Le géant de Seattle s’attaque à la citadelle du 7e art. Amazon veut tester l’IA pour produire ses films plus vite. Mais ce pari soulève de sérieuses inquiétudes. Les premières expérimentations prévues dès mars pourraient déjà redessiner les règles de la production audiovisuelle.
Jusqu’ici, évoquer des films ou des séries générés par l’IA renvoyait souvent à des démos techniques un peu froides, presque hésitantes. Pour beaucoup d’experts, la technologie manquait encore cette quelque chose pour porter seule une narration profonde et habitée. Pourtant, Amazon a décidé de bousculer ce scepticisme en intégrant l’IA au cœur même de son processus créatif. C’est une solution pour accélérer la cadence de production de ses films et séries.
Amazon qui utilise l’IA pour ses films : pas juste de la théorie
Non, il ne s’agit pas d’un projet qui date d’hier. L’été dernier, Amazon MGM Studios a en effet créé un studio dédié aux outils d’IA propriétaires. L’objectif vise la cohérence des personnages et l’optimisation des étapes créatives.Cela se passe par l’automatisation des étapes les plus lourdes, de la préproduction à la postproduction.
Selon une enquête de référence publiée par Reuters, ce projet ambitieux s’apprête à passer à la vitesse supérieure avec le lancement d’un programme bêta fermé prévu dès mars 2026.
Durant cette phase, des partenaires industriels triés sur le volet testeront ces technologies en conditions réelles de tournage. L’idée est de valider la viabilité des algorithmes dans la création de longs-métrages.
Bien que les premiers résultats soient attendus pour le mois de mai, Amazon conserve une discrétion absolue face aux sollicitations répétées de médias.
Pour crédibiliser son initiative, Amazon ne lésine pas sur le casting de ses experts de premier plan. On retrouve des noms qui font autorité dans le milieu du cinéma, comme le réalisateur visionnaire de Maléfique, Robert Stromberg.
Il y a aussi l’acteur Kunal Nayyar, mondialement connu pour son rôle dans The Big Bang Theory. Cette équipe de choc est complétée par Colin Brady, une figure de proue de l’animation passée par les rangs de Pixar.
Amazon mobilise également Amazon Web Services pour la puissance de calcul et l’entraînement des modèles. L’ambition touche donc à la création assistée par IA à grande échelle.
Aider les artistes sans les remplacer
Le programme bêta de mars inquiète le secteur. Parce que produire des films via l’IA chez Amazon menace directement de nombreux emplois créatifs. Les syndicats dénoncent une mutation des méthodes de travail imposée à marche forcée.
Pourtant, Albert Cheng assure que l’outil soutient les équipes sans jamais les remplacer. L’objectif officiel est d’accélérer la cadence face à des coûts de production explosifs. Amazon espère ainsi multiplier les films et séries dans des délais records.
Cette stratégie permettrait aussi de mieux verrouiller la propriété intellectuelle des œuvres. La série House of David illustre déjà cette tendance avec 350 plans générés par l’IA. Reste à savoir si le public suivra cette course à la productivité algorithmique.
Une réalité sociéale qui contraste avec les promesses d’Amazon
C’est ici que le bât blesse. Si Amazon vante l’IA pour booster la productivité de ses futurs films, le contexte social raconte une histoire beaucoup plus sombre.
Comme le souligne une analyse de The Verge, l’entreprise a déjà justifié des coupes sombres par ses progrès technologiques : 14 000 postes supprimés en octobre, suivis de 16 000 en janvier.
Ces chiffres vertigineux ne sont pas des coïncidences. Pour beaucoup d’observateurs, l’IA ne sert plus seulement à assister l’humain, mais devient l’argument comptable idéal pour justifier son éviction.
Le risque est de voir le modèle de croissance des Big Tech transformer les métiers créatifs en simples rôles de superviseurs de machines.
Amazon n’est pas seul dans la course aux films algorithmiques
Le plus inquiétant, c’est que cette tendance est systémique. Amazon avance aux côtés de concurrents comme Netflix, qui intègre déjà l’IA générative dans ses films et séries, à l’image de la scène d’effondrement d’immeuble dans The Eternaut. La pression monte et personne ne veut rester sur le quai.
Si ce modèle hybride s’impose, nous entrons dans l’ère du contenu à la demande ultra-standardisé. Ce que cela pourrait changer au futur est radical. Nous risquons de passer d’une culture du film d’auteur à une industrie de la consommation optimisée.
À l’avenir, les budgets ne seront plus alloués aux talents, mais aux serveurs de calcul. On pourrait voir apparaître des films jetables, créés en quelques jours pour coller aux tendances éphémères des réseaux sociaux.
Si l’IA peut imiter la forme d’un chef-d’œuvre, elle ne possède pas encore cette imperfection humaine. Or que c’est cette dernière qui fait tout le sel d’une grande œuvre. Le cinéma de demain sera-t-il plus efficace ? Sans aucun doute. Sera-t-il plus émouvant ? C’est une autre histoire.
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