Le phubbing, cette manie d’ignorer son conjoint au profit de son smartphone. À cause des notifications et du FOMO, les instants d’intimité se transforment en scènes de solitude partagée.
Le phubbing naît de la contraction des mots phone et snubbing qui veut dire snober. Ce terme désigne le fait d’ignorer une personne pourtant présente pour se concentrer sur son smartphone. Inventé en 2012 par l’agence de communication américaine McCann, ce phénomène fragilise les relations en provoquant rejet, tensions et réactions négatives.
Les impacts psychologiques du phubbing sur les relations
La psychologue Vanessa Lalo rapproche le phubbing du syndrome FOMO, cette peur constante de manquer une information. Cette dépendance à la connexion frappe particulièrement les relations intimes et fragilise les couples.
Une étude publiée en 2025 dans Frontiers in Psychology, fondée sur une méta-analyse, montre que le phubbing du partenaire entraîne une baisse de la satisfaction relationnelle et détériore la qualité des liens. Les personnes phubbées, c’est-à-dire celles qui subissent cette forme d’ignorance, décrivent des sentiments d’exclusion, de rejet et de dévalorisation.
Ces constats rejoignent la théorie de l’équité en psychologie, selon laquelle une relation s’épanouit lorsque les efforts sont perçus comme équilibrés. Quand l’attention se tourne vers l’écran plutôt que vers le conjoint, un déséquilibre s’installe et nourrit frustration et colère.
Une autre étude parue en 2025 dans le Journal of Personality a suivi 196 individus via des journaux quotidiens. Les jours marqués par un phubbing intensif s’accompagnent d’une humeur dégradée, d’une baisse de satisfaction et d’une hausse des conflits.
Un déclencheur de cycles émotionnels négatifs
Le phubbing accentue les réactions des individus anxieux en attachement. Ces personnes, marquées par la peur de l’abandon et le besoin de réassurance, rapportent souvent une humeur dépressive et un sentiment accru face à cette indifférence. Ce comportement abaisse leur estime de soi et déclenche des ripostes.
La personnalité narcissique influence également la réponse au phubbing. Les narcissiques rivaux, défensifs et antagonistes, expriment une colère vive et s’engagent plus dans les conflits.
En revanche, les narcissiques admiratifs choisissent la confrontation sans nourrir de désir de vengeance.
Le phubbing entraîne ainsi un cycle de représailles. Les réactions les plus courantes vont de l’ignorance volontaire au questionnement sur l’usage du téléphone, en passant par la confrontation ouverte.
Mais la vengeance domine, le plus souvent sous forme de phubbing réciproque. Une étude de 2022 identifie trois motivations principales : punir pour donner une leçon, chercher du soutien sur les réseaux sociaux ou obtenir une validation externe.
Ces micro-ruptures, accumulées au fil du temps, transforment un geste banal en source durable de tensions.
Dans les familles, les enfants phubbés par leurs parents ressentent de la négligence, ce qui favorise anxiété et dépression. Au travail, un manager absorbé par son écran affaiblit la confiance, réduit la motivation et altère la performance collective.

Selon BMC Psychology, le phubbing se produit surtout dans les interactions informelles, mais ses effets négatifs se maintiennent dans des contextes sérieux. Les jeunes adultes, particulièrement exposés à l’usage intensif des écrans, apparaissent comme les plus vulnérables.
Restaurer la connexion
Briser le cycle du phubbing passe par des gestes simples. Instaurer des zones sans téléphone, comme durant les repas ou avant le coucher, permet de replacer la présence mutuelle au centre.
Lorsque l’usage du smartphone devient indispensable, il suffit de le signaler clairement. Par exemple en précisant que c’est urgent, afin de préserver le respect et l’attention.
Un dialogue ouvert sur les limites acceptables renforce la valorisation réciproque. Vanessa Lalo recommande de désactiver les notifications sonores lors de moments partagés et d’inclure l’autre si vous scrollez : « Regarde ça, c’est amusant ! ».
Une méthode ludique, le phone-stacking, consiste à empiler les téléphones au centre de la table lors d’un repas. Le premier qui craque paie l’addition.
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