Blackout : comment Starlink peut sauver l’Ukraine et l’Europe d’une panne d’internet

La guerre en Ukraine pourrait-elle provoquer une panne d’internet en France et dans toute l’Europe ? Malheureusement, les câbles transatlantiques pourraient être coupés par la Russie. Il faudrait alors compter sur Elon Musk et son service Starlink d’internet par satellite…

Dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la connectivité à internet représente un enjeu stratégique. Des perturbations surviennent déjà dans les zones de combat, mais SpaceX et son service d’internet par satellite Starlink volent au secours du pays.

En outre, en cas d’escalade du conflit, la Russie pourrait décider de couper les câbles transatlantiques reliant l’Europe à internet. Faut-il craindre un blackout généralisé en France ?

Pannes d’internet en Ukraine

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, débutée le 23 février 2022, la crainte d’une attaque directe sur l’infrastructure internet du pays prend de l’ampleur. Une telle offensive aurait des conséquences bien plus graves que les précédentes attaques DDoS menées contre les sites web du gouvernement ukrainien.

Des armes physiques ou cyber pourraient être utilisées pour désactiver l’infrastructure de télécommunication au niveau du réseau et plonger l’Ukraine dans le silence.

Jusqu’à présent, des pannes ont été observées autour de Kharkiv : la seconde plus grande ville d’Ukraine située au nord-est du pays à environ 40 kilomètres de la frontière russe.

Le projet Internet Outage Detection and Analysis (IODA) de Georgia Tech a rapporté des pannes partielles survenues juste avant minuit le 23 février 2022, prolongées dans la matinée du 24 février 2022. Le fournisseur d’accès internet Triolan est le plus touché.

Selon NetBlocks, les utilisateurs de Triolan ont rapporté une panne d’internet fixe tandis que les réseaux mobiles ont continué à fonctionner. Le fournisseur a averti ses clients d’une panne partielle ou complète dans certaines villes, rapidement réparée dans la matinée. Les serveurs DNS de Triolan ont aussi eu des problèmes de stabilité dans certaines zones.

Les pannes de Kharkiv auraient commencé peu après que des explosions aient été entendues dans la zone. On ignore toutefois si les infrastructures de télécommunication ont été endommagées.

A priori, aucune attaque russe n’a été concentrée sur les services de télécommunication jusqu’à présent. Les troupes de Vladimir Poutine se sont focalisées sur les cibles stratégiques telles que les centres de commandement militaire et les hubs de transport.

Pour l’heure, en date du 8 mars 2022, la connectivité internet reste stable dans une majeure partie de l’Ukraine. Toutefois, l’accès à internet est compromis dans les parties sud et est du pays où la bataille fait rage.

Selon les officiels ukrainiens, la Russie ne sera pas en mesure de désactiver l’accès internet dans tout le pays. De nombreuses connexions terrestres par fibre relient l’Ukraine à l’ouest.

Dans le même temps, l’Ukraine a pris des mesures pour limiter l’accès des troupes russes aux réseaux. Les opérateurs Kyivstar, Vodafone et Lifecell ont reçu pour consigne de désactiver l’accès aux réseaux pour les téléphones en provenance de Russie et Biélorussie. Les troupes de ces pays ne pourront donc pas envoyer de message trompeur ou répandre de fausses informations via des appels téléphoniques.

Le 1er mars 2022, des missiles russes ont frappé une antenne de télévision à Kiev. L’accès à plusieurs chaînes d’information a été coupé.

Toutefois, les défenseurs de l’internet ouvert craignent que ces perturbations traduisent l’intention stratégique de la Russie de limiter le flux d’informations dans la région. Par le passé, l’infrastructure internet a souvent été prise pour cible dans les zones de guerre.

L’Arabie Saoudite a par exemple détruit l’infrastructure télécom du Yemen par des frappes aériennes. Une telle panne d’internet en période de crise ou de conflit rend très difficile pour les journalistes et défenseurs des droits de l’Homme d’obtenir des informations essentielles.

Il y a seulement un mois, une frappe contre la ville portuaire de Hodeidah au Yemen a endommagé les câbles sous-marins apportant internet dans le pays. Pendant au moins trois jours, la quasi-totalité du pays a été privée d’internet.

De toute évidence, lors d’une panne d’internet, les droits de l’Homme risquent d’être bafoués. C’est la porte ouverte aux crimes de guerre, car plus personne n’est en mesure de témoigner et d’enregistrer des preuves…

Quel risque pour la France et l’Europe ?

Pour bien comprendre le risque d’un blackout lié à la guerre en Ukraine, il faut revenir sur le fonctionnement de l’internet mondial. Les continents sont reliés à l’internet grâce à des câbles sous-marins, et la moindre coupure de câble peut entraîner une panne généralisée aux conséquences catastrophiques.

