La série Pluribus d’Apple TV fait sensation et beaucoup y voient un miroir de nos angoisses face à l’IA. Pourtant, son créateur insiste que cette lecture n’était pas son intention initiale.
La nouvelle série Pluribus fait déjà le buzz sur l’IA. Vince Gilligan a déjà eu l’idée il y a près de dix ans, à une époque où le mot-clé IA n’était pas sur toutes les lèvres comme aujourd’hui (pré-ChatGPT). Beaucoup de spectateurs font immédiatement le lien, même si Gilligan ne le confirme pas directement.
Un virus transforme les humains en base de données vivante dans Pluribus
Dans l’univers de Pluribus, un virus d’origine extraterrestre touche l’humanité. C’est l’armée américaine qui l’a créé à partir d’ADN alien. Loin de les transformer en zombies enragés, l’infection a un effet beaucoup plus étrange.
Ainsi, les victimes, bien que physiquement intactes, sont dépossédées de toute émotion et de leur conscience individuelle. Elles deviennent les joyeux et inoffensifs constituants d’un immense « esprit de ruche » unique. C’est un agrégat de l’ensemble du savoir et de l’expérience humaine.
Et là, chaque personne infectée a désormais accès à une synthèse de tous les souvenirs, les compétences et la compréhension de l’humanité. Un gamin de neuf ans peut ainsi piloter un avion ou posséder les connaissances d’un gynécologue.
Les gens travaillent avec une précision métronomique, comme des machines, car tout acte de savoir est dissocié de l’individu qui l’a développé. Le titre même, Pluribus (qui signifie « plusieurs » en latin), est un clin d’œil à la devise américaine E pluribus unum (« De plusieurs, un »), et résume cette fusion des esprits.
Carol Sturka : la dernière résistante du libre arbitre
Au milieu de ce grand tout, nous faisons la connaissance de Carol Sturka (jouée par Rhea Seehorn, qu’on adore depuis Better Call Saul). C’est une romancière cynique et alcoolique. Elle fait partie des rares survivants épargnés par le virus.
Carol, qui a perdu sa femme à cause de l’infection, est peut-être la dernière personne malheureuse sur Terre face à cette masse collective joyeuse et serviable. La série nous montre donc des survivants qui luttent pour s’opposer à l’esprit collectif. Tandis qu’une autre préférerait carrément rejoindre la masse pour faire comme tout le monde.
C’est là que l’allégorie de l’IA devient criante. Les infectés sont comme des répliques fonctionnelles d’humains, vidées de leur personnalité. Ils ressemblent à une synthèse fabriquée d’individus. Ce qui fait étrangement écho à nos craintes de voir l’IA déléguer l’expression de notre être à une conscience non-humaine.
Même si Gilligan n’y pensait pas à l’origine, Pluribus nous pose une question essentielle dans notre ère numérique. Qu’est-ce que cela signifie de croire en quelque chose qui nous distingue du reste du monde ? Heureusement, en regardant la série, on peut encore apprécier l’intuition inventive et la complexité émotionnelle qui restent, pour l’instant, uniquement humaines.
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