Bill Gates n’a pas retourné sa veste, il l’avait dit dès 2017 : si l’IA vole nos jobs, elle devra payer des impôts à notre place.
Le cofondateur de Microsoft, qui a passé sa vie à accélérer le progrès technologique, brandit désormais un carton jaune. Il ne rejette pas l’IA — Bill Gates l’a même portée à bout de bras chez Microsoft et la soutient encore via sa fondation. Cependant, le milliardaire réclame des règles claires, avant que cette technologie n’engloutisse des millions d’emplois sans offrir de véritable retour à la société.
Une prédiction qui se réalise sous nos yeux
Depuis 2017, Bill Gates répète la même phrase, presque mot pour mot : « L’automatisation va remplacer les humains dans la plupart des tâches, et cela arrivera brutalement. » À l’époque, beaucoup souriaient. Huit ans plus tard, personne ne rit plus.
Les chauffeurs de camion voient Waymo et Tesla tester des poids lourds sans conducteur sur les autoroutes américaines. Les employés d’entrepôts regardent des robots Figure et Boston Dynamics déplacer des colis plus vite qu’eux.
Les rédacteurs, graphistes, codeurs découvrent que ChatGPT, Midjourney ou GitHub Copilot accomplissent 80 % de leur travail en quelques secondes. Les cabinets de conseil et les banques licencient des promotions entières d’analystes juniors.
L’IA ne remplace plus seulement les tâches répétitives. Elle s’attaque aux métiers intellectuels que l’on croyait protégés.
Bill Gates avait aussi annoncé que le grand remplacement ne viendra pas progressivement. Il frappera d’un coup, dès que les coûts de l’IA deviendront inférieurs au salaire moyen.
La taxe de l’équité
Un salarié qui produit 60 000 euros de valeur par an verse aujourd’hui environ 25 000 euros en cotisations et impôts. Si une machine prend sa place, l’entreprise économise ces 25 000 euros. La productivité augmente, les charges diminuent, mais les recettes fiscales s’effondrent.
Bill Gates propose de récupérer cette somme sous forme de taxe sur l’IA ou le robot. L’argent servirait ensuite à financer trois priorités.
La première consiste à former massivement les travailleurs déplacés. La seconde, renforcer l’éducation et la santé, secteurs où l’humain reste irremplaçable. Et enfin, soutenir les revenus de ceux qui perdront leur emploi.
En gros, l’IA paierait pour adoucir le choc qu’elle provoque. L’idée n’est pas de stopper le progrès, mais de le rendre socialement supportable.
C’est au Forum économique mondial de Davos, en février 2017, que Bill Gates lance publiquement ce concept. Huit ans plus tard, la proposition n’apparaît plus comme une excentricité de milliardaire repenti.
La Commission européenne a commandé des études. La Corée du Sud, championne de la robotique industrielle, a déjà réduit certains avantages fiscaux accordés aux entreprises qui automatisent massivement. En France, des économistes comme Thomas Piketty ou Julia Cagé défendent des versions similaires.
Les objections, et pourquoi elles ne tiennent plus
« Taxer les robots freinera l’innovation », disent les entrepreneurs. Bill Gates répond que l’innovation pure ne sert à rien si elle détruit la cohésion sociale.
Les entreprises délocaliseront, mais une coordination internationale, comme pour la taxation minimale des multinationales, rendrait la fuite impossible. Des pays taxent déjà la valeur ajoutée des plateformes numériques. Le principe existe.
Bill Gates propose simplement de traiter l’IA comme n’importe quel autre facteur de production qui génère de la richesse. Le pétrole paie des taxes. L’électricité paie des taxes. Pourquoi la productivité des machines échapperait-elle à toute contribution ?
Le fondateur de Microsoft n’a jamais été un techno-optimiste aveugle. Dès les années 2010, il alertait sur les risques d’une IA non maîtrisée. Aujourd’hui, il finance des projets d’IA pour la santé et l’éducation, mais toujours avec l’idée que la technologie doit servir l’humain, pas l’inverse.
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