Les tensions dans le détroit d’Ormuz et les alliances fragiles font craindre de nouvelles ingérences numériques sur l’OTAN et sa cybersécurité.
Dans ce contexte de déstabilisation hybride, la cybersécurité de l’Alliance n’a jamais été aussi critique. Geert Baudewijns, PDG de Secutec, décrypte ces nouvelles menaces.
Ce cybernégociateur expérimenté montre comment les cyberattaques peuvent semer la confusion, paralyser les décisions et fragiliser les équipes au sein même de l’OTAN. Il explique également en quoi le projet EPPE, remporté avec Aricoma, permet aujourd’hui à l’Alliance de gérer les crises avec davantage de sérénité.
« Toute ingérence politique s’accompagne systématiquement de risques accrus en cybersécurité. Les infrastructures sensibles comme celles de l’OTAN, qui jouent un rôle central dans la sûreté internationale, ne peuvent se permettre de relâcher leur vigilance » — Geert Baudewijns.
Déstabilisation interne via le facteur humain, la menace qui inquiète le plus
Au-delà des attaques classiques de paralysie des décisions ou d’espionnage, Geert Baudewijns pointe du doigt un risque souvent sous-estimé. La déstabilisation interne des organisations.
On a tendance à oublier que ces institutions, aussi solides soient-elles, reposent avant tout sur des équipes humaines. Or, les cyberattaques ciblent désormais ce facteur humain, en exploitant les failles individuelles pour fragiliser l’ensemble du système.
« Dès qu’un conflit émerge comme celui autour du détroit d’Ormuz, elles deviennent des cibles prioritaires, ne serait-ce que pour semer la confusion et déstabiliser leurs opérations internes », explique-t-il.
Pour illustrer la gravité, il rappelle qu’une cyberattaque moyenne a provoqué 24 jours d’arrêt dans le secteur privé en 2025. Appliquée à l’OTAN, une telle interruption aurait des conséquences géopolitiques immédiates et potentiellement dramatiques.
« La résilience des infrastructures est donc indissociable de la protection des personnes qui les font fonctionner », souligne le PDG de Secutec.
L’industrialisation de la cybercriminalité
« La menace a changé de nature, et notre réponse doit changer d’échelle », avance Geert Baudewijns. La cybercriminalité connaît une industrialisation fulgurante et les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Le nombre de groupes ransomware actifs est passé de 40 à 125 entre 2021 et 2025. Cela correspond à trois fois plus qu’il y a quatre ans.
Ce cybernégociateur expérimenté souligne : « Il ne faut plus imaginer des génies isolés dans leur garage. Aujourd’hui, des acteurs sans aucune expertise technique peuvent acheter des kits d’exploitation clés en main sur le dark web ».
Ces groupes fonctionnent comme de véritables entreprises criminelles, avec des équipes spécialisées : développeurs, négociateurs, blanchisseurs et marketeurs.
Selon lui, cette professionnalisation modifie la donne pour les institutions de défense. La sécurité ne se mesure plus à ses propres standards, mais par rapport à celle du « voisin le mieux protégé ». Si vous êtes en retard, vous devenez la cible privilégiée.
Geert Baudewijns adresse alors un message :
« La cybersécurité doit devenir une priorité stratégique au même titre que les capacités militaires conventionnelles. Ce n’est plus une question de si vous serez attaqué, mais de quand, et surtout, de comment vous vous y préparerez. La lucidité, la coordination et l’anticipation sont désormais nos meilleures armes. »
EPPE : plus qu’une simple mise à jour technologique
Fort de son expérience de négociateur, Geert Baudewijns insiste sur l’équilibre indispensable entre prévention humaine et technique. « D’un côté, même les protections les plus avancées peuvent être contournées si les équipes ne sont pas constamment sensibilisées. De l’autre, des équipes parfaitement formées mais équipées de technologies obsolètes restent désarmées. »
C’est précisément cet équilibre que vise le projet Endpoint Protection Enhancement (EPPE) pour l’Agence OTAN de Communication et d’Information (NCIA).
« Cette collaboration passe d’une solution traditionnelle de lutte contre les malwares à une plateforme XDR avancée, essentielle pour contrer les menaces cyber actuelles. Cette technologie permet une détection et une réponse bien plus efficaces, en corrélant les données de sécurité internes et externes pour une protection optimale. »
Au-delà d’une simple mise à jour technologique, le projet offre une visibilité accrue sur le réseau, renforce la sécurité des terminaux (portes d’entrée privilégiées des attaquants) et facilite les opérations de threat hunting.
« L’objectif de ce partenariat est de fournir à l’OTAN une plateforme technologique innovante pour renforcer sa sécurité des terminaux et lui offrir une visibilité accrue sur son réseau. Cette solution permet non seulement d’élever le niveau de protection des endpoints, mais aussi de faciliter des opérations approfondies de chasse aux menaces. »
La préparation, la meilleure ligne de défense
Mais alors comment concilier anticipation et réponse rapide dans un contexte où une attaque mineure peut générer une crise instantanée ? À l’OTAN comme ailleurs, la clé réside dans une approche intégrée : formations continues, outils modernes interconnectés et coordination sans faille entre humains et systèmes.
« La préparation et la résilience restent les meilleures défenses, avec des mesures comme des sauvegardes sécurisées et régulièrement testées, des plans de réponse aux incidents éprouvés, et une sensibilisation continue des équipes », partage le PDG de Secutec.
La résilience ne s’improvise pas, mais se construit dans la durée. Veillez à ne pas devenir la cible la plus facile. Pour y parvenir, il faut renforcer la sécurité des identités, segmenter les réseaux et limiter l’exposition des données sensibles.
Enfin, la coopération est essentielle. Le partage d’informations avec les autorités et les partenaires améliore la détection des menaces, renforce également une défense collective.
Geert Baudewijns conclut avec le slogan de Secutec : « Prevent now, secure tomorrow ». Prévenir maintenant, sécuriser demain.
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