étudiant en plein examen

Triche à l’IA : un prof de l’université Brown alerte sur l’usage de ChatGPT aux examens

Le plus important scandale de tricherie lié à l’intelligence artificielle (IA) jamais observé dans les prestigieuses universités de l’Ivy League ? Roberto Serrano, économiste primé et professeur à l’université Brown, vient de le révéler.

Tout a commencé après la correction d’un examen de mi-semestre organisé en mars dans son cours avancé d’économie mathématique. Du moins, à ce rapporte le quotidien espagnol El País. 

Dès les premiers résultats, quelque chose lui a paru anormal. L’épreuve était un examen à domicile, sans documents autorisés, reposant uniquement sur le célèbre « Code d’honneur » des universités de l’Ivy League. 

Pourtant, les résultats étaient étonnants. Sur 86 étudiants, 40 ont obtenu la note parfaite de 100 sur 100. Plus surprenant encore, la moyenne générale atteignait 96 sur 100. Un beau résultat, trop beau qu’il a immédiatement éveillé les soupçons du professeur.

« Les preuves sont accablantes »

Pour Roberto Serrano, un tel niveau de réussite semblait difficile à expliquer sans aide extérieure. À domicile, sans surveillance et sans assistant pédagogique, la tentation de solliciter un chatbot d’IA comme ChatGPT pouvait être forte. 

Afin d’en avoir le cœur net, le professeur a réalisé plusieurs tests. Selon lui, les résultats étaient sans équivoque. Certaines copies reprenaient des formulations très particulières qui correspondaient presque mot pour mot aux réponses générées par ChatGPT lorsqu’il lui soumettait les mêmes questions. 

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Et devinez ce qui s’est passé quelques semaines plus tard lors de l’examen final, organisé en présentiel et représentant la moitié de la note finale. La moyenne s’est effondrée à seulement 48 sur 100

D’ailleurs, 27 étudiants étaient absents à cet examen final. Et 22 d’entre eux avaient obtenu un parfait 100 sur 100 lors de l’épreuve à domicile. Face à ces éléments, Roberto Serrano ne cache plus sa conviction. Pour lui, « les preuves empiriques de fraude sont accablantes ».

Les effets secondaires de l’IA

Depuis son arrivée, l’IA bouleverse tout. Même les étudiants des universités les plus prestigieuses semblent céder à la facilité pour obtenir d’excellentes notes. Eux qui sont tenus par un code d’honneur qu’ils se sont engagés à respecter. 

Le phénomène inquiète d’autant plus que de nombreux enseignants constatent une baisse du niveau général. Ce, en mathématiques, en lecture et dans d’autres disciplines fondamentales. Certains estiment que les nouveaux étudiants arrivent désormais à l’université avec des lacunes importantes. 

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Pour les professeurs, le métier évolue également. Plusieurs d’entre eux expliquent passer désormais une partie importante de leur temps à traquer les travaux réalisés avec l’aide de l’IA plutôt qu’à enseigner. 

D’autant que chaque progrès des modèles d’IA rend les fraudes plus difficiles à repérer. Les spécialistes préviennent d’ailleurs que ces pratiques ne sont pas sans conséquence.

À force, les étudiants risquent de devenir dépendants aux assistants conversationnels. Ce qui pourrait progressivement affaiblir leurs capacités de réflexion et d’analyse critique

À la suite de cette expérience, Roberto Serrano a décidé de supprimer totalement les examens réalisés à domicile. 

La triche à l’IA : un problème qui dépasse Brown 

Le problème dépasse largement l’université Brown. Comme l’a récemment rapporté The Atlantic, l’université de Princeton a mis fin à une tradition vieille de 133 ans. 

Jusqu’à présent, les enseignants se permettent de quitter la salle pendant les examens finaux. Ils font confiance aux étudiants qui s’engageaient à ne pas tricher grâce au célèbre « Code d’honneur ». 

Mais cette pratique a finalement été abandonnée. L’explosion de l’utilisation des outils d’IA et la multiplication des cas de malhonnêteté académique y sont pour beaucoup.

« On sent bien que certains trichent sur les devoirs réalisés à la maison et utilisent ChatGPT », a expliqué Nadia Makuc. Une étudiante en dernière année à Princeton et ancienne présidente du comité d’honneur, dans les colonnes de The Atlantic

Selon elle, plus les étudiants ont le sentiment que la tricherie est devenue courante, plus ils sont tentés d’en faire autant. Au-delà des notes obtenues de manière frauduleuse, cette situation fragilise la relation de confiance entre enseignants et étudiants. 

Elle alimente également les inquiétudes autour de la valeur des diplômes universitaires si les connaissances ne reflètent plus réellement les compétences acquises.

Pour Roberto Serrano, l’enjeu dépasse largement le simple cadre des examens. « Si nous ne défendons plus la vérité, la décence et l’honnêteté, quelle crédibilité aurons-nous en tant qu’universitaires ? »

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