Actuellement, la plupart des investisseurs se ruent sur l’intelligence artificielle. Mais Max Hodak, cofondateur et ancien président de Neuralink, lui joue sa propre carte avec Science Corporation. Il s’agit d’une start-up qui ambitionne de devenir la première entreprise à proposer une interface cerveau-ordinateur à usage commercial.
Cette semaine, la société a annoncé avoir levé 230 millions de dollars lors d’un tour de financement de série C. L’opération a porté sa valorisation à 1,5 milliard de dollars, selon une source proche de l’entreprise.
Parmi les investisseurs ayant participé à ce tour figurent Lightspeed Venture Partners, Khosla Ventures et Y Combinator. Quiet Capital ainsi que IQT, société d’investissement à but non lucratif pour les agences gouvernementales comme le FBI ou la CIA, étaient également de la partie.
Avec ce financement, le total levé par Science Corp. atteint 490 millions de dollars. La start-up emploie aujourd’hui 150 personnes.
En quoi Science Corp. fait la différence ?
Science Corp. mise sur PRIMA, une puce plus petite qu’un grain de riz. Elle est destinée à être implantée dans l’œil et connectée à des lunettes dotées d’une caméra. Elle pourrait alors redonner une vision fonctionnelle aux personnes souffrant de dégénérescence maculaire avancée.
Il faut toutefois savoir que la start-up n’a pas développé PRIMA de zéro. Elle a racheté la technologie à la société française Pixium Vision en 2024. Et bien sûr, elle l’a perfectionnée et poursuivi les essais existants. Les résultats cliniques sont toutefois propres à Science Corp.
L’entreprise prévoient même d’élargir les essais cliniques de PRIMA aux maladies de Stargardt et à la rétinite pigmentaire. Deux affections héréditaires responsables de pertes de vision chez les jeunes adultes.
Les fonds levés lors du tour de table série C permettront de financer la commercialisation et de soutenir un ambitieux programme de recherche. Ce dernier inclut une interface neuronale biohybride où des neurones issus de cellules souches se connectent aux circuits cérébraux existants.
En parallèle, la société développe également Vessel, une nouvelle branche dédiée à la préservation d’organes. Cette plateforme miniaturisée vise à transporter des organes par vols commerciaux ou les conserver à domicile plutôt qu’en soins intensifs.
PRIMA : quels impacts pour ses utilisateurs ?
Eh bien comme dit tout haut, PRIMA pourrait transformer la vie des patients atteints de dégénérescence maculaire avancée. La preuve ? Selon TechCrunch, sur les 47 patients testés en Europe et aux États-Unis, 80 % ont retrouvé une acuité visuelle leur permettant de lire lettres, chiffres et mots.
« C’est la première fois qu’une restauration de la lecture est démontrée de manière définitive chez des patients aveugles », confiait Hodak à TechCrunch en décembre. Le dispositif a même fait la une du magazine Time.
La disponibilité de PRIMA pour les patients reste cela dit à préciser, le processus réglementaire étant en cours. Dans ce cadre, Science Corp. a déjà déposé une demande de marquage CE auprès de l’Union européenne, avec une approbation attendue d’ici mi-2026.
Si tout se passe comme prévu, PRIMA deviendrait le premier produit d’interface cerveau-machine commercialisé au monde. L’Allemagne devrait être le premier marché, grâce à des procédures facilitant l’accès rapide aux innovations médicales. Aux États-Unis, les discussions avec la FDA se poursuivent.
Bien entendu, cette étape est des plus délicates. L’obtention du marquage CE en Europe tout comme l’approbation de la FDA aux États-Unis peut prendre du temps. Les autorités examinent non seulement l’efficacité médicale, mais aussi les risques potentiels à long terme.
Les dispositifs neuronaux étant encore relativement nouveaux, les agences sanitaires peuvent demander des données supplémentaires avant toute autorisation.
Les autres défis auxquels l’entreprise pourraient être confrontés
Avant d’atteindre une commercialisation sûre, PRIMA doit relever plusieurs défis. Le premier concerne évidemment la validation clinique à grande échelle.
Les résultats obtenus sur les premiers patients sont encourageants. Cependant, les autorités sanitaires exigent des données solides sur des populations plus larges. Il faudra donc démontrer que les bénéfices observés sont reproductibles et durables dans le temps et sans risque pour les tissus rétiniens.
Mis à part cela, un autre enjeu concerne la sécurité chirurgicale et la formation des médecins. Vous vous doutez sûrement que l’implantation d’une puce dans la rétine demande une précision extrême.
Pour passer à une commercialisation internationale donc, Science Corp. devra former un réseau de chirurgiens fiables. Cela implique aussi la standardisation de la procédure et la mise en place de protocoles hospitaliers très stricts.
La fabrication industrielle n’est pas non plus à négliger. Produire une puce microscopique implantable nécessite des normes de qualité très élevées. La chaîne de production devra ainsi garantir une fiabilité parfaite pour chaque implant.
À grande échelle, le moindre défaut pourrait entraîner des rappels de produits coûteux et nuire à la crédibilité de la technologie.
Le coût du traitement pourrait aussi devenir un facteur déterminant. Entre la chirurgie, l’implant et les lunettes équipées d’une caméra, la technologie risque d’être onéreuse au départ.
L’entreprise devra convaincre les systèmes de santé et les assureurs de rembourser la procédure. Sans prise en charge, l’accès pourrait rester limité à un petit nombre de patients.
Cela dit, supposons que tout tourne à l’avantage de Science Corp. Selon vous, l’implant PRIMA deviendra-t-il un jour un traitement aussi banal qu’une chirurgie oculaire classique ?
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