Votre extension bloqueur de pubs pourrait détourner votre IA et voler vos données si…

Installer une extension pour bloquer les publicités, presque tout le monde le fait. Pourtant, avec une permission assez classique, ces outils peuvent servir de passe-partout pour détourner un assistant IA intégré à un navigateur et voler des données.

C’est en tout cas ce qu’a démontré Gal Weizman, chercheur en cybersécurité chez Forever Security, lors de tests menés sur cinq navigateurs. Chrome, Edge, Opera Neon, Comet et Claude in Chrome ont tous présenté une faille exploitable avec une méthode similaire. 

Et le plus inquiétant, c’est que l’utilisateur n’a même pas besoin de cliquer quelque part pour que l’attaque fonctionne. 

Comment ça marche ?

Le problème vient de deux autorisations couramment accordées aux extensions. La possibilité de modifier le contenu d’une page et celle de rediriger certaines requêtes réseau. 

Pour un bloqueur de publicités, ces permissions sont parfaitement normales. Elles lui permettent, par exemple, de retirer une bannière ou d’empêcher le chargement d’un élément indésirable. Mais elles peuvent aussi être détournées. 

Gal Weizman s’en est servi pour injecter du code dans une page considérée comme fiable. Il a fait croire à l’IA qu’elle provenait réellement de l’éditeur du navigateur. 

L’assistant accepte alors les instructions comme si elles venaient d’une source légitime. Pas besoin de demander à l’utilisateur de valider une action ou de suivre un lien. La victime peut rester tranquillement devant son écran pendant que l’attaque se déroule. 

Cinq navigateurs, une même recette

Les cinq produits testés présentent une architecture comparable. Une partie du navigateur exécute les commandes de l’IA, tandis qu’un serveur distinct se charge de les interpréter. 

Ces assistants disposent également d’un accès important à l’environnement du navigateur. Notamment aux onglets ouverts et, selon les cas, aux données sensibles qui y sont accessibles.

La technique utilisée est appelée « prompt-forcing ». Elle diffère de l’injection de prompt classique. Car au lieu de cacher des instructions dans une demande adressée directement à l’IA, l’attaque cherche à lui faire confiance à une page légitime qui a été manipulée. 

Ce type de problème n’est d’ailleurs pas totalement nouveau. La technique HashJack avait déjà montré comment des instructions dissimulées dans un fragment d’URL pouvaient influencer certains assistants IA intégrés aux navigateurs. 

Problème réglé ?

En effet. Google a corrigé la vulnérabilité de Chrome, identifiée sous le nom CVE-2026-0628, avec la version 143.0.7499.192 publiée en janvier. La faille affichait un score de gravité de 8,8 sur 10. Elle pouvait permettre d’accéder à des fichiers, au micro, à la caméra ou encore de réaliser des captures d’écran. 

Microsoft a corrigé de son côté la CVE-2026-55945 d’Edge au début du mois de juillet. Son score était plus faible, à 4,2. Toutefois l’attaque pouvait permettre de détourner l’agent et de prendre le contrôle du navigateur.

Pour Opera Neon, Comet et Claude in Chrome, aucune référence CVE n’a été attribuée. Les conséquences variaient toutefois selon le produit. 

Opera Neon et Claude in Chrome pouvaient notamment laisser échapper des e-mails et des informations affichées par l’agent. Avec Comet, l’accès pouvait aller jusqu’au système de fichiers et au contrôle complet de l’agent.

Dans les cinq scénarios, l’extension malveillante profitait notamment d’un domaine encore accessible en production. Lui qui aurait dû être retiré après les phases de test.

Et le pire c’est qu’aucun code malveillant classique n’était nécessaire. Selon The Hacker News, cela rend ces attaques particulièrement difficiles à repérer avec les outils de détection traditionnels. 

Que faire pour se protéger à l’avenir ?

D’abord, si vous voulez tout savoir, Gal Weizman a signalé les vulnérabilités aux éditeurs concernés avant de rendre publiques ses découvertes. Les cinq entreprises lui ont alors versé au total 20 500 dollars.

Google et Comet ont chacun payé 7 000 dollars. Microsoft a proposé 5 000 dollars, contre 900 dollars pour Opera et 600 dollars pour Anthropic concernant Claude in Chrome.

Ces différences reflètent notamment l’impact potentiel de chaque vulnérabilité. Un accès au système de fichiers, à une caméra ou à d’autres ressources sensibles n’a pas la même portée qu’un simple détournement d’agent.

Pour limiter les risques, mieux vaut donc faire régulièrement le ménage dans les extensions installées. Vérifiez leurs permissions et supprimez celles dont vous n’avez plus besoin. Si votre navigateur permet de désactiver son assistant IA sur certains sites, cette option peut également être utile.

À ce jour, aucune exploitation active de ces failles n’a été signalée par le chercheur. Ce qui laisse surtout une question en suspens :

Combien d’autres extensions parfaitement normales disposent aujourd’hui de permissions capables de devenir beaucoup moins normales entre de mauvaises mains ?

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