Alors que les moteurs de réponse gagnent du terrain dans le quotidien des usagers, la visibilité dans la presse n’en devient que plus essentielle pour les entreprises. Constance Blanc, fondatrice d’Évidemment l’Agence, décrypte cette importance cruciale d’une bonne presse pour apparaître dans les LLM (Large Language Models).
« Sans Presse, Pas D’IA : Les Entreprises Invisibles Médiatiquement Disparaissent Des Moteurs D’Intelligence Artificielle », voilà le titre de la tribune que Constance Blanc, fondatrice de l’agence de relations presse B2B, Évidemment l’Agence, a rédigée. Forte d’une expérience de plusieurs années passées à accompagner des entreprises et des scale-up dans leur visibilité médiatique, elle fait maintenant un constat qu’elle développe ici pour lebigdata.fr :
« Les entreprises qui n’existent pas dans la presse risquent demain de ne pas exister non plus dans les réponses des intelligences artificielles. » Constance Blanc
L’IA générative : la fin du SEO classique, le début de l’autorité numérique
En effet, depuis que l’IA s’est lentement démocratisée comme outil de recherche, l’Intelligence Artificielle a changé les habitudes des internautes. Sans entièrement remplacer Google et les autres moteurs de recherche traditionnels, elle n’en est pas moins devenue une source d’information non négligeable.
Il ne suffit pas d’exister sur le Web pour apparaître dans ces résultats. Par conséquent, en 2026, les entreprises doivent faire face à un nouvel enjeu : celui de la visibilité auprès de l’intelligence artificielle, qui repose sur un socle, la crédibilité. Une qualité que la presse possède déjà.
Pourquoi les IA privilégient-elles les sources journalistiques ?
Il existe de nombreux modèles d’IA sur le marché qui gardent chacun le secret de leurs algorithmes. Cependant, qu’il s’agisse de GPT-4, de Claude, de Perplexity ou encore de Gemini, ils ont besoin de données de haute qualité pour répondre aux demandes des utilisateurs. Des sources fiables permettent notamment de limiter, sinon d’éviter, les « hallucinations ».
C’est ainsi que les IA se retrouvent souvent à citer des médias reconnus, des tribunes d’experts publiées dans la presse, ou encore des analyses issues de sources journalistiques. Pour Constance, ceci s’explique par le fait que la presse offre trois garanties que les algorithmes identifient comme des Trust Signals :
- L’éditorialisation : Le format de publication des articles, avec des données traitées, vérifiées et mises en perspective, est idéal pour la compréhension des informations par les modèles d’IA. L’information y est déjà hiérarchisée et, surtout, elle est contextualisée.
- L’attribution : Dans un monde saturé de contenus anonymes, l’information telle qu’elle est publiée dans la presse est sourcée et signée par des personnes fiables. C’est une garantie de l’E-E-A-T (Expérience, Expertise, Autorité, Confiance) que recherche l’IA.
- La validation : En renfort du point précédent, le nom de l’institution sert de caution. L’IA ne cherche pas la vérité absolue, elle en est incapable, mais elle cherche la source la plus probable d’être vraie. Et dans cette hiérarchie, le Wall Street Journal, Les Échos ou même la presse sectorielle spécialisée l’emportent sur le communiqué de presse brut.
La presse devient donc la principale source de la mémoire informationnelle de ces systèmes :
« Un article journalistique est structuré, contextualisé et signé, ce qui facilite énormément son exploitation par les systèmes d’IA. » Constance Blanc
Par extension, cette dynamique crée aussi un deuxième rôle pour le journalisme auprès des IA. Il n’a plus seulement vocation à rendre une entité visible auprès des utilisateurs dans les réponses de l’IA, mais il devient aussi un nouveau filtre de crédibilité pour Perplexity, ChatGPT et compagnie.
Le journalisme : le vrai garant de la fiabilité des réponses de l’IA ?
L’intégrité du travail des journalistes n’en devient alors que d’autant plus importante. En effet, les dérives sont malheureusement possibles, comme celles que l’on a connues avec le SEO avant que Google ne mette en place des garde-fous.