Plus de 99% du trafic internet mondial passe par ces câbles en fibre optique, de l’épaisseur d’un cheveu et protégés par d’épais tuyaux de plastiques posés au fond des océans. Au total, on dénombre 420 câbles dans le monde pour une distance totale de 1,3 million de kilomètres.

Ce sont ces câbles qui permettent d’acheminer une grande partie du trafic internet des utilisateurs en France et en Europe. Ils relient aussi l’Europe aux États-Unis, et d’autres régions du monde.

Selon Orange, l’océan Atlantique est «  l’un des axes mondiaux les plus empruntés en matière de connectivité « . Plus de 80% du trafic internet généré en France provient en effet des États-Unis. De même, la quasi-totalité des communications mondiales et des transactions financières quotidiennes est transmise via des câbles sous-marins.

carte cables

Par le passé, des coupures accidentelles sont survenues. En 2007, des pêcheurs vietnamiens ont coupé un câble et le pays a perdu 90% de sa connectivité pendant trois semaines. De même, un volcan a récemment sectionné le câble reliant les îles Tonga à internet provoquant une déconnexion complète.

Déjà en 2017, un rapport du secrétariat général de la Défense et de la sécurité nationale française considérait les câbles sous-marins comme «  de potentielles cibles dans le jeu des puissances « . La France se dote à l’heure actuelle de drones et de robots sous-marins visant à patrouiller pour assurer la sécurité des câbles et à détecter immédiatement la moindre anomalie.

En cas d’escalade du conflit, Poutine pourrait décider de couper ces câbles pour provoquer une panne mondiale. Déjà en 2014, lors de l’annexion de la Crimée, la Russie est soupçonnée d’avoir coupé des câbles.

En outre, durant les mois et les jours précédant l’invasion, des navires militaires et espions russes équipés de sous-marins ont arpenté les côtes irlandaises à l’endroit où se trouvent deux câbles transatlantiques. De quoi redouter de sombres desseins de la part de l’Ours russe…

Elon Musk et Starlink à la rescousse : l’internet par satellite pour éviter le blackout

Face au risque d’un blackout, le vice-premier ministre ukrainien a contacté Elon Musk via Twitter. En réponse à se demande, le CEO de SpaceX a activé son service d’internet par satellite Starlink et livré un camion d’antennes en Ukraine le 28 février 2022.

La connectivité à internet est en effet un enjeu majeur en période de guerre. Les opérations de commande et contrôle reposent sur la capacité à communiquer, et c’est la raison pour laquelle les systèmes de communication représentent une ressource stratégique.

Pour rappel, Starlink est un projet de SpaceX visant à déployer un réseau de petits satellites en orbite basse de la Terre pour fournir une couverture internet haut-débit jusqu’aux endroits les plus reculés de la planète.

Cette connectivité satellite représente une cible plus difficile d’accès pour la Russie, car elle ne repose pas sur des câbles de fibre optique. Seuls les terminaux au sol, faisant office d’antennes, peuvent être détruits. Tous les autres composants se situent dans les cieux ou hors d’Ukraine.

Comme le rappelle John Scott-Railton, chercheur du Citizen Lab de l’Université de Toronto, la Russie bénéficie de décennies d’expérience dans le ciblage de communications satellites. Les transmissions peuvent être localisées par l’armée russe par triangulation, comme elle l’a déjà fait en Tchétchénie ou en Syrie.

L’installation des terminaux requiert une vue dégagée vers le ciel pour établir la connexion avec les satellites Starlink. Or, il est nécessaire de se rendre au sommet des plus hauts immeubles pour éviter l’obstruction des bâtiments. Le risque d’une attaque aérienne pendant ce processus est particulièrement élevé…

Par ailleurs, le 1er mars 2022, Elon Musk a expliqué sur Twitter que «  certains terminaux Starlink près des zones de conflits sont brouillés depuis plusieurs heures « . Ajoutant que la dernière mise à jour logicielle en date contourne ce brouillage.

Un peu plus tard, le CEO a précisé que SpaceX se focaliserait momentanément sur la cyberdéfense et le maintien du service Starlink en Ukraine. Les lancements du vaisseau Starship et de Starlink V2 seront donc légèrement retardés. Cette seconde version devrait permettre d’établir des liens laser entre les satellites.

En outre, le 3 mars 2022, Elon Musk a aussi précisé que Starlink est le seul système de communication non-russe encore fonctionnel dans certaines parties de l’Ukraine et que la probabilité d’être pris pour cible est importante.

Par précaution, il recommande de n’activer Starlink qu’en cas de besoin et de placer les antennes aussi loin que possible des personnes. Un camouflage léger pour dissimuler l’antenne et éviter la détection visuelle est également recommandé.

Le 5 mars 2022, le président ukrainien Volodymyr Zelenskiy a annoncé que le pays recevrait davantage de terminaux Starlink la semaine prochaine, après s’être entretenu avec Elon Musk.

En cas de coupure des câbles transatlantiques et de panne généralisée d’internet en Europe, Starlink pourrait également être le seul recours

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