Donc, ceux qui créent des deepfakes pornos avec Grok n’auraient pas les moyens de payer un abonnement ? Face à la polémique, la réponse d’Elon Musk laisse plus d’un observateur perplexe.
Le sujet est sérieux. Depuis plusieurs semaines, Grok se retrouve pris dans une tourmente médiatique. En cause, son détournement pour des DeepFakes pornos à partir de photos bien réelles, sans l’accord des personnes concernées. Des femmes, mais aussi des mineurs, ont été ciblés.
L’affaire a dépassé une ligne rouge lorsque certains utilisateurs ont osé s’attaquer à une victime de Crans-Montana. À partir de là, la polémique a changé d’échelle. Et face à l’ampleur du scandale, Elon Musk n’a eu d’autre choix que de réagir, quitte à surprendre, une fois de plus.
Payer pour éviter les DeepFakes pornos : un sujet qui divise
La réponse d’Elon Musk face aux DeepFakes publiés sur Grok ? Restreindre la génération et l’édition d’images aux abonnés premium, du moins en apparence. Car comme l’ont rapidement souligné plusieurs observateurs, dont The Verge, ces outils restent accessibles gratuitement via le site et l’application Grok, ou encore certains menus de X.
Grok lui-même l’a reconnu dans un message publié sur X : « La génération et l’édition d’images sont actuellement réservées aux abonnés payants ». Une affirmation jugée, au mieux, imprécise. Au pire, trompeuse.
C’est peu dire que l’initiative n’a pas convaincu. Au Royaume-Uni, la réaction a été immédiate. Un porte-parole de Downing Street a qualifié la mesure d’« insultante pour les victimes de misogynie et de violences sexuelles ». C’est-à-dire transformer une fonctionnalité problématique en service premium ne règle rien.
Même son de cloche du côté des régulateurs. L’Ofcom, l’autorité britannique des communications, a averti X qu’une enquête pourrait être ouverte pour vérifier le respect de la loi. La Commission européenne, elle, a demandé à X de conserver tous les documents internes liés à Grok. Preuve que le dossier est pris très au sérieux.
Un chiffre donne le vertige. Selon une enquête relayée par Bloomberg, Grok aurait généré environ 6 700 images sexuelles par heure sur une période de 24 heures début janvier. Difficile, dans ce contexte, de parler d’un simple dérapage isolé.
La fuite en avant ?
Cette affaire de DeepFakes pornos s’inscrit dans une longue série de controverses autour de Grok. On se souvient encore de cette mise à jour censée corriger un supposé « biais centre-gauche », qui avait abouti à la génération de contenus antisémites.
Sur le plan financier, le tableau n’est pas plus rassurant. xAI, la maison mère de Grok, a enregistré une perte nette de 1,46 milliard de dollars sur un trimestre. De son côté, X a vu son chiffre d’affaires chuter de près de 60 % au Royaume-Uni en 2024. Les annonceurs prenant la fuite.
Pourtant, tout n’est pas noir. Cette semaine encore, xAI annonçait une levée de fonds massive de 20 milliards de dollars. Les investisseurs, eux, semblent toujours croire au pari Musk.
Alors, rendre une IA payante suffit-il à empêcher les abus ? Pour beaucoup, la réponse est non. Et la pression politique, juridique et médiatique autour de Grok ne fait sans doute que commencer.
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