L’intelligence artificielle, c’est le sujet qui divise les foules : d’un côté les PDG en costume slim qui nous vendent l’abondance infinie, de l’autre les prophètes de l’apocalypse qui voient déjà les robots nous piquer nos CV. Et au milieu, Geoffrey Hinton (le grand-père des réseaux de neurones modernes) arrive avec son air de « les enfants, asseyez-vous, on va parler sérieusement ». Sa conclusion ? Oubliez les films catastrophe. La vraie question n’est pas « est-ce que l’IA va tout casser ? ». C’est qui va se partager le magot qu’elle est en train de fabriquer ?
Interviewé par le Financial Times, Hinton le dit cash : l’IA rend les entreprises monstrueusement efficaces. Et dans notre bon vieux capitalisme, quand quelque chose devient ultra-productif, la valeur ne descend pas gentiment l’échelle pour faire plaisir à tout le monde.
Non. Elle grimpe à toute vitesse vers les marges, les profits, les valorisations boursières et les bonus de fin d’année. L’IA n’est pas méchante, elle est juste très obéissante : elle accélère les règles déjà en place.
Ceux qui possèdent les modèles, les données, les data centers et le pouvoir de décision ? Ils prennent le gros lot. Les autres regardent le train passer… souvent depuis le quai.
Les gagnants officiels : ceux qui ont déjà la machine
Les vrais vainqueurs se comptent sur les doigts d’une main manucurée. D’abord les géants technologiques : ils ont les milliards pour investir, les serveurs pour faire tourner, et l’ego pour se dire qu’ils le méritent.
Pour eux, l’IA c’est l’employé parfait : zéro congé, zéro syndicat, productivité 24/7. Ensuite les cracks déjà installés. Seniors, experts, stratèges, qui savent vraiment se servir de ces outils au lieu de se faire servir par eux.
Un ingénieur dopé à l’IA, un analyste dopé à l’IA, un créatif dopé à l’IA… ils deviennent des machines à impact. Le pouvoir ne disparaît pas : il se concentre chez les gens qui ont déjà le meilleur matos.
Les perdants discrets : bienvenue dans le club des « on recrute plus en dessous de 5 ans d’XP »
Pas de licenciements massifs avec fumées et sirènes. Non, c’est beaucoup plus élégant… et cruel. L’IA commence par grignoter le bas de la pyramide : les postes d’entrée, les stages « pour découvrir le métier », les boulots répétitifs que l’on refilait aux juniors.
Conséquence ? Moins de portes d’entrée pour les nouvelles générations. Les entreprises gardent le même effectif affiché sur LinkedIn, mais elles ont juste arrêté de recruter en dessous du niveau « déjà confirmé ».
On forme des jeunes pour qu’ils restent plus longtemps à la recherche d’un premier job. Chapeau l’art subtil de l’exclusion silencieuse.
Les métiers qui résistent (et pourquoi la santé n’a pas encore peur)
Il y a quand même des bastions. La santé en tête. Rendre un médecin cinq fois plus rapide ne veut pas dire qu’on vire quatre médecins sur cinq.
Ça veut dire : plus de patients vus, des diagnostics plus rapides, moins d’attente aux urgences. La demande de soin est quasi infinie. Personne ne dit « stop, j’ai assez d’années en bonne santé ».
Ici l’IA multiplie la capacité humaine au lieu de la remplacer. La vraie protection ne vient pas de la complexité technique, mais du fait qu’on ne pourra jamais se passer de l’humain quand il s’agit de vie et de mort.
Le revenu universel ? Super pour le loyer, moins pour le sens de la vie
Tout le monde sort la carte du revenu universel comme la potion magique. Hinton ne la démonte pas, mais il pose la question que personne n’ose poser : et après ? Donner de l’argent évite de dormir dehors, OK.
Mais ça ne remplit pas le vide. Le travail, ce n’est pas seulement un salaire : c’est une structure, une identité, un truc à raconter le dimanche midi. Remplacer ça par un virement automatique, c’est comme soigner une gueule de bois avec un Red Bull : ça fait passer le symptôme, mais le mal de tête est toujours là.
Le grand chambardement est déjà en train de se faire… tout doucement
Hinton ne hurle pas à la fin du monde demain matin. Il dit juste, avec son calme olympien : c’est déjà commencé. La machine tourne, les profits grimpent, les portes d’entrée se referment une à une, et tout le monde trouve ça presque normal parce que ça va lentement.
L’IA ne choisit pas les gagnants et les perdants. Ce sont les règles qu’on va (ou qu’on ne va pas) changer qui décideront du score final.
Alors la vraie question : qui va avoir le cran (ou l’intérêt) de réécrire les règles avant que l’ascenseur social ne devienne un ascenseur privé pour VIP seulement ? Parce que pour l’instant, il monte… et il ne s’arrête pas à tous les étages.
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