L’idée que l’IA va bouleverser le monde du travail n’est pas nouvelle. On l’entend depuis des années. Mais ce qui était hier une prévision théorique devient aujourd’hui une réalité tangible.
En France comme ailleurs, des tas de salariés ont déjà perdu leur poste, remplacés par des outils automatisés jugés plus efficaces ou moins coûteux. Et ce n’est visiblement qu’un début.
Le CEO de Nvidia et son sens du timing
Début juillet, Nvidia, géant des semi-conducteurs et principal fournisseur du boom de l’IA, a franchi une étape historique. Avec une valorisation atteignant 3,92 billions de dollars, l’entreprise a brièvement dépassé Apple. Cette dernière qui détenait jusque-là le record avec 3,915 billions.
Quelques jours plus tard, Nvidia a franchit le seuil symbolique des 4 000 milliards de dollars, faisant d’elle la société la plus valorisée de l’histoire. Le PDG Jensen Huang, quant à lui, est devenu le sixième homme le plus riche au monde. Sa fortune personnelle est estimée à plus de 143 milliards de dollars.
Cependant, plutôt que de savourer cette ascension fulgurante dans la discrétion, Huang a choisi ce moment pour livrer une mise en garde directe. « Les emplois de tout le monde seront affectés », a-t-il affirmé au micro de Fareed Zakaria sur CNN.
Selon lui, l’IA est désormais capable – ou le sera très bientôt – de produire davantage de valeur que les humains, plus rapidement et à moindre coût. Il assure toutefois que cette révolution ne signifiera pas la fin du travail humain. Que des emplois disparaîtront, mais que d’autres – bien qu’encore flous – verront le jour.
Ce qui est curieux c’est que…
Le CEO de Nvidia parle d’une IA libératrice, genre qui nous fera gagner du temps. Et pourtant, les salariés de la firme, eux, constatent au quotidien que cette promesse est encore loin d’être tenue.
Une étude a, par exemple, été menée en 2024 auprès de 2 500 travailleurs. Et elle révèle que 77 % d’entre ces derniers ont vu leur productivité diminuer, et leur charge de travail s’alourdir avec l’arrivée de ces nouveaux outils.
Près de 40 % ont même signalé que l’IA avait provoqué plus de désorganisation qu’elle n’en avait résolu. Et près de la moitié des répondants n’avaient tout simplement aucune idée de comment en tirer le bénéfice promis.
D’ailleurs, ce n’est pas que chez Nvidia. Une autre enquête a été faite cette fois auprès de 25 000 employés sur 7 000 lieux de travail au Danemark. Les enquêteurs en ont conclu que les IA d’entreprise n’ont eu, jusqu’ici, aucun impact significatif sur les revenus ou les horaires des employés.
Mis à part cela, le revirement de discours de Jensen Huang attire aussi l’attention. Rappelez-vous ! Début juin, il tournait en dérision les propos alarmistes de Dario Amodei, PDG d’Anthropic, qui affirmait que l’IA pourrait remplacer la moitié des emplois de bureau d’ici cinq ans.
Huang avait qualifié cette prédiction d ‘ »exagérée et opportuniste ». Il a même accusé Anthropic de dramatiser volontairement pour monopoliser le développement de l’IA.
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