L’émulateur reproduit virtuellement l’architecture logicielle et matérielle d’une console de l’ancienne génération. En clair, il transforme votre iPhone en NES, PlayStation ou Game Boy pour jouer à vos jeux rétro préférés. Avant 2024, les utilisateurs d’iOS devaient passer par des installations risquées (jailbreak) pour profiter des émulateurs de jeux rétro. C’est désormais révolu. L’App Store fait la part belle au retrogaming.
Jouer à la PlayStation 1 sans la PlayStation 1, c’est tout l’intérêt d’un émulateur. Ce logiciel, devenu en quelques années l’outil de prédilection du retrogaming, fait tourner des jeux sortis il y a 30 ans sur un appareil moderne, comme votre iPhone. Les émulateurs flirtent avec une zone grise de la légalité depuis des années. C’est une des raisons pour lesquelles Apple a interdit ces applications sur son App Store jusqu’à un revirement inattendu en 2024. Aujourd’hui, la plateforme abrite des millions d’émulateurs destinés aux amateurs de retrogaming. Nous allons vous présenter trois d’entre eux.
Quel est le rôle d’un émulateur de jeux ?
L’émulateur est souvent associé aux jeux vidéo, pourtant c’est un logiciel utilisé au-delà de l’industrie vidéoludique. Son principal rôle est de simuler un autre appareil. Dolphin en est l’exemple le plus connu. Il permet de jouer aux jeux GameCube et Wii sur PC.
L’émulateur est loin d’être récent : le premier logiciel apparaît dans les années 1960, développé par Autonetics. À l’époque, il portait plutôt le nom de « simulateur ». C’est IBM qui va lui attribuer le terme « émulateur » à partir de 1963.
Dans le domaine des jeux vidéo, l’émulation commence en 1991 avec la Sega Genesis. Les années suivantes, les émulateurs occupent davantage la scène, notamment dans la copie et la diffusion des ROM. À partir de 1997, les émulateurs gagnent en performance et en robustesse. C’est à ce moment que des entreprises commencent à les commercialiser. Aujourd’hui, Android possède une longueur d’avance sur les émulateurs face à Apple, freiné par ses propres restrictions.
Les professionnels ou simples utilisateurs font appel à un émulateur dans des situations variées :
- La migration entre systèmes : avec un émulateur, vous pouvez exécuter des logiciels propres à un système sur un autre.
- La préservation des systèmes du passé : les émulateurs exécutent des logiciels de systèmes qui n’existent plus sur un ordinateur moderne, d’où son importance dans le retrogaming.
- L’innovation pour des systèmes futurs : ici, le mot « simulation » prend tout son sens puisque les émulateurs permettent de tester des logiciels théoriques, bien avant la disponibilité du matériel qui les fera fonctionner.
Les émulateurs : un pilier stratégique de l’industrie des jeux vidéo
L’émulation n’est plus reléguée à une place marginale de l’industrie, considérée comme un outil de « bidouilleurs ». Elle se structure autour d’une industrie qui pèse aujourd’hui plus de 4 milliards d’euros grâce à un modèle d’abonnement selon Quantumrun.
Les émulateurs profitent surtout de la nostalgie et de l’essor du retrogaming. Parmi les entreprises qui tirent leur épingle du jeu, il y a Nintendo. Le géant japonais s’appuie sur l’émulation pour nourrir son service Nintendo Switch Online. Cette plateforme comptait plus de 38 millions d’abonnés en 2024. Un abonnement vous donne accès aux catalogues d’anciens jeux NES, N64 ou encore SNES.
Nintendo s’appuie également sur l’émulation pour commercialiser ses consoles Mini. Aujourd’hui, si vous achetez des consoles SNES ou NES mini, elles n’ont plus le matériel d’origine comme à leur sortie. Ces appareils sont désormais équipés d’une simple puce qui fait tourner un émulateur.
Il en est de même pour Sony qui exploite l’émulation pour remettre sur le marché ses classiques de la PS1 et de la PSP. Les utilisateurs y accèdent grâce à l’abonnement PlayStation Plus Premium.
Autour de l’émulation se sont également construites de grandes communautés de joueurs. Ces communautés ont même donné naissance à des événements majeurs tels que la Games Done Quick.
L’émulation a aussi dépassé la frontière des consoles pour s’installer durablement sur le marché du mobile. Sur Android, elle représente une véritable institution avec plus de 2,2 millions d’applications sur le Play Store. Malgré la levée des restrictions par Apple, Android reste aujourd’hui le terrain de prédilection des émulateurs.
Apple : le changement de cap en 2024
Avant cette date, l’écosystème Apple était fermé aux amateurs de retrogaming. Apple a interdit les émulateurs de son App Store pour deux raisons. La première étant la sécurité. Les émulateurs les plus performants modifient leur code en temps réel. Pour Apple, cela représentait une faille de sécurité qui laissait la porte ouverte aux malwares.
