Marco Cally

OnlyFans : IA et scam émotionnel industrialisent l’intimité

La promesse originelle d’OnlyFans s’effrite face à une industrialisation massive par IA et scam émotionnel.

Ce qui débutait comme une plateforme centrée sur l’« authentic connection » est devenu, pour une part significative des comptes, un système automatisé ou délégué. Agences, chatters humains sous-payés et IA conversationnelle gèrent les DM pour maximiser les upsells PPV (pay-per-view).  

Marco Cally, fondateur de RedPeach, met en lumière ce basculement. Dès 2022 et 2023, les fans remarquent des réponses quasi instantanées 24 heures sur 24. Ils reçoivent du scam émotionnel constant avec des phrases comme « je pense à toi souvent » et des promotions croisées entre profils de la même agence. Ce shift, confirmé par des enquêtes Reuters, Wired et des class actions US, transforme l’intimité monétisée en produit déshumanisé.

Le point de bascule, de l’authenticité brute à l’industrialisation

Les fans, souvent issus de Twitch et Instagram, suivaient des créatrices pour du contenu exclusif et des échanges personnels. Les délais de réponse étaient naturels, entre deux et trois jours, tandis que les interactions étaient sporadiques mais sincères.

Puis l’explosion arrive. Les revenus d’OnlyFans atteignent plus de 6,6 milliards de dollars en 2023, puis 7,2 milliards en 2024. Cette manne financière record s’accompagne de l’arrivée massive d’agences et de CRM spécialisés.

Marco note : « Avec le petit bouton vert [en ligne], tout a changé. Ces personnes-là, ils étaient en ligne non-stop et répondaient dans les 3 minutes […], ils n’avaient pas cette habitude-là. Ils avaient droit aussi à tout ce qui était des messages un petit peu spam de contenu. »

Des outils comme Infloww, FansMetric, Supercreator ou OnlyMonster deviennent les CRM les plus utilisés en 2025. Ces logiciels permettent la gestion multiprofils, l’envoi de scripts automatisés, le classement des fans avec des tags, les tests A/B sur les messages et l’optimisation intelligente des ventes supplémentaires payantes.  

Les agences sous-traitent souvent à des chatters low-cost qui se trouvent principalement aux Philippines ou au Pakistan. Certaines intègrent aussi des modèles de langage de grande taille (LLM) pour simuler l’empathie de façon convaincante.

OnlyFans ouvre brièvement ses interfaces de programmation (API) avant un recul éthique, mais la FAQ interdit l’IA sans l’endiguer efficacement. « Mais maintenant, c’est fini. Ils ont industrialisé la chose en proposant même de donner leurs API, même si, dans les journaux, ils essaient de revenir en arrière, une histoire d’éthique. Mais qu’on ne s’y trompe pas : plus que jamais, on est dans une industrialisation de la réponse. Il n’y a plus aucune réponse sincère, authentique. »

Les patterns des IA dans les interactions érotiques

Ces IA maintiennent l’illusion d’une connectivité 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 des créatrices OnlyFans. Reuters rapporte en 2024 que NEO Agency utilise FlirtFlow pour environ 35 créatrices et des dizaines d’agences. Pour sa part, Botly gère plus de cent mille conversations par mois.  

Le temps de réponse reste inférieur à trois minutes même la nuit ou le week-end. Cette disponibilité constante est impossible pour des humains occupés.

En outre, la syntaxe montre une grande uniformité et les compliments deviennent répétitifs. Les phrases émotionnelles restent vagues, comme « mon chéri, j’ai pensé à toi ». Ils intègrent une personnalisation avec les souvenirs des fans et des scénarios de roleplay.

Autre détail flagrant, la disponibilité infinie s’accompagne d’un upsell permanent. Les contenus payants supplémentaires coûtent entre vingt et quarante-cinq dollars.

Selon une enquête de Wired. Les agences divisent les fans en deux groupes. La première, les « brokies », sont les fans fauchés qui dépensent très peu. Le second, les « ballers », sont les gros dépensiers et les cibles principales.

Les agences recourent à des scripts émotionnels pour les inciter à acheter plus de contenu vidéo et photo payant.

La tromperie des plateformes dominantes

L’escroquerie émotionnelle engendre un impact financier considérable. L’abonnement initial, souvent modeste (3 ou 5 dollars), n’est que la première étape d’une escalade de dépenses.

Les propositions de contenus payants supplémentaires arrivent tous les jours. Les prix montent vite, entre vingt et cinquante dollars par envoi.

Marco Cally explique cette mécanique : « Piégé dans cette forme d’amour passionnel, érotique, virtuel, il est prêt à dépenser des sommes ironiques. On parle de 2 000, 3 000 ou même 5 000 dollars par mois. Alors qu’à la base, le piège, c’est de mettre une petite pièce pour voir ce qui se passe, comme 3 dollars, ou certains arnaqueurs ont l’habitude d’utiliser le gratuit. Et après, chaque discussion est payante. »

Les témoignages des fans montrent une profonde déception. Anthony Rissetto raconte qu’il a commencé par curiosité sur Instagram et a fini addict au contenu personnalisé. Il s’est senti trompé après des mois d’échanges automatisés

Andreas Jebsen et Jérôme Vanhove décrivent la même désillusion. Ils suivaient des créatrices sur Twitch et Instagram pour finir par payer pour des robots.

Sur Reddit, le subreddit r/OnlyFansChatter compte environ douze mille membres. Les plaintes y sont nombreuses depuis 2021. Les utilisateurs signalent des comptes suspects comme skylarmaexo, angelicatlol, kyliechase, piperraye ou sammieblake.

Les estimations varient. Certains blogs parlent de plus de cinquante pour cent des comptes affectés. RedPeach estime ce chiffre à soixante-cinq pour cent.

Deux procès collectifs sont en cours aux États-Unis. Le premier oppose M. Brunner et J. Fry à Fenix International en Illinois en 2025. Les fans accusent OnlyFans de fraude par des chatters qui se font passer pour les créateurs.

Le second réunit N.Z. et d’autres plaignants contre Fenix et plusieurs agences en Californie en 2024. Cette plainte vise la délégation frauduleuse des messages privés.

L’authenticité devient un luxe

En 2026, le web est saturé de deepfakes et de bots. La phrase « what you see is what you get » devient un vrai luxe. Marco conclut : « Plus que jamais […] on ne peut plus se fier à quoi que ce soit. »  

RedPeach, conscient de cette désillusion, impose un scan facial obligatoire avant chaque message privé. Le système compare en temps réel la photo actuelle avec celle enregistrée lors de l’inscription. 

L’algorithme interne analyse le visage avec précision. Le stockage des données utilise un hachage cryptographique. Tout respecte les règles du règlement général sur la protection des données.

Marco explique ce choix technique. Il dit : « Pour écarter agences/scripts/IA […] les fans paient pour ce qu’ils voulaient vraiment payer, pas un robot. »

RedPeach fait un choix radical. La plateforme exclut les fermes de chatters, les avatars intelligents et coupe ainsi un volume industriel de revenus.

En effet, OnlyFans a généré environ 7,2 milliards de dollars en 2024. Leonid Radvinsky a touché près de 700 millions de dollars de dividendes. RedPeach anticipe une rentabilité différente.

Marco précise : « On ne fera pas 8 milliards […] pas nos valeurs. Qualité prime sur quantité. » Les fans paient pour un humain réel, pas pour une illusion automatisée.

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