Comment la presse s’assure-t-elle qu’elle ne deviendra pas la source de nouveaux abus ? Pour Constance Blanc, le journalisme a déjà ce qu’il faut pour encadrer les informations dont il va nourrir les modèles. Moins jeune que le SEO, la presse est déjà structurée avec des standards imposés : elle repose sur des règles éditoriales et une responsabilité juridique bien définies.
La presse possède ainsi trois éléments qui peuvent limiter les dérives de son utilisation pour faire apparaître certaines informations dans les réponses de l’IA :
- La presse repose sur la pluralité des sources : les IA ne s’appuient pas sur un seul article, mais sur un ensemble de publications. Les informations sont donc déjà recoupées et ne proviennent pas d’une source exclusive, avec les biais que cela pourrait impliquer.
- Le rôle des rédactions : le code déontologique de la presse repose sur des principes comme la vérité et la rigueur dans la publication des informations. Dans ce cas, les journalistes font déjà office de filtres essentiels pour vérifier les informations de plus en plus volumineuses qui circulent sur les réseaux.
- La réputation des médias : face à la vague de contenus générés automatiquement et afin de rester crédibles, les IA ont intérêt à privilégier des sources fiables. Leur propre efficacité dépend donc aussi de leur capacité à privilégier les médias qui ont déjà une bonne renommée pour leur intégrité.
« Alors que nous sommes inondés de contenus générés automatiquement, le travail journalistique devient encore plus précieux. »
Constance Blanc
L’émergence d’une nouvelle catégorie de professionnels : le journaliste de référence pour l’IA
Cette évolution du besoin en journalistes pourrait aussi inaugurer un tournant dans la profession. En effet, si jusque-là l’influence d’un journaliste se basait sur son lectorat ou sur la réputation de son média, une nouvelle unité de mesure pourrait apparaître.
Nous entrons ainsi dans une ère où la notoriété d’un journaliste pourrait se mesurer à son influence sur les algorithmes. Son style et sa précision sont systématiquement choisis par les LLM pour générer des résumés.
Constance Blanc avance une hypothèse audacieuse : « Demain, on pourrait voir apparaître une nouvelle forme de reconnaissance : les journalistes dont les analyses deviennent des références pour les intelligences artificielles. »
Mais cette évolution pose aussi de nouvelles questions, dont celle d’ordre économique : la rémunération des contenus. Si l’IA capture la valeur de l’analyse journalistique pour la restituer, alors le modèle économique de la presse doit évoluer vers une redistribution de cette valeur créée. Cette question mérite d’être creusée plus en profondeur et c’est ici que se joue le futur du droit d’auteur et des droits voisins, un combat déjà engagé par de nombreux groupes de presse mondiaux.
Comment protéger votre entreprise de l’invisibilité algorithmique ?
Pour Constance Blanc, le message aux entreprises est clair. Il ne faut pas déserter la presse au profit du numérique ; bien au contraire, il faut l’enrichir de leurs expertises, de leurs analyses et de leur présence.
À l’heure de l’IA, la presse et les médias ne doivent plus être considérés uniquement comme des outils pour assurer la visibilité ou s’offrir une bonne réputation auprès du public. En rappel au titre de la tribune, aujourd’hui, ils sont devenus essentiels pour assurer une présence dans l’espace numérique.
La presse ne se contente plus de nourrir le débat public ; elle structure l’information et c’est aussi elle qui influence la manière dont l’IA comprend le monde économique. Pour les entreprises, les relations presse deviennent donc une assurance contre l’effacement numérique.
« Dans l’économie de l’intelligence artificielle, l’autorité informationnelle devient un actif stratégique. »
Constance Blanc
La rédaction remercie Constance Blanc pour son temps et ses réponses. Vous pouvez consulter sa tribune « Sans Presse, Pas D’IA : Les Entreprises Invisibles Médiatiquement Disparaissent Des Moteurs D’Intelligence Artificielle » en suivant ce lien.
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