Une autre raison, plus officieuse, est qu’Apple craignait que les émulateurs vendent des applications dans leur dos, créant des boutiques dans la boutique. En effet, un émulateur permet souvent de télécharger des jeux sans forcément passer par l’App Store. Résultat : ils échappent au droit à la propriété intellectuelle et aux commissions.
Cependant, la marque à la pomme a cédé sous la pression de l’Union européenne et des plaintes antitrust aux États-Unis. Ainsi, en 2024, elle a assoupli son règlement en ouvrant les vannes. Quelques mois après cette ouverture, les chiffres démontrent la passion des utilisateurs d’iOS pour le rétrogaming.
Très vite, Delta tire son épingle du jeu avec 3 millions de téléchargements en quelques jours. En 2026, l’émulateur compte 26 millions d’installations. Delta illustre le succès global de la politique d’ouverture d’Apple. Entre 2024 et 2026, les émulateurs cumulent 60 millions de téléchargements sur l’App Store selon les estimations. À noter que même un jeu AAA peine à atteindre ce chiffre sur la même période.
Apple VS Android : des profils d’utilisateurs d’émulateurs très différents
Les deux plateformes vous permettent de jouer à vos vieux titres classiques. Cependant, le profil des utilisateurs est très différent.
Sur l’iPhone, les émulateurs présentent une interface plus soignée. Les joueurs louent par exemple le travail de Delta sur l’imitation parfaite des consoles DS ou Game Boy. Sur Android, les joueurs saluent davantage la fluidité.
En matière de dépenses, les utilisateurs d’iPhone dépensent deux à trois fois plus en abonnements dans les émulateurs que les utilisateurs d’Android. Ceci forme un cercle vertueux où les développeurs travaillent davantage le design et l’interface. Cependant, sur Android, on apprécie la gratuité, souvent basée sur la publicité.
Les experts constatent également une forte accessoirisation des iPhone. Par exemple, beaucoup d’utilisateurs se procurent des manettes de type Razer Kishi. Le but est de transformer l’iPhone en véritable console portable.
Chez Android, on apprécie davantage la variété des émulateurs. Ils fonctionnent aussi bien sur les smartphones d’entrée de gamme que sur les modèles puissants et haut de gamme. Bref, malgré son retard, Apple est devenu l’environnement premium des amateurs de retrogaming.
Les 3 applications pour une émulation rétro sur Apple
En seulement deux ans, les émulateurs ont généré plus de 60 millions de téléchargements sur l’App Store. Si vous êtes un utilisateur d’un iPhone ou d’un iPad, voici les trois émulateurs que vous devriez avoir sur votre téléphone :
Delta : l’abri des consoles Nintendo
Selon les experts, il est à l’origine du boom de l’émulation sur iOS. Delta a été développé par Ryley Testut. Son succès est vertigineux : en seulement une semaine, il est arrivé en tête des applications gratuites les plus téléchargées dans 35 pays.
Delta supporte notamment toutes les consoles Nintendo, à commencer par la NES, la N64, la Nintendo DS ou encore la SNES. Vous avez déjà de la matière pour plonger dans les jeux de votre enfance. Delta séduit surtout grâce à son interface compatible avec les standards d’Apple et sa facilité d’utilisation.
PPSSPP : le porte-étendard de la PSP
PPSSPP a été développé par Henrik Rydgård, également à l’origine de l’émulateur Dolphin. Il s’impose aujourd’hui comme la référence pour ceux qui souhaitent jouer à la PlayStation Portable.
L’émulateur est aussi présent sur Android depuis plus d’une dizaine d’années et compte 100 millions de téléchargements. Sa version iOS comptabilise jusqu’ici 6 millions de téléchargements.
Si vous avez un modèle récent d’iPhone, vous verrez un affichage de vos jeux préférés en résolution 5x avec cet émulateur. Si vous souhaitez contribuer au projet, optez pour la version « Gold », identique à la version gratuite, mais pour laquelle vous versez une part afin de soutenir le développeur.
RetroArch : le plus polyvalent des trois
Parmi les trois émulateurs, RetroArch est considéré comme le couteau suisse. Il n’est pas un émulateur en soi, mais une interface qui abrite des dizaines de cœurs d’émulation. Cela lui permet de supporter jusqu’à 50 consoles différentes, un record. Parmi les consoles supportées, on retrouve l’Atari, la SEGA, l’Arcade, la PlayStation 1 ou encore le Commodore 64.
Sur iOS, il compte modestement 2 millions de téléchargements. Cependant, il vise surtout les utilisateurs avancés, son interface étant considérée comme plus complexe pour les débutants.
Un point important à souligner : malgré la levée des restrictions par Apple, ce dernier interdit toujours le JIT (Just-In-Time), c’est-à-dire la modification de code en temps réel. Cela reste encore le grand point noir des émulateurs sur iOS. Cette limite empêche les applications d’émuler correctement certains systèmes plus gourmands. Vous constaterez donc un manque de fluidité sur des consoles plus lourdes comme la PlayStation 2 ou la GameCube. Sur ce point, les utilisateurs Android ont toujours l’avantage.
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