Journalisme : l’Associated Press s’avoue vaincue par l’IA, et abandonne l’écriture humaine

« Résister à l’IA est futile ». C’est la phrase, lâchée en interne par une responsable de l’Associated Press. Et maintenant, l’industrie des médias se demande, si les machines peuvent écrire les articles, que reste-t-il aux journalistes ?

L’intelligence artificielle s’installe de plus en plus dans les rédactions du monde entier. D’abord on l’utilisait pour trier des données ou résumer des documents. A présent, elle s’attaque à l’écriture des articles. Au sein de l’Associated Press, ce débat a pris une mauvaise tournure après des propos internes affirmant que lutter contre l’IA serait inutile. Cette déclaration révèle un basculement plus profond dans l’industrie des médias. Devant la crise économique du secteur, certaines rédactions envisagent désormais de confier une partie de la production éditoriale aux machines.

L’Associated Press face à une pression économique brutale

Fondée en 1846, l’Associated Press (AP) fait partie du trio historique des grandes agences de presse mondiales, aux côtés de Reuters et de l’AFP. Mais son modèle économique la place dans une situation particulière. Contrairement à l’agence française, qui reçoit une part importante de financement public, l’AP fonctionne comme une coopérative à but non lucratif.

Cela signifie que l’Associated Press doit vivre presque de la vente de ses contenus. Environ 82 % de ses revenus proviennent de licences vendues à des médias. Alors qu’eux-mêmes sont en pleine crise financière. Ainsi, chaque gain de productivité devient très important. C

Comme l’a résumé la directrice des revenus de l’agence, “l’Associated Press ne peut dépenser que ce qu’elle gagne”. Pour certains dirigeants, l’intelligence artificielle est une opportunité évidente pour produire plus vite et à moindre coût.

« La résistance est futile» : la fameuse phrase qui a mis le feu aux rédactions

La polémique a éclaté début mars 2026 après la publication par le média Semafor du messages internes provenant du Slack de l’agence. On y découvre les propos d’Aimee Rinehart, responsable produit senior chargée de la stratégie IA. Elle réagissait à un débat populaire dans la presse américaine. 

Le quotidien The Plain Dealer de Cleveland a récemment créé un poste inédit de « spécialiste en réécriture IA ».La mission est de prendre les notes brutes des reporters et les transformer en articles publiables grâce à un modèle de langage.

Rinehart s’est montrée favorable à ce sujet. Selon elle, les rédactions locales, étranglées par les coûts, cherchent de l’aide « dans toutes les directions ». « Résister à l’IA serait inutile » a-t-elle ensuite conclu.

De plus, toujours d’après elle, beaucoup de rédacteurs en chef préféreraient aujourd’hui un texte généré par une IA plutôt qu’un article rédigé par certains journalistes. Son argument central repose sur ainsi une distinction forte. Le reportage et l’écriture seraient deux compétences différentes. Et c’est rarement réunies chez une seule personne.

Une fracture profonde entre stratégie IA et travail de terrain

Ces déclarations ont provoqué une réaction immédiate dans les rangs de l’agence. Plusieurs journalistes ont dénoncé des propos insultants et abjects. D’autres ont pointé un fossé qui grandit entre les responsables de la stratégie technologique et ceux qui produisent l’information au quotidien.

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Pour ces reporters, l’idée que l’écriture puisse être externalisée à une machine revient à dévaloriser une partie essentielle du métier. Car écrire un article ne consiste pas simplement à assembler des phrases. C’est aussi contextualiser, hiérarchiser l’information et traduire l’ambiance d’un événement.

Face au tollé, l’Associated Press a rapidement pris ses distances avec ces propos. L’agence a rappelé qu’elle se considère comme une référence dans l’établissement de normes sur l’usage de l’IA dans le journalisme. L’IA est donc un outil, mais pas un remplacement officiel des journalistes.

L’IA invente des citations, le risque est invisible

Le problème, c’est que les exemples récents montrent que l’IA reste loin d’être fiable. Fin 2025, le Washington Post a lancé un format audio automatisé destiné à résumer ses articles. Mais l’expérience a rapidement tourné au fiasco. L’outil a inventé des citations et attribué à certaines personnes des prises de position qu’elles n’avaient jamais exprimées.

Qui plus est, un incident similaire a récemment touché le site spécialisé Ars Technica. Un journaliste expérimenté a publié un article qui contient des citations générées par une IA. Celles utilisées pour synthétiser ses notes de terrain. Le logiciel avait fabriqué une phrase crédible à partir de propos réels et personne ne l’avait remarqué avant publication.

Ces erreurs posent un problème bien plus grave surtout dans une agence comme l’Associated Press. Les dépêches sont reprises par des milliers de médias dans le monde. Une citation inventée peut alors se propager instantanément.

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L’IA est déjà utilisée dans les rédactions pour résumer des documents et analyser des données. Ou encore pour produire certains contenus automatisés. Mais son extension à l’écriture d’articles entiers change profondément la nature du métier.

D’un côté, les médias cherchent désespérément des gains de productivité. De l’autre, la crédibilité journalistique repose sur une chaîne de confiance fragile. Si une machine fabrique une information erronée, qui en portera la responsabilité ?

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