Et si votre prochain meilleur ami n’était qu’un algorithme enfermé dans un boîtier à 129 dollars ? Son concepteur déploie tous les moyens pour propulser son collier IA, baptisé Friend, sous les projecteurs.
Vous l’avez remarqué vous aussi ce collier un peu bizarre ? On le voit surtout à travers de nombreuses publicités dans les rames du métro. Mais sachez que ce n’est pas une tendance pour peaufiner un look cyberpunk. Il s’agit de Friend, un collier dopé à l’IA, prêt à devenir votre nouveau meilleur ami. Il prétend même combler le vide affectif de la génération Z. Mais comment ?
Le collier IA Friend : un AirTag sous stéroïdes signé Avi Schiffmann
Le jeune développeur américain Avi Schiffmann porte ce projet ambitieux depuis 2025 avec une assurance déconcertante. Son collier IA Friend ressemble à un AirTag. Mais contrairement à ce traceur Bluetooth, il intègre le modèle de langage Google Gemini pour traiter vos échanges vocaux en temps réel.
Il est donc capable de comprendre et de traiter des signaux vocaux en temps réel directement à partir de votre environnement sonore. Google Deepmind revendique une IA conçue, dès l’origine, comme un modèle multimodal.
Rappelons que Gemini peut analyser et générer des informations à partir de différents types de données comme du texte, de l’audio et des images. Cela dans une seule et même requête. C’est certes une technologie très ambitieuse, capable de traiter de grandes quantités de données contextuelles à la fois.
Pour la startup, ce collier IA n’est pas un simple projet. Elle a d’ailleurs misé gros en dépensant 1,8 million d’euros pour acquérir son nom de domaine stratégique. Cette somme astronomique provient d’une levée de fonds récente de 2,5 millions de dollars.
Une surveillance sonore permanente
Porter le collier IA Friend revient à accepter une mise sur écoute permanente de votre environnement sonore quotidien. En effet, l’appareil détecte les blancs dans vos conversations pour vous envoyer des notifications sur votre smartphone Apple. En plus, il intègre plusieurs petits micros qui captent en continu les sons autour de vous.
L’idée n’est pas d’enregistrer tout ce que vous dites, mais plutôt de détecter des moments silencieux ou des pauses significatives dans vos conversations. Cette interaction proactive vise surtout à créer un lien pseudo-affectif avec l’utilisateur.
Cependant, les passants parisiens rejettent cette intrusion technologique dans l’espace public. Les tags et les affiches arrachées témoignent d’un ras-le-bol global face à la surveillance déguisée en bienveillance. La preuve ? Les ventes physiques stagnent péniblement sous la barre des 3000 unités. Les 200 000 curieux sur la version web ne sauvent pas encore le business model matériel.
Le concept de compagnon numérique 24h/24 provoque un malaise profond chez les défenseurs de la vie privée. On s’interroge bien sûr sur l’impact de cette dépendance émotionnelle artificielle sur la santé mentale des jeunes.
Et la sécurité avec ce collier IA Friend ?
La question du consentement des tiers reste le point noir majeur de cette innovation technologique. Si vous portez le collier IA Friend, votre entourage subit l’enregistrement sans avoir donné son accord préalable.
Schiffmann tente de calmer le jeu en évoquant une clé de chiffrement spéciale indispensable pour accéder aux fichiers. La sécurité des serveurs repose donc uniquement sur la solidité de votre mot de passe personnel.
Cette promesse technique ne suffit pourtant pas à rassurer les experts en cybersécurité face au micro actif. Le stockage des données vocales alimente les fantasmes les plus sombres sur le futur des assistants virtuels.
Pour l’instant, le collier Friend ressemble plus à un espion maladroit qu’à un confident idéal. Parce que l’enjeu dépasse largement le simple vol de mot de passe ou le piratage de compte.
En réalité, nous assistons à la création d’une zone grise juridique où le droit à l’image vocale disparaît totalement. Contrairement à un smartphone que l’on sort pour filmer, le collier IA Friend enregistre de manière passive et constante. Aucune diode lumineuse ne prévient vos interlocuteurs que leurs propos nourrissent un modèle de langage distant.
L’intimité, le nouveau gisement de données
La véritable révolution du collier Friend ne réside pas dans son micro, mais dans la nature des données qu’il aspire. Contrairement à un outil comme ChatGPT, que l’on sollicite pour une tâche précise, le collier IA Friend s’immisce dans vos silences et vos confidences spontanées.
En basculant de l’IA assistante à l’IA amie, la startup ne se contente plus de traiter de l’information. Elle monétise votre vulnérabilité. Chaque éclat de rire, chaque aveu de solitude ou chaque doute personnel est transformé en un point de donnée comportementale ultra-précis.
Ces informations possèdent bien sûr une valeur inestimable pour le profilage psychologique des utilisateurs. Comme l’explique très bien l’analyse de L’ADN sur l’intimité artificielle, les géants de la technologie cherchent désormais à capter ces flux émotionnels.
Dans ce modèle économique, votre jardin secret devient le carburant d’un logiciel conçu pour ne jamais vous laisser seul. Cette dépendance affective programmée transforme l’utilisateur en un produit dont on surveille le moindre battement de cœur.
Bref, le collier IA Friend n’est sans doute qu’un avant-goût. Après les smartphones et les montres connectées, les objets IA s’installent désormais au plus près de nos émotions. Reste une question centrale : jusqu’où sommes-nous prêts à laisser des algorithmes écouter, interpréter et influencer nos silences ?
Sans cadre clair, ces compagnons numériques risquent de redéfinir la frontière entre assistance et emprise. Et cette fois, ce ne sont plus nos écrans qui regardent, mais nos vies qui parlent.
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