L’IA est partout dans les discours, beaucoup moins dans les opérations. Malgré des investissements en forte hausse, la majorité des entreprises restent bloquées au stade de l’expérimentation. Avec l’émergence de l’IA agentique, capable non plus seulement de répondre mais d’agir de manière autonome, un nouveau cap se dessine. Dans cette interview, Habib Messaoudi, Vice President Cloud, Applications, Data & AI chez Kyndryl France, décrypte les freins réels au passage à l’échelle et ce que l’IA agentique change concrètement pour les organisations.
Depuis plusieurs années, les entreprises multiplient les projets IA, les pilotes et les preuves de concept. Mais très peu parviennent à transformer ces initiatives en briques opérationnelles durables, intégrées au cœur des processus métiers.
Ce décalage persistant interroge la capacité des organisations à absorber une IA de plus en plus autonome, au moment où l’IA agentique promet d’automatiser des chaînes d’actions complètes.
En s’appuyant sur ses retours de terrain et sur les enseignements du Kyndryl Readiness Report 2025, Habib Messaoudi apporte son éclairage sur les conditions nécessaires pour franchir ce cap critique.
Qu’est-ce qui empêche aujourd’hui les projets IA de dépasser le stade du pilote et de passer réellement à l’échelle ?
L’intelligence artificielle n’a jamais autant suscité l’intérêt. Les investissements progressent rapidement (+ 33 % en un an selon le Kyndryl Readiness Report 2025), mais le passage à l’échelle reste limité : 68 % des organisations investissent fortement, tandis que 62 % demeurent au stade du pilote.
Ce paradoxe révèle un écart structurel persistant. Si 90 % des dirigeants estiment que leurs outils soutiennent l’innovation, plus de la moitié reconnaissent que leur socle technologique n’est pas prêt. En France, 57 % des décideurs considèrent même que leur pile technologique freine l’innovation.
Chez Kyndryl, nous observons que ce décalage tient avant tout à la maturité des infrastructures : systèmes hérités, architectures peu résilientes, gouvernance et sécurité encore trop cloisonnées. À ces freins structurels s’ajoute un facteur clé, trop souvent sous-estimé, les compétences.
Moderniser la technologie sans investir simultanément dans le développement des talents crée une illusion de progrès. Faute d’un alignement entre infrastructures, gouvernance et capacités humaines, l’IA reste cantonnée au stade expérimental et peine à générer un impact opérationnel tangible.
Comment définir simplement l’IA agentique, et en quoi est-elle différente des assistants IA classiques ?
L’IA agentique représente une évolution majeure. Là où les assistants IA classiques répondent à des requêtes ou génèrent du contenu, l’IA agentique agit. Elle est capable de prendre des décisions, d’enchaîner des actions de bout en bout et de s’adapter à son environnement, dans un cadre gouverné et sécurisé.
Pour clarifier cette évolution, on peut distinguer trois niveaux. L’IA traditionnelle analyse et prédit à partir des données. L’IA générative crée du contenu en réponse à une sollicitation humaine. L’IA agentique agit, interagit avec les systèmes et exécute des tâches de manière autonome.
En résumé : l’IA traditionnelle analyse, l’IA générative crée, l’IA agentique agit.
Kyndryl a récemment franchi une étape clé avec le lancement du Kyndryl Agentic AI Framework, conçu pour permettre aux entreprises de déployer, orchestrer et sécuriser des agents IA autonomes, intégrés nativement aux infrastructures existantes et capables de fonctionner à l’échelle.
Quel impact concret les agents IA vont-ils avoir sur les métiers et les compétences des collaborateurs ?
Les transformations à venir seront à la fois rapides et profondes. Le Readiness Report 2025 relève que près de neuf dirigeants sur dix anticipent une reconfiguration significative des rôles et des responsabilités au sein des entreprises dès cette année.
Chez Kyndryl, nous considérons que l’IA agentique n’a pas vocation à remplacer les collaborateurs, mais à renforcer leurs capacités. Les agents prennent en charge certaines tâches opérationnelles, libérant du temps pour des activités à plus forte valeur ajoutée : supervision, prise de décision, innovation.
L’enjeu n’est donc pas la substitution, mais la construction progressive d’une main-d’œuvre hybride, dans laquelle collaborateurs et agents IA coopèrent efficacement. Cette évolution suppose un investissement soutenu dans la formation, afin de permettre aux équipes de s’approprier ces nouveaux outils et d’en tirer pleinement parti.
Quels changements majeurs les entreprises doivent-elles prévoir dans leurs workflows et leurs outils pour accueillir des agents IA ?
L’adoption de l’IA agentique impose de repenser les workflows et l’architecture sous-jacente. Les agents IA doivent être compréhensibles, gouvernables et intégrés au cœur des systèmes métiers existants.
Trois fondations sont essentielles : une intégration fluide pour éviter de nouveaux silos, une architecture robuste et résiliente capable de soutenir la montée en charge, et une sécurité intégrée dès la conception, fondée sur des principes de traçabilité et de zero trust.
Le Kyndryl Agentic AI Framework s’inscrit précisément dans cette logique, en offrant un cadre opérationnel permettant un déploiement sécurisé et évolutif des agents IA dans des environnements critiques.
Dispose-t-on déjà de preuves mesurables des gains de productivité liés à l’IA agentique ?
Oui, et les premiers résultats sont encourageants. Selon le Kyndryl Readiness Report 2025, 54 % des entreprises constatent déjà un ROI positif sur leurs initiatives IA, le plus souvent sur des cas d’usage ciblés.
Dans le secteur de l’assurance, les premiers déploiements agentiques montrent des gains nets : les temps de résolution des sinistres peuvent baisser de 40 %, et les pertes liées à la fraude reculer de 25 à 30 %. Dans la finance, les résultats sont tout aussi tangibles : jusqu’à 60 % de réduction des temps de traitement, + 90 % de visibilité sur les risques, et 60 % de baisse de l’effort manuel.
Ces indicateurs montrent que, lorsque l’infrastructure, la gouvernance et la sécurité sont en place, l’IA agentique dépasse la phase pilote pour produire des gains opérationnels mesurables.
Les collaborateurs français sont-ils prêts à travailler avec des agents autonomes, et comment accompagner cette transition ?
Les données du Kyndryl Readiness Report 2025 mettent en évidence un décalage réel en France. Seuls 29 % des dirigeants estiment aujourd’hui que leurs équipes sont prêtes à tirer pleinement parti de l’IA, et moins d’un tiers les jugent capables de travailler avec des agents autonomes. La question n’est donc pas technologique, mais profondément humaine et organisationnelle.
Pour Kyndryl, la réussite de cette transition repose sur trois leviers complémentaires. D’abord, une approche qui fait des agents IA des assistants augmentant l’action humaine, avec des humains dans la boucle, afin de garantir transparence, contrôle et confiance dans les décisions prises par les agents IA.
Ensuite, un changement culturel : près de la moitié des dirigeants pointent encore un manque d’agilité dans les processus de décision, freinant l’adoption de nouveaux modes de travail.
Enfin, le déploiement de systèmes explicables et responsables est une condition indispensable pour instaurer une adoption durable des agents autonomes, dans un climat de confiance partagé.
Pour plus d’informations sur le sujet brûlant de l’IA agentique, consultez notre dossier complet, ou encore notre décryptage de la prédiction de Gartner estimant qu’il s’agit d’un effet de mode qui disparaîtra en 2027 !
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