Quelques heures avant les frappes des USA contre l’Iran, six comptes anonymes misaient gros sur Polymarket. À la clé, 1,2 million de dollars de profits et une tempête politique.
Le malheur des uns fait parfois la fortune des autres. La guerre fait des victimes. Elle enrichit aussi, dans l’ombre, ceux qui misent au bon moment. Sur la plateforme décentralisée Polymarket, six comptes anonymes ont encaissé environ 1,2 million de dollars en pariant sur des frappes des USA contre l’Iran avant la fin février. Les mises ont afflué quelques heures avant les bombardements sur Téhéran. Le calendrier intrigue. Alors, c’était une intuition ou information en avance ?
Des paris placés sur Polymarket juste avant les bombardements des USA
Sur X, la société d’analyse blockchain Bubblemaps affirme que six comptes ont concentré leurs mises sur la frappe américaine imminente contre l’Iran. Les transactions ont eu lieu peu avant que les USA ne bombardent Téhéran, à un moment où seuls les auteurs de l’attaque connaissaient le calendrier précis.
Ces comptes ont vu le jour le mois précédent, à en croire les informations de Bloomberg. Ils ne pariaient que sur ce calendrier militaire. Quelques heures avant les premières explosions à Téhéran, ils ont engagé des sommes importantes. Puis les frappes ont eu lieu. Les gains ont évidemment suivi. C’est intriguant, non ?
L’un des comptes a connu des échecs. Pourtant, un pari de 26 000 dollars sur une frappe un samedi lui a rapporté plus de 174 000 dollars. La mécanique reste simple. Le contexte, lui, ne l’est pas.
Un précédent qui renforce les soupçons
Ce n’est pas la première séquence troublante. En effet, moins de deux mois plus tôt, un autre compte anonyme avait déjà marqué les esprits. Il avait encaissé plus de 400 000 dollars en anticipant l’invasion du Venezuela par l’administration Trump et la chute de Nicolás Maduro.
Ce parieur avait doublé sa mise quelques heures avant l’offensive aérienne américaine. L’attaque avait causé au moins 80 morts civils et militaires.
Le scénario iranien renforce donc les soupçons. Parce que les parieurs sur Polymarket agissaient parfaitement au moment où Trump frappe l’Iran.
Certains évoquent une possible information privilégiée. D’autres parlent d’un vide juridique exploité à grande échelle.
Ce n’est pas rien selon les législateurs
La réaction politique ne s’est pas fait attendre. D’ailleurs, il est difficile de croire à une simple coïncidence.
Sur Bluesky, le sénateur Chris Murphy a qualifié la situation d’aberrante. « L’entourage de Trump profite de la guerre et de la mort. » peut-on lire sur son post. Il promet un projet de loi pour interdire ce type de paris.
Le débat dépasse la morale individuelle. Il touche à la légalité des marchés de prédiction appliqués à des opérations militaires. Pourtant, la pratique reste légale dans ce cadre précis.
Le critique porte désormais sur la frontière entre marché prédictif et spéculation indécente. Car les volumes illustrent l’ampleur du phénomène. Un seul contrat lié au calendrier des frappes a enregistré près de 90 millions de dollars d’échanges. L’argent circule vite. Les informations aussi.
Un écosystème qui favorise l’anonymat
Les marchés de prédiction comme Polymarket fonctionnent comme des places financières. On y spécule sur des élections, des décisions économiques ou des conflits armés.
Nicolas Vaiman, PDG de Bubblemaps, rappelle qu’en période de guerre, l’information circule parfois dans des cercles restreints avant d’atteindre le public. Ainsi, ceux qui disposent d’un avantage peuvent agir rapidement.
Polymarket facilite cette dynamique. La plateforme autorise les transactions via cryptomonnaies. Elle exige seulement un portefeuille numérique. L’anonymat devient donc la norme, tandis que l’identification des initiés devient complexe.
Polymarket sous pression et une autre ligne adoptée
La principale plateforme de Polymarket opère hors USA. Elle n’accepte théoriquement plus de clients américains depuis une amende de 1,4 million de dollars infligée en 2022 par la CFTC.
Pourtant, les doutes persistent. Le ministère de la Justice et la CFTC ont clos leurs enquêtes l’an dernier sans poursuites. Les régulateurs semblent en retrait.
À l’inverse, son concurrent Kalshi affiche une stratégie différente. Régulée par la CFTC, la plateforme impose une vérification d’identité. La semaine dernière, Kalshi a sanctionné Artem Kaptur, collaborateur de MrBeast, pour délit d’initié. Il a écopé d’une amende de plus de 20 000 dollars.
Son PDG, Tarek Mansour, a aussi annulé certains paris liés à la destitution du guide suprême iranien Ali Khamenei. Il refuse de coter des marchés directement liés à la mort d’une personne. La différence d’approche saute aux yeux. D’un côté, anonymat et volumes massifs. De l’autre, contrôle d’identité et limites éthiques affichées.
Bref, cette affaire révèle une zone grise technologique et réglementaire. Les plateformes décentralisées accélèrent la circulation des capitaux, tandis que la supervision peine à suivre.
Si les marchés prédictifs continuent de croître, la question ne portera plus seulement sur la morale. Elle concernera la capacité des régulateurs à encadrer un système où la donnée stratégique devient un actif financier comme un autre.
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