En 2025, la révolution technologique ne se mesure plus seulement en gigaoctets ou en paramètres de modèles de langage. Cela s’est fait en milliards de litres d’eau.
Une étude récente, menée par le chercheur Alex de Vries-Gao de l’Université VU d’Amsterdam, jette un pavé dans la mare. La consommation d’eau de l’intelligence artificielle (IA) a fortement augmenté en 2025. Cela représente désormais le volume total de bouteilles d’eau consommées par l’ensemble de la population mondiale en une année.
Une explosion des besoins hydriques de l’IA
Alors que les géants de la Tech comme Microsoft, Google et Meta veulent tout dominer le monde de l’IA générative. L’empreinte environnementale de ces outils atteint des sommets vertigineux. Selon les projections de l’étude publiée dans la revue Patterns/ La demande en eau liée à l’IA pourrait atteindre entre 312 et 765 milliards de litres pour l’année 2025.
À titre de comparaison, ce volume colossal rivalise avec, et surpasse souvent, la consommation mondiale annuelle d’eau en bouteille. Ce constat est d’autant plus frappant que l’IA consomme désormais plus d’énergie que le minage de Bitcoin en 2024. Une puissance de calcul pourrait absorber jusqu’à 23 gigawatts d’électricité d’ici la fin de l’année 2025.
Pourquoi l’IA a-t-elle besoin de tant d’eau ?
La soif de l’IA n’est pas une métaphore. Elle provient de deux sources principales, l’une directe et l’autre indirecte. La consommation d’eau est liée au refroidissement des centres de données. Les puces de pointe (GPU), nécessaires pour entraîner et faire fonctionner des modèles comme GPT-4 ou Gemini, dégagent une chaleur intense. Pour éviter que les serveurs ne fondent littéralement, des systèmes de refroidissement à eau sont utilisés. Cette eau s’évapore massivement dans l’atmosphère, devenant alors indisponible pour les usages humains locaux (agriculture, eau potable).
L’IA nécessite aussi une production d’électricité qui est la face cachée de l’iceberg. Une grande partie de l’empreinte hydrique provient des centrales électriques qui alimentent les data centers. Celles-ci nécessitent d’importante quantité d’eau pour fonctionner. De Vries-Gao souligne que cette consommation indirecte est souvent sous-estimée dans les rapports de durabilité des entreprises.
Le coût réel d’un Prompt généré par l’IA
Chaque interaction avec un agent conversationnel a un prix physique. Selon des chercheurs de l’Université de Californie à Riverside. Une simple série de 10 à 50 questions posées à une IA générative boit environ 50 centilitres d’eau. Si cela semble dérisoire à l’échelle individuelle, multiplié par les centaines de millions d’utilisateurs quotidiens, l’impact devient systémique. Google a d’ailleurs admis que son IA phare, Gemini, consommait l’équivalent de cinq gouttes d’eau par requête.
Un défi de question éthique et politique
L’augmentation de la consommation d’eau de l’IA (plus de 30 %) chez certains acteurs a créé des tensions locales. Dans certaines régions déjà touchées par le stress hydrique, comme l’Iowa aux États-Unis ou certaines zones d’Europe. Les centres de données entrent en compétition directe avec les populations pour l’accès aux ressources vitales. L’étude appelle à une transparence accrue. Aujourd’hui, les entreprises technologiques ne fournissent que des données partielles. Cela isole rarement l’impact spécifique de l’IA de celui de leurs autres services cloud.
La promesse d’une IA capable de résoudre les problèmes climatiques se heurte aujourd’hui à sa propre réalité physique. Si l’innovation ne pivote pas rapidement vers des méthodes de refroidissement en circuit fermé ou des modèles plus sobres. La révolution numérique pourrait bien finir par s’essouffler, faute d’eau pour refroidir ses ambitions.
- Partager l'article :

