Moins d’un an après son lancement, Sora, le réseau social d’OpenAI, entièrement alimenté par l’intelligence artificielle, file tout droit vers la sortie. L’entreprise a annoncé sa fermeture sur X le 24 mars 2026.
Pourtant, les débuts avaient de quoi faire rêver. L’application avait frôlé le million de téléchargements et s’était hissée parmi les applications les plus populaires de l’App Store. Un démarrage digne d’un futur succès… sauf que l’engouement n’a pas duré. Alors, retour sur ce projet qui n’aura pas survécu à ses propres ambitions.
We’re saying goodbye to the Sora app. To everyone who created with Sora, shared it, and built community around it: thank you. What you made with Sora mattered, and we know this news is disappointing.
We’ll share more soon, including timelines for the app and API and details on…— Sora (@soraofficialapp) March 24, 2026
Qui était Sora ?
Lancée avec la nouvelle génération de son modèle vidéo, Sora 2, la plateforme proposait bien plus qu’un simple outil de création. Elle offrait une expérience sociale complète.
Après avoir généré une vidéo, chacun pouvait la publier, la partager et explorer celles des autres utilisateurs, comme sur un réseau classique. Le service était limité aux États-Unis. Les curieux devaient donc passer par un VPN pour s’y aventurer.
Son interface rappelait TikTok ou Instagram, avec une grille de vidéos qui s’enchaînent sans pause. Ces séquences sont réalistes, mais jamais totalement crédibles.
Les contenus semblaient souvent excessifs. Trop rapides, trop colorés, parfois incohérents. Sur grand écran, l’expérience devenait alors presque dérangeante.
Cette sensation porte un nom bien connu : la « vallée de l’étrange », théorisée par Masahiro Mori. Ce malaise surgit quand quelque chose ressemble à un humain… sans réussir à tromper complètement.
Comme sur tout réseau social digne de ce nom, il était possible de liker et commenter les vidéos existantes. Les utilisateurs pouvaient même les remixer pour changer les personnages ou encore transformer l’ambiance. Seulement, cette fonctionnalité encourageait aussi bien la créativité que la viralité à grande échelle.
Bonjour la désinformation !
Si vous voulez tout savoir, les contenus produits par Sora rivalisaient avec ceux de Gemini et son modèle Veo 3. Malgré les imperfections typiques de l’IA, comme les incohérences visuelles, les mouvements trop rapides ou encore les artefacts sonores, les vidéos étaient réalistes.
Pourtant, malgré leur réalisme, ces vidéos restaient imparfaites. Des incohérences visuelles, des mouvements trop rapides ou encore des artefacts sonores trahissaient parfois l’intervention de l’IA.
Pour un public non averti, ces défauts passent souvent inaperçus. Ce qui rend les vidéos potentiellement trompeuses. Un risque fortement amplifié par un détail en apparence anodin : le filigrane.
OpenAI avait intégré un marquage pour signaler que les vidéos étaient générées par IA. Une mesure essentielle pour limiter les abus. Mais très rapidement, des internautes ont trouvé des moyens de supprimer ce filigrane.
Une fois effacé, il devenait presque impossible de distinguer une vidéo réelle d’une création artificielle. Le potentiel de manipulation devenait alors immense, notamment sur les réseaux sociaux où ces contenus étaient massivement partagés.
Pourquoi OpenAI a décidé d’en finir avec Sora ?
Mis à part ce qui a déjà été cité, il y a aussi la question du coût. Produire des vidéos générées par IA demande une puissance de calcul colossale. Selon TechCrunch, Sora coûtait près d’un million de dollars par jour à faire fonctionner. Un rythme difficile à soutenir.
D’autant plus que Sora ne générait pas suffisamment de revenus pour compenser ces dépenses. Contrairement à ChatGPT, largement adopté dans des contextes professionnels, Sora restait un produit de divertissement, moins rentable.
D’après plusieurs analyses, l’application ne rapportait qu’environ 367 000 dollars par mois. Pire, selon plusieurs experts, la plateforme aurait généré jusqu’à 15 millions de dollars de pertes par jour.
À cela s’ajoute une avalanche de problèmes juridiques. En permettant de générer facilement des vidéos inspirées d’œuvres existantes, Sora s’est attiré les foudres des ayants droit.
Des entreprises et organisations du monde entier ont dénoncé l’utilisation non autorisée de personnages ou d’univers protégés. OpenAI avait tenté d’anticiper ces tensions en signant un accord avec Disney, autorisant l’usage de certaines licences. Toutefois, cet accord était le seul.
D’autres acteurs majeurs, notamment au Japon, ont refusé de suivre. L’organisation CODA, qui représente des géants comme Studio Ghibli ou Bandai Namco, a multiplié les plaintes. Des accusations similaires ont émergé à Hollywood.
En quelques mois, Sora s’est retrouvé au cœur d’un véritable champ de bataille juridique. Une situation intenable pour une entreprise déjà sous pression.
La concurrence n’a rien arrangé non plus
En effet, Google a rapidement repris l’avantage avec ses propres outils de génération de contenu. Côté vidéo par exemple, l’écart s’est creusé.
Les modèles de Google, comme Veo 3, offrent des séquences plus longues, plus structurées et mieux contrôlées. Là où Sora se concentrait sur des clips courts et très stylisés, l’entreprise propose des vidéos capables de raconter de véritables histoires, avec une cohérence narrative plus solide.
Mieux encore, en 2025 selon The Verge, le prix de génération de Veo 3 a été presque divisé par deux, passant de 0,75 à 0,40 dollar par seconde. Une baisse significative qui a permis de rendre la vidéo IA beaucoup plus accessible et surtout exploitable à grande échelle.
S’ajoutent les avancées de Gemini et les nouveaux modèles comme Nano Banana 2. Ces solutions de Google, jugées plus fiables et plus faciles à maîtriser, ont contribué à détourner l’attention.
Alors dès janvier, les téléchargements de Sora ont chuté de 45 %. Du moins, si l’on croit TechCrunch. En quelques semaines, la plateforme d’OpenAI est passée d’un million d’utilisateurs à moins de 500 000. Une baisse brutale qui a immédiatement pesé sur les finances.
Face à cette accumulation de difficultés, OpenAI a choisi de changer de stratégie et de se concentrer sur des outils plus utiles au quotidien. Notamment pour les entreprises et les développeurs.
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