Vous pensiez être seul chez vous ? Votre routeur Wi-Fi, lui, vous observe 

Avez-vous douté une seule seconde que votre routeur Wi-Fi pouvait vous nuire ? J’imagine que non. Et pourtant, selon des chercheurs de l’Institut de technologie de Karlsruhe, en Allemagne, on peut s’en servir pour vous surveiller. 

Selon l’équipe de chercheurs, avec de simples réseaux Wi-Fi, il est possible d’identifier une personne avec une précision étonnante. Comment ? Simplement grâce à la manière dont son corps perturbe les signaux radio autour d’elle. 

Pour y parvenir, les chercheurs ont exploité les données issues du Beamforming Feedback Information (BFI), associées à des modèles d’IA. Cette méthode analyse les réactions des signaux Wi-Fi lorsqu’une personne se déplace dans la zone couverte par le réseau. 

Résultat : l’identité d’un individu aurait été reconnue avec une précision atteignant 99,5 %. Les chercheurs ont présenté ces travaux lors de la conférence ACM sur la sécurité informatique et les communications en novembre dernier.

Un routeur Wi-Fi : un potentiel outil de surveillance

La technologie Beamforming est apparue avec le Wi-Fi 5. Elle permet normalement aux routeurs de mieux diriger leurs signaux vers les appareils connectés. Pour fonctionner, les appareils échangent certaines informations techniques avec le routeur afin d’optimiser la connexion.

Le souci, selon les chercheurs, est que ces données ne sont pas chiffrées. Elles peuvent donc être récupérées sans équipement sophistiqué et même sans être connecté au réseau Wi-Fi concerné. 

Plus inquiétant encore, cette méthode pourrait aussi repérer des personnes ne possédant aucun appareil connecté. Il suffit qu’elles se trouvent dans la zone couverte par le signal.

Les scientifiques expliquent même qu’une fois le modèle d’IA entraîné, l’identification d’une personne ne demande que quelques secondes. Cette approche repose sur ce qu’on appelle la “détection Wi-Fi”.

En gros, les signaux radio interagissent constamment avec les murs, les meubles et les êtres humains. Ils se réfléchissent, se dispersent ou sont absorbés. En observant ces perturbations, il devient possible de reconstituer une sorte d’empreinte physique.

Thorsten Strufe, professeur au KIT et co-auteur de l’étude, compare même ce système à une caméra invisible. Selon lui, la seule différence est qu’ici, ce ne sont pas des ondes lumineuses qui analysent l’environnement, mais des ondes radio.

Comment les chercheurs peuvent en être sûrs ?

Pour leurs expériences, les chercheurs ont collecté des données Wi-Fi auprès de près de 200 participants. Les volontaires se déplaçaient de différentes façons dans une zone couverte par le réseau pendant que les signaux étaient enregistrés sous plusieurs angles. 

Les scientifiques ont comparé deux méthodes. La nouvelle technique basée sur le BFI et une ancienne approche utilisant les informations d’état du canal, connues sous le nom de CSI.

La méthode CSI observait déjà les variations des signaux radio provoquées par les mouvements humains. Elle avait permis d’identifier des individus grâce à leur manière de marcher avec une précision de 82,4 %. 

Mais son utilisation restait plus compliquée, car elle nécessitait souvent de modifier le micrologiciel des appareils. Avec la méthode BFI, en revanche, les chercheurs estiment que la situation devient beaucoup plus préoccupante. 

Julian Todt, co-auteur de l’étude, explique qu’un simple réseau Wi-Fi public pourrait suffire à reconnaître une personne revenant régulièrement dans un lieu précis. Une visite quotidienne devant un café équipé d’un routeur compatible pourrait donc, en théorie, permettre de suivre discrètement certains individus.

Face à ces risques de surveillance permanente, les chercheurs demandent désormais à l’IEEE, l’organisme chargé des standards du Wi-Fi, de renforcer les protections liées à la confidentialité dans la future norme 802.11bf, actuellement pensée pour encadrer les technologies de détection Wi-Fi.

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