructures massives… La société affirme que cela représente l’une des plus importantes expansions énergétiques de son histoire.

Sur le terrain cependant, l’ambiance est loin d’être idyllique. Depuis le début des travaux, certains habitants dénoncent les nuisances liées au chantier. Entre la poussière, les camions et le trafic incessant, plusieurs riverains disent que leur coin tranquille ressemble désormais à une autoroute industrielle géante.

Meta affirme toutefois vouloir limiter les impacts locaux et investir dans les écoles, les associations et les petites entreprises du secteur. L’entreprise promet aussi des emplois bien rémunérés et des retombées économiques importantes.

De son côté, le sénateur Morris répète que beaucoup d’habitants soutiennent le projet. D’après lui, Hyperion représente une occasion rare pour une région qui attend du développement économique depuis des années.

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