Et si notre cerveau avait un côté têtu et irrationnel, finalement ? Des chercheurs ont identifié un biais cognitif qui nous pousse à éviter la solution la plus efficace dès qu’elle implique un retour en arrière.
Des chercheurs de l’Université de Californie à Berkeley viennent de découvrir que notre cerveau préfère parfois compliquer les choses pour rien. Nous qui refusons souvent les raccourcis même quand ils nous feraient gagner du temps ou de l’énergie.
Votre cerveau flippe alors, il vous ment
Les scientifiques ont baptisé ce phénomène « aversion au retour en arrière ». Concrètement, il apparaît lorsque nous hésitons à changer de stratégie si cela implique de remettre à zéro nos efforts précédents.
Dans leurs expériences, les participants préféraient souvent continuer sur une voie moins efficace plutôt que d’abandonner le travail déjà accompli. Selon l’étude publiée en mai dans Psychological Science, cette tendance découle de la peur.
Une peur subjective d’alourdir notre charge mentale et de l’angoisse de voir nos efforts passés gaspillés. En d’autres termes, notre cerveau nous fait croire que revenir sur nos pas serait pire que de rester sur une mauvaise option.
« L’aversion des participants à considérer leurs efforts passés comme un gaspillage les a encouragés à rechercher des moyens moins efficaces », écrivent-ils dans Psychological Science.
Les psychologues connaissent déjà plusieurs biais liés à la résistance au changement. Les gens ont tendance à s’en tenir au statu quo, comme choisir toujours le même restaurant malgré de meilleures options.
Il existe aussi l’erreur des coûts irrécupérables, qui pousse à persister dans une voie inefficace simplement parce qu’on y a investi du temps ou de l’énergie. L’aversion au retour en arrière semble proche de ces biais, mais décrit un piège cognitif spécifique.
Il ne s’agit pas seulement de s’accrocher à une décision, mais de refuser un meilleur chemin par peur de retracer nos pas.
Les expériences qui ont confirmé le piège
Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont mené quatre types d’expériences sur plus de 2 500 adultes. Certains sont des étudiants et d’autres, des volontaires en ligne.
Dans l’un des tests, les participants devaient parcourir différents chemins en réalité virtuelle. Dans un autre, ils récitaient des mots commençant par une lettre donnée. À mi-parcours, on leur proposait soit de changer de lettre, soit de revenir à une lettre antérieure.
Résultat ? Environ 75 % changeaient de lettre lorsque le changement ne signifiait pas effacer leur travail. Et seulement 25 % acceptaient le même changement lorsqu’il impliquait un retour en arrière.
Autre exemple cité par les chercheurs. Un voyageur retardé à Los Angeles peut gagner trois heures en acceptant un vol via Denver ou un autre via San Francisco. Le gain est identique.
Cependant, les participants sont bien plus réticents à choisir l’option qui implique un retour sur leur parcours initial. L’irrationalité de la décision saute aux yeux, mais c’est exactement ce que montre l’aversion au retour en arrière.
« En voyant ces résultats, j’ai pensé : “Comment une différence si grande est-elle possible ?” », confie Kristine Cho. C’est l’auteure principale et doctorante en marketing comportemental.
Les scientifiques soulignent que d’autres recherches sont nécessaires pour confirmer et explorer ce biais. Ils s’interrogent notamment sur la fréquence à laquelle il apparaît et sur les situations qui le déclenchent le plus.
Pour l’instant, il reste fascinant – et légèrement rassurant – de constater que cette résistance à revenir en arrière explique bien des choix absurdes du quotidien. Du métro plus rapide que nous refusons à l’option pratique que nous écartons par principe.